Réforme de la carte électorale fédérale

Le Québec refuse de se laisser affaiblir par Ottawa

Les libéraux de Jean Charest se rallient à l'opposition

La minorisation politique du Québec au Canada


Québec -- C'est une Assemblée nationale unanime qui s'est lancée, hier, à l'assaut d'Ottawa, exigeant le retrait du projet de loi C-56, qui augmente le nombre de députés à la Chambre des communes, et du projet de loi C-43 sur la réforme du Sénat. Comme si ce n'était pas suffisant, les députés ont réclamé que le gouvernement Harper donne suite au rapport que le nouveau commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a rendu public mardi.
À l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a exigé mardi que le premier ministre Jean Charest livre bataille pour contrer le projet de loi C-56. Ce projet de loi, qui augmente de 22 le nombre de députés à la Chambre des communes en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique, diminue le poids politique du Québec, qui reste avec 75 députés fédéraux. Mais tant le premier ministre que le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, avaient refusé de s'engager.
Toutefois, hier, les libéraux, aux côtés des adéquistes et des péquistes, ont voté en faveur d'une motion conjointe demandant le retrait du projet de loi C-56. Il faut voir là une conséquence manifeste de la situation de gouvernement minoritaire, alors que les deux partis d'opposition, s'ils s'entendent, peuvent faire adopter toutes les motions qu'ils veulent. Le gouvernement libéral a le choix entre s'isoler en votant contre ou se plier à la majorité.
À la demande de M. Pelletier, la motion, présentée par le député de Richelieu, Sylvain Simard, conjointement par le ministre et le chef de l'opposition officielle, fait aussi mention du projet de loi C-43, qui permet au premier ministre canadien de nommer des sénateurs élus par la population.
«La nuit lui [Jean Charest] a porté conseil», a dit Mario Dumont, qui aurait souhaité, cependant, que le premier ministre ait lui-même proposé cette motion conjointe.
«La marginalisation du Québec à l'intérieur du Canada se poursuit», a souligné Sylvain Simard, le critique du deuxième groupe d'opposition en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes. «Depuis 1985, il s'est ajouté 48 sièges à la Chambre des communes, aucun pour le Québec. Alors que la nation québécoise est officiellement reconnue, du moins en parole, il devient tout à fait aberrant de faire dépendre le poids politique du Québec uniquement sur son poids démographique.»
Dans sa brève intervention en faveur de la motion, Benoît Pelletier n'est pas allé aussi loin que M. Simard ou même M. Dumont. Le ministre s'est contenté de souligner l'importance que revêt la place des Québécois au Parlement du Canada, ce qui comprend le Sénat. Tout «changement substantiel» à la chambre haute doit se faire avec le consentement du Québec, a-t-il réitéré.
La leader parlementaire du deuxième groupe d'opposition, Diane Lemieux, a demandé un vote nominal sur cette motion, ce qui a forcé M. Charest, qui avait quitté le Salon bleu, à revenir en chambre pour que son vote soit consigné.
Conjointement avec le député de Berthier, François Benjamin, et le député de Borduas, Pierre Curzi, Benoît Pelletier a déposé une autre motion qui critique à demi-mot le gouvernement Harper. «Que l'Assemblée réitère l'importance que la langue française soit défendue et promue en tant que langue officielle du Canada», commence la motion, alors que le commissaire aux langues officielles vient d'accuser les conservateurs d'hypocrisie en matière de protection du bilinguisme. De façon unanime, les députés de l'Assemblée nationale exigent du gouvernement Harper qu'il affirme son intention d'appliquer les recommandations du dernier rapport du commissaire.


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