Bulletin du lundi

Le Québec n'a pas les moyens d'être si riche

Chronique de Robert Laplante

Le bon docteur Philippe Couillard paraît plus nerveux. Le ministre que nombre d'observateurs qualifient de politicien teflon, commence à montrer des signes d'agacement devant la tournure que prend le dossier des méga-hôpitaux universitaires. Les sondages sont dévastateurs : les trois quart des Québécois pensent qu'il faut un seul méga-hôpital. (La Presse, 29 mars) Malgré cela, le ministre a réaffirmé qu'il y aurait deux projets, sans davantage revenir sur les raisons qui pourraient justifier une telle décision. Le peuple se trompe encore une fois, sans doute...
Il a beau plaider pour la rigueur et la transparence, il devient chaque jour plus évident que le dossier est en train de lui échapper. Celui qui a réussi à faire dérailler le projet fou du CHUM à Outremont est peut-être en train de se faire passer sur le corps par les réseaux d'intérêt qui tiennent son parti et son gouvernement.
Celui qui avait toujours manifesté scepticisme et réserve à l'égard des PPP nous annonce désormais son « préjugé très favorable » (La Presse 30 mars)à la formule. Même si au CHUM on ne pense pas que le PPP modifiera réellement à la baisse le coût du projet (Le Devoir, 30 mars), le gouvernement continue de nous marteler son credo. C'est exaspérant mais il ne faut pas tomber dans le piège où l'on voudrait nous pousser avec ces professions de foi. Le débat idéologique sur les PPP est une mesure de diversion. Même s'il y a matière à s'inquiéter des appétits voraces, ce n'est pas là le débat fondamental.
Il est clair que le recours aux PPP permettra d'étaler le processus et de reporter au lendemain d'un prochain scrutin les décisions d'affaires. Le temps qu'il faut pour préparer les appels d'offres, pour les lancer, les recevoir et les analyser, le gouvernement peut faire traîner les choses, pour mieux user les opposants en laissant le débat public s'enliser dans les aspects techniques du processus etc. La guerre des chiffres, la révision des échéanciers, les modifications des phases de réalisation ne servent qu'à brouiller les pistes. Cela, c'est de la tactique politicienne habituelle. La véritable stratégie politique avec laquelle ce dossier est géré se situe ailleurs.
Le gouvernement cherche à faire perdre de vue les paramètres fondamentaux de la décision. Il cherche à éviter que le débat porte sur les faits. Sur le fond des choses, le dossier n'est pas géré d'abord comme un dossier de santé. La décision de construire deux méga-hôpitaux relève d'abord et avant tout d'un choix, d'un refus de soumettre les orientations de notre système institutionnel de santé et d'éducation à un réaménagement des rapports minorité/majorité. Le gouvernement libéral est prêt à dépenser au moins deux milliards de dollars pour que ne soit pas dérangé l'ordre des choses qui permet à une institution comme McGill de fonctionner en refusant d'être ce qu'elle est objectivement, une institution minoritaire.
Les faits méritent d'être rappelés :
• Le gouvernement du Québec accorde à la Faculté de médecine de McGill 25% des places alors que les anglophones ne forment que 8,4% de la population du Québec.
• La majorité des diplômés de médecine de McGill vont pratiquer ailleurs, à l'extérieur du Québec.
• Le budget pour les méga-hôpitaux universitaires est néanmoins partagé à 50-50 entre McGill et l'Université de Montréal.
• L'Université de Montréal forme pourtant quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec.
On pourrait en aligner de tas d'autres, de ces chiffres accablants qui montrent bien que c'est une décision aberrante de maintenir deux projets. Cela n'éclairerait pas davantage. La vérité, c'est que l'instauration d'un seul centre hospitalier universitaire obligerait McGill à fonctionner en tenant compte de la majorité, de sa langue, de ses ressources et des ses orientations. Le maintien de ce projet se fait au mépris de la démographie, de l'économie et du bien commun.
Le ministre Couillard a répondu très sèchement aux journalistes lui demandant si le budget total faramineux des deux projets ne plaidait pas pour la construction d'un seul centre. Il a essayé de faire dévier le débat en disant que deux facultés de médecine à Montréal, ce n'était pas un « problème mais une richesse. » Personne pourtant n'a jamais remis en cause l'existence de la faculté de médecine de McGill ! Ce qui est en jeu, c'est sa participation aux institutions nationales, c'est l'équité des conditions qui devraient lui être faites. McGill ne veut pas avoir à fonctionner avec une institution majoritaire dont la langue et le statut seraient définis par la majorité, par la nécessité de répondre aux besoins avec justice et équité.
Personne n'a remis en cause le droit des anglophones de se faire soigner dans leur langue. La question n'est pas celle de la langue de service aux patients, c'est celle de la langue de travail et de fonctionnement d'une institution d'envergure nationale.
McGill ne veut pas s'intégrer à notre système institutionnel national. Le maintien d'un projet de méga-hôpital pour sa faculté ne sert qu'à préserver son isolationnisme. Il ne sert qu'à continuer de lui donner les moyens de gérer comme des mesures de mitigation ses rapports avec les institutions de la majorité. Et c'est sans parler de son arrogance à nous jeter à la face sa rhétorique d'excellence internationale, comme si cela ne pouvait se faire avec un ancrage dans une institution francophone. C'est sans relever cette suffisance raciste à tenter de nous faire croire qu'il faudrait l'évaluer et la traiter avec d'autres critères qu'avec ceux qui s'appliquent aux universités francophones de la bourgade, à commencer par ceux qui valent à la rectrice de se faire payer, avec nos impôts, presque 40% plus cher que ses homologues francophones.
Payer pour une faculté qui exporte des médecins alors que le Québec en manque cruellement ; surpondérer le financement d'une faculté de médecine alors que l'Université de Montréal a des besoins criants et que cette surpondération désavantage systématiquement les étudiants et la qualité de la recherche et de la formation en français ; instaurer un méga-centre qui viendra accroîtra artificiellement la place de l'anglais dans la ville, une place sans commune mesure avec le poids démographique de la communauté anglophone ; tout cela ne sert qu'à redire que le gouvernement du Québec utilise les fonds publics pour maintenir la majorité dans un statut minoritaire.
Cela s'appelle de la soumission, de la lâcheté démissionnaire devant un ordre de privilège. Le projet de méga-hôpital anglophone, c'est le projet du refus de l'intégration. C'est pitié de voir les élites médicales et universitaires s'écraser devant l'establishment anglophone. Tout pour le bon-ententisme, y compris le renoncement à faire valoir ses propres intérêts.
Deux milliards, pour continuer de se trouver riche, c'est beaucoup demander pour que la nation se nie et se minorise elle-même. Quoi qu'en dise le ministre, le Québec n'a pas les moyens d'être si riche. Vivons donc pauvrement comme ce gouvernement nous le prêche en toute autre matière, ne faisons qu'un seul centre hospitalier universitaire. Jamais le visage de l'austérité n'aura-t-il alors de traits aussi conformes à la réalité de ce que nous sommes. Les traits de la dignité.

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Robert Laplante135 articles

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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