Bulletin du lundi

L'état de la famille

Chronique de Robert Laplante


Il y a de ces anniversaires qui vous renvoient en pleine figure un certain état de la famille que l'on aimerait mieux ne pas voir. Les chroniqueurs et journalistes n'avaient pas beaucoup l'esprit à la fête pour célébrer le troisième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Jean Charest. Ils ont eu du mal à cacher un certain vague à l'âme. Personne ne pourra leur reprocher de n'avoir pas été au diapason de l'opinion publique.
Alain Dubuc s'inquiète ouvertement des problèmes de leadership ( La Presse 19 avril). Celui qui voudrait nous voir célébrer la richesse et la prospérité avec une fougue qui permettrait de transcender notre statut politique vient de faire bouger l'engrenage. Il désespère de notre premier sous-ministre au point de ne lui voir qu'une seule chance de rebondir, celle de trouver dans le placard d'André Boisclair des squelettes que de nombreux libéraux voudraient faire danser sur la scène provinciale.
« Trois ans de gaffes », résume Denis Lessard, un habitué des ruelles de Québec, pour qualifier le bilan libéral et dresser un rapide inventaire des gros obstacles qui se dessinent sur l'horizon de la quatrième année du mandat. Le portrait n'était pas plus rose pour Vincent Marissal qui faisait du Mont Orford le symbole des symboles pour ce gouvernement incapable de prendre ou de tenir un quelconque alignement. Décidément, La Presse était morose. Il y a des limites à faire mentir les sondages et à se tenir trop éloigné de son lectorat.
Rien de plus joyeux du côté du Devoir où Bernard Descoteaux ne voyait, quelques jours plus tôt, rien à fêter pour cet anniversaire sans cadeau. Même Chantal Hébert a eu des états d'âme dans le National Post ( 19 avril) où il lui semble que Jean Charest commence à devenir un véritable boulet pour Stephen Harper qui pourrait bien le prendre de vitesse et déclencher des élections avant que le PLQ ne coule à pic.
Il était bien morose le paysage médiatique.
Assez en tout cas pour nous laisser penser que cela ne durera pas. Il y a dans l'air comme une petite frénésie d'escalade. Même la morosité finit par être monotone. Il y a donc fort à parier que les petites insinuations en cachent de plus grosses. Le leadership de Jean Charest n'a pas donné toutes ses manchettes. Il y en aura d'autres et de juteuses. Il est plus que probable qu'il s'en écrira de savoureuses aussi à propos d'un Boisclair qui ne pourra pas toujours continuer à se faire aussi fuyant.
Il reste néanmoins que l'idée de l'alternance ne plaît pas du tout à l'establishment des inconditionnels du Canada. Ils sont, pour l'instant, coincés dans l'ineptie du PLQ. Mais cela ne s'éternisera pas. Les paris sont ouverts sur la façon et le moment de déclencher les grandes manœuvres. Il n'est pas aisé de déboulonner un Premier ministre en exercice. Mais cela s'est vu et pourrait bien se revoir.
On comprend que la principale difficulté de l'opération tient dans le fait que le gouvernement Harper a commencé à occuper le terrain de la rhétorique de l'accommodement raisonnable avec le Québec. Le discours de Montréal dénonçant « les pièges de la polarisation » (Cyberpresse, 20 avril) est un beau morceau dans le genre. Respecter les compétences provinciales en s'appuyant sur une constitution que nous n'avons pas signée et conçue pour nous folkloriser ? Le dire la semaine même où le gouvernement annonce qu'il va de l'avant avec ses chèques aux parents ? La belle affaire ! Encadrer le pouvoir de dépenser ? Maintenant que les agences sont en place pour contourner le gouvernement du Québec, big deal ! Participer à l'Unesco ? Pour avoir le privilège de porter les valises de l'ambassadeur...
Il n'y a décidément pas de limites à la crédulité : autonome dans un Canada uni, non mais franchement ! Et personne n'a ri ? Il n'y a décidément pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre. Cela nous en dit long à propos des lucides de ce merveilleux public des dîners de la Chambre de commerce. C'est la consécration définitive pour Yvon Deschamps. Et le triomphe de la volonté de se soumettre.
Benoît Pelletier a beau se réjouir de ce fédéralisme d'ouverture ( Le Devoir, 21 avril), c'est pour tenter de nous convaincre de voir une porte de grange là où Harper pointe le chas d'une aiguille. Il y aura des résultats, se réjouit le ministre, par avance décidé à ne pas se montrer trop gourmand, averti qu'il a été que Stephen Harper ne ferait pas de «chouchous».
Fadaises ou demi-bêtises, tout cela pose néanmoins des dilemmes aux inconditionnels inquiets de voir le PLQ se diriger tout droit dans un mur. Imposer un successeur à Jean Charest, cela ne peut se faire qu'en lui redonnant le discours qui le mettra en phase avec la majorité, c'est-à-dire en tenant au moins une position nationaliste à défaut d'une posture nationale. Il y a un risque à l'opération : celui de faire une nouvelle fois la démonstration que même le minimum requis pour sauvegarder les apparences et produire le simulacre ne passera pas la rampe canadian. C'est prendre le risque d'un autre rejet spectaculaire. Comment faire semblant sans trop faire lever les attentes ? Comment les présenter pour ne pas trop faire voir l'exaspération que suscite au Canada la moindre concession, même inoffensive ? Comment paraître reprendre les «demandes traditionnelles du Québec» en lançant des slogans creux? Même avec le concours des agents de propagande et la mobilisation de tout Gesca, cela reste compliqué de fabriquer du simili. Troublant, cette difficulté.
Il n'y a plus d'espace politique réel pour les inconditionnels du Canada qui ne peuvent plus rien proposer d'un authentique destin. La polarisation est dans le réel, pas dans l'approche, elle n'est pas un piège, mais un état des choses, produit par la logique des choses, celle de la négation de notre peuple, celle de sa réduction au statut de minorité consentante. Il ne reste que la soumission, que l'acceptation d'un ordre qu'ils consentent à servir sans plus même chercher à définir un statut pour la minorité qu'ils considèrent que nous devrions former dans le réduit provincial qu'on nous concède. Servir est une chose. Tenir le discours de la servitude en est une autre. La logique politique du Canada ne leur fait plus la partie facile. Maintenant que notre sort est fixé, qu'il ne se donne plus que sous le calcul clientéliste, les inconditionnels ont la pénible tâche de transformer leur alibi en fuite idéologique crédible.
Si les indépendantistes s'en donnent la peine, il leur sera possible de faire avorter les manœuvres. A condition toutefois de rompre eux-mêmes avec l'acceptation des prémisses de la politique provinciale, ces illusions qui voudraient nous amener à penser qu'il y a encore moyen de moyenner. Le Québec ne s'en va nulle part. Et c'est parce qu'on continue de le voir comme une province que la morosité tombe sur lui comme une chape de plomb.
Il faut l'affirmer partout, il ne reste plus qu'une option : en sortir au plus vite.
Il ne faut plus laisser les politiciens souverainistes jouer avec les échéances et s'abriter derrière le programme pour nier l'évidence. Le temps que le Québec passe dans cet empois de mort, c'est du temps qui joue contre nous, contre notre émancipation. Il faut exiger d'eux le courage d'un mandat de rupture. Il y a déjà ici trop de gens qui se paient de mots.

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Robert Laplante131 articles

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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