Le retrait exigé

Proche-Orient : mensonges, désastre et cynisme

La pression s'est transformée en une campagne. De quoi s'agit-il? Le retour au bercail des soldats américains actuellement en Irak. Au cours des derniers jours, quatre autres sénateurs républicains ont annoncé qu'ils se désolidarisaient de la politique arrêtée par Bush en la matière. Conséquemment, le nombre d'élus du Parti républicain qui soutiennent encore le président sur ce front s'est réduit à un frêle carré de fidèles. Ensuite, il y a eu ce [long et cinglant éditorial, pour reprendre le qualificatif le plus fréquemment employé, du New York Times->7593] qui conclut que Bush n'a pas d'autre choix que de s'appliquer sans délai à la confection d'un plan de retrait ordonné.

Bien évidemment, cette campagne a fait réagir la Maison-Blanche, qui a réitéré qu'il n'est pas dans son intention d'étudier la question. Pour l'instant, il va sans dire. Car, simultanément à l'offensive conduite par les partisans d'un rapatriement des troupes, l'attentat le plus violent des deux dernières années était commis à Bagdad, confirmant ainsi les observations faites depuis quelques semaines. À savoir que l'ajout de soldats décidé au début de l'année n'a pas encore donné les résultats escomptés dans la capitale.
Lorsqu'on fait l'inventaire de décisions prises par Bush, on ne peut qu'arriver à ce constat: aucun de ses objectifs n'a été atteint. Rappelons-nous que lui et son équipe ont toujours expliqué et justifié leurs gestes en martelant à chaque fois qu'il en résulterait un apaisement des tensions. Des élections ont été organisées, une constitution a été adoptée, trois gouvernements se sont succédés, mais c'est toujours le chaos. Pire, l'Irak est plongé dans une guerre civile qui a produit, si on peut dire, deux millions d'exilés rassemblés en Syrie et en Jordanie, ainsi que deux millions de déplacés à l'intérieur de l'Irak, sans compter les morts. En un mot, la situation est plus dramatique que jamais.
À un point tel qu'on peut se demander comment la balkanisation de l'Irak pourra être évitée. En effet, la violence qui sévit entre communautés religieuses et ethniques est si prononcée que ceux qui croient encore à une possible réconciliation nationale se comptent sur les doigts de la main, alors qu'ils sont désormais des centaines de milliers à envisager la partition de l'Irak en trois pays. Comme on le sait, les Kurdes, qui jouissent déjà d'une autonomie plus que relative, veulent désormais une indépendance pure et simple, à laquelle s'ajouteraient une nation sunnite dans l'est et une nation chiite dans le sud.
Dans son plaidoyer pour la formulation d'un retrait graduel assorti de dates, le New York Times va jusqu'à suggérer au président un recours à l'ONU. Quand on se rappelle combien cette institution a été décriée, tant par Bush que par son mauvais génie, le vice-président Dick Cheney, on pourrait croire que l'influent quotidien fait de la provocation. Pas du tout. La dure réalité des faits étant ce qu'elle est, l'aventure américaine en Irak s'est avérée un fiasco sur toute la ligne. Tôt ou tard, Bush ou son successeur aura besoin de l'ONU.


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