Le lobby des chemins de fer

Le Bloc s'est lancé dans les promesses électorales avec la ferveur des politiciens d'hier se portant à la défense des intérêts de la province.

Chronique de Robert Laplante


Avancez par en arrière ! La célèbre formule des chauffeurs de tramways et autobus montréalais est peut-être en passe de devenir le nouveau slogan politique branché, sinon notre nouvelle devise nationale. Ceux-là qui parviennent encore à s'intéresser à la politique politicienne la plus «drabe» des trente dernières années auront sans doute pensé avoir attrapé la berlue en entendant les comptes-rendus de la réunion du Bloc Québécois tenue dans la capitale provinciale la semaine dernière.
Déterminé à reconquérir l'électorat qui lui a fait faux bond devant les promesses d'un faux-prophète, le Bloc s'est lancé dans une opération de grande séduction qui nous donne, hélas, un sentiment de déjà-vu particulièrement accablant. Cela ne fera certainement pas un nouveau film. Tout le monde a le sentiment non seulement de l'avoir déjà subi celui-là, mais encore et surtout d'y avoir tenu un rôle de figurant des plus ingrat. Le Bloc s'est lancé dans les promesses électorales avec la ferveur des politiciens d'hier se portant à la défense des intérêts de la province.
Ils vont y aller à Ottawa leur dire ce qu'il faudrait faire pour que la capitale soit digne de sa province ! Ils vont réclamer qu'on fasse de son port un vrai port. Ils vont réclamer qu'Ottawa donne dans la pédagogie en lui demandant d'intercéder pour que soit implanté à Québec le secrétariat de la Convention sur la diversité culturelle de l'UNESCO. Cela ferait voir au bon peuple, pense-t-on le plus sérieusement du monde, les avantages qu'offrirait une présence diplomatique accrue. Le tout reposant sur l'adage voulant que l'appétit vienne en mangeant, les bloquistes sont convaincus qu'Ottawa leur fournirait un incitatif puissant pour faire rêver la population à tout ce qu'elle pourrait tirer de prospérité de la présence des ambassades qu'attirerait à Québec notre statut de pays indépendant.
On voudrait bien leur dire de modérer leurs transports, mais plus rien ne semble les arrêter. On les a même entendu promettre un train entre Québec et New-York. Décidément on n'arrête pas le progrès. Surtout quand l'action politique déraille !...
[« Le train à Duceppe »->2531] (Michel C. Auger, Cyberpresse, 25 octobre) - l'expression va lui coller. Les commentateurs n'ont pas manqué de faire remarquer à Gilles Duceppe qu'il ne pouvait promettre que d'en parler. Mais rien ne semble y faire. Après tout, le répertoire de la rhétorique électoraliste n'est pas infini. Le Bloc se cherche un créneau, on le comprend. C'est tout ce qu'il peut faire depuis qu'il s'est laissé entraîner à faire de la stratégie ouverte avec son siamois péquiste. Car, quoi qu'ils en disent, c'est bien ce qu'ils font ces deux partis. Ils sont peut-être même les seuls à ne pas s'en rendre compte. Tout le monde les voit finasser, tout le monde comprend où il vont et comment ils y vont le plus lentement possible. C'est l'attentisme qui les inspire et qui les enferre l'un à l'autre en leur donnant des allures de participants à une course au pas de tortue.
Le Bloc ne peut pas être plus volontariste que le PQ qui, lui-même, ne peut être plus confrontant que le Bloc sur toutes les matières qui font la logique du régime, c'est-à-dire sur tout. Ainsi donc les discours se sont-ils tout simplement inversés et l'on ne les entend plus guère parler qu'ils ne veulent plus guère parler de référendum. Il y a tellement de vraies affaires qui s'empilent, que les urgences s'accumulent pour contraindre tout le monde à chercher des solutions immédiates au déséquilibre fiscal, au respect des engagements de Kyoto, etc., etc.
Ce n'est toujours pas le temps de dire aux Québécois que la cause est entendue, que le régime canadian nous condamne à tourner non pas tant en rond que dans une spirale descendante. Ce n'est toujours pas le temps de dire que les gains partiels ne serviront qu'à mieux faire accepter notre défaite globale. Les deux partis traînent l'option non pas comme un boulet mais comme un hochet qui leur sert à ponctuer les discours. Ils ne font pas d'elle le point d'appui de leur action politique.
Alors que les appuis à la souveraineté se maintiennent à des niveaux très élevés, ils ne parviennent pas à reprendre l'initiative politique et se cherchent un espace sur le terrain de l'adversaire. Le PQ veut faire campagne sur le bilan Charest, le Bloc veut aller porter nos revendications à Ottawa. C'est sur le diagnostic d'ensemble qu'il faudrait livrer bataille. Ils ne veulent pas faire le bilan et le procès du régime. Ils ne veulent surtout pas lier leur sort à leur capacité de convaincre nos concitoyens qu'il n'y a plus d'autre avenue. C'est en cela que leur stratégie est ouverte, prévisible comme un livre grand ouvert. Ils ne veulent surtout pas que les élections deviennent une véritable échéance.
Dans la conjoncture présente, seule une action combinée, concertée, reposant sur une lecture commune et un diagnostic clair de l'épuisement des marges de manœuvre provinciale pourrait permettre de se présenter devant l'électorat avec une crédibilité et une confiance mobilisatrices. Un congrès conjoint du PQ et du Bloc pourrait dramatiser les enjeux et saisir les consciences de la nécessité de se mettre en mouvement pour faire l'indépendance. Le deux partis sont confrontés à la même exigence de clarifier les mandats qu'ils sollicitent. Ce serait l'occasion de s'entendre sur les gestes à poser, les engagements à prendre et les discours à tenir pour se présenter avec cohérence et cohésion devant un électorat de plus en plus perplexe.
A défaut de se donner cette unité de vue et d'action, les partis souverainistes vont se faire jouer l'un contre l'autre dans deux élections successives. Quel que soit l'ordre dans lequel elles seront convoquées, les résultats de l'une serviront à mieux enfermer la campagne de l'autre dans les logiques du régime dont ils prétendent vouloir s'affranchir. S'ils aiment tant les trains et le transport en commun, nos partis souverainistes auraient intérêt à bien étudier les caractéristiques des voies parallèles et les avantages du regroupement. Cela les aiderait à ne pas confondre une vision d'avenir avec le goût de régresser en (se) promettant d'organiser un suppliant lobby des chemins de fer.

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Robert Laplante149 articles

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    31 octobre 2006

    François Deschamps - J'ai lu avec attention votre texte. Vos craintes sont peut-être infondées. Tous ceux qui militent à l'intérieur d'un parti politique ne partagent pas le même degré de conviction. Par définition, le membership est un assemblage hétéroclite. Il y a des deux de pique, des guignols, des intrigants, des petits mononcles et des matantes partout, même au PQ. Comme dirait Oscar Wilde, l'important est que la connexion se fasse entre profondeur et surface. Depuis la manif de cet été, une tendance nouvelle semble se dessiner à cet égard. Tout est une question de timing. L'idée d'un « mandat impératif » à la Rousseau est importante, mais ce qui l'est encore plus est la mobilisation populaire qu'elle sous-tend. Il serait imprudent de sortir cette carte maintenant. L'antidote à l'attentisme n'est pas le volontarisme à tous crins, mais l'adjonction de thématiques « soft » au noyau dur du projet indépendantiste. Et puis, les nouvelles ne sont pas si décourageantes que ça. Le Bloc a repris le terrain perdu, ce qui nous assure pour un petit bout de temps encore d'un gouvernement minoritaire à Ottawa ; le discours infesté à nouveau au PLC par le virus nationaliste me laisse par ailleurs perplexe... Certains observateurs perspicaces au Canada anglais envisagent même l'avenir avec appréhension, comme l'article de Simpson dans le Globe du 15 septembre en fait foi.
    Tout est relatif, semble-t-il. Ainsi, pour reprendre votre analogie, même quand les passagers avancent en reculant, le conducteur n'en continue pas moins, lui, d'aller de avant.