Le vice royal

L'affaire Lise Thibault

Le rapport conjoint des vérificateurs du Canada et du Québec est on ne peut plus clair: l'ex-lieutenante-gouverneure, Lise Thibault, a pigé dans la caisse tout au long de son mandat pour s'offrir un train de vie royal injustifié, et ce, en l'absence de tout contrôle gouvernemental. Elle doit rembourser!
Sans refaire la liste des abus commis par l'ancienne lieutenante-gouverneure du Québec au cours de ses dix années de comédie dramatique à la tête de la province, il n'est pas inutile d'en rappeler quelques-uns qui sont particulièrement choquants: 129 000 $ de fonds fédéraux ont servi à rembourser des dépenses d'hébergement et de repas déjà couvertes par une allocation du gouvernement du Québec; des milliers de dollars sont allés pour des repas privés, des voyages de pêche, de ski ou de tourisme injustifiés au plan professionnel; 44 000 $ ont été remboursés pour des pourboires versés par ses gardes du corps sans preuves justificatives; 4000 $ ont servi à célébrer un anniversaire familial à la résidence privée de Mme Thibault, à Saint-Hippolyte; 45 000 $ ont été payés en heures supplémentaires au responsable de sa sécurité alors qu'un autre garde du corps était déjà en fonction.
Aux dires du vérificateur du Québec, Renaud Lachance, une somme allant de 200 000 $ à 300 000 $, sur les 700 000 $ de dépenses injustifiées, pourrait être l'objet d'une réclamation de la part des gouvernements. Mais, comme dans tous les dossiers du genre, il y a loin de la coupe aux lèvres, car, compte tenu du personnage, il y a fort à parier que Mme Thibault se battra à mort... toujours grâce à l'argent des contribuables.
Hier, le ministre Benoît Pelletier a promis qu'il y aurait des vérifications plus détaillées des révélations et discussions avec Mme Thibault. Pour le moment, il n'est pas question de poursuites judiciaires. En revanche, Revenu Québec sera certainement appelé à vérifier si l'argent dépensé à des fins personnelles a été déclaré au fisc, une façon détournée de récupérer au moins une partie des sommes gaspillées par celle qui continue de prétendre qu'elle a agi «de bonne foi».
D'où vient qu'un employé de l'État, qu'il soit simple fonctionnaire, lieutenante-gouverneure ou juge en chef, se croit justifié de dépenser ainsi de l'argent public sans avoir de comptes à rendre? Avant 2004, explique la vérificatrice générale du Canada, Mme Sheila Fraser, les fonctionnaires de Patrimoine Canada demandaient des reçus et posaient des questions, mais ils remboursaient sans avoir obtenu satisfaction. Pourquoi cela? Était-ce du laxisme ou, plus probablement, jugeaient-ils que la fonction de vice-roi était à l'abri des règles habituelles? Et Mme Thibault, comment est-il possible qu'une personnalité qui pose en modèle de probité depuis tant d'années ose agir de façon aussi immorale? Comment, sinon parce qu'elle s'est prise au jeu de la royauté? Or, de nos jours, même la reine paie des impôts et rend des comptes au peuple qui assume ses dépenses.
Cela dit, on aurait tort d'oublier que ce sont les révélations de nos collègues du Journal de Montréal qui ont conduit les gouvernements à commander cette enquête. Pourquoi faut-il si souvent que le scandale arrive par les médias? N'y a-t-il donc personne dans l'appareil gouvernemental pour prévenir ce genre d'abus grossier avant qu'il ne se produise? N'y avait-il personne à Québec et à Ottawa qui a eu vent du train de vie de la reine de Saint-Hippolyte? Pourquoi n'avoir rien dit et surtout rien fait?
Le nouveau lieutenant-gouverneur assermenté la semaine dernière a promis de la «tempérance». C'est bien, mais ça ne suffit pas: il faut aussi du contrôle.
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j-rsansfacon@ledevoir.com


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