Des choses et des ponts d'élections

Chronique de Robert Laplante


Commotion dans la bourgade, Stephen Harper va jongler aussi longtemps qu'il voudra. Le déséquilibre fiscal? Ça pourrait bien être pour la semaine des quatre jeudis. D'ici là, Ottawa va continuer de faire comme d'habitude. Et cette semaine, il s'agissait de jongler avec un peu plus de treize milliards. Il faut bien payer ses dettes. Et équiper l'armée. Et quand il n'y aura plus de surplus, la discussion sur le déséquilibre fiscal prendra, évidemment, une autre tournure. Mais cela n'empêche guère de spéculer, par ailleurs.
Et spéculation il y a eu. Le petit ballet électoral a été relancé de plus belle. Les rumeurs vont bon train : les potineurs de la Grande-Allée ne se peuvent plus, les ragots d'Ottawa convergent de plus en plus à propos du prochain budget, Le Devoir ( 27 septembre) rapporte même que le gouvernement Harper ne serait pas hostile à l'idée de céder le point de TPS, même les commentateurs de Gesca, gonflés par les sondages, commencent à spéculer. À n'en pas douter, les élections provinciales redeviennent plausibles cet automne.
Nous aurons donc eu droit à la flopée de commentaires sur le «choc» provoqué par la déclaration d'un Harper qui, décidément, joue de mieux en mieux ses atouts. Le Bloc a beau dénoncer la promesse électorale rompue, Jean Charest a beau insister pour donner l'impression de tenir à quelque chose, la vérité c'est que, vu d'Ottawa, rien de tout cela n'a d'importance. Harper possède un avantage stratégique déterminant : il sait que la cinquième colonne d'inconditionnels va accepter n'importe quoi, il sait que notre premier sous-ministre va justifier n'importe quoi. Charest le coincer? C'est pure foutaise. Charest ne coincera personne, il finassera pour faire de la petite politique provinciale, sans plus. Harper s'amuse à lui saboter ses scénarios d'élection? Il va ravaler et s'ajuster. C'est Harper qui mène la danse, condamnant le second aux steppettes et contorsions.
Le Québec ne peut plus reprendre l'initiative politique dès lors qu'il est établi chaque jour plus clairement que notre gouvernement a tout son temps, qu'il est prêt à revoir toutes les priorités pour s'ajuster au rythme d'Ottawa, aux priorités d'Ottawa, aux moyens qu'il nous laisse. Jean Charest est toujours prêt à se payer de mots pour tenter de convaincre que le Canada fonctionne :«On a fait beaucoup de progrès sur le déséquilibre fiscal depuis moins d'un an : l'élection d'un gouvernement qui reconnaît le déséquilibre fiscal, qui a nommé le déséquilibre fiscal dans son budget, qui l'a nommé à nouveau dans son discours du trône...» ( Le Devoir,28 septembre) a-t-il déclaré depuis Bucarest, se réfugiant dans les mots pour aussitôt refuser de nommer le réel . « Il a fixé un échéancier où il doit livrer des choses dans son prochain budget. Moi je m'attends à ce que le Premier ministre du Canada, conformément au discours qu'il a fait à Québec le 19 décembre dernier, livre des choses dans son prochain budget. Au prochain budget, il doit y avoir un progrès marqué, un progrès significatif.»
On aura remarqué que le neutre prend le dessus. Notre Premier sous-ministre ne veut rien de précis qu'il sache nommer, il veut des «choses». En bon inconditionnel du Canada, il prendra n'importe quoi, toute chose lui étant donnée lui apparaîtra comme «un progrès significatif». Tout est un progrès pour lui, du moment que cela vient d'Ottawa, même l'insignifiance. Bien en deça de ce que réclame le Bloc, Michel Audet avait déjà déclaré être «parlable» à deux milliards, notre Premier sous-ministre, lui, attend des choses.
Les perspectives tactiques du PLQ sont donc à revoir, encore. Il lui faudra peut-être se résoudre à jouer la carte nationaliste, et à tenter de déclencher des élections avant le budget fédéral, histoire d'avoir l'air de vouloir se donner un rapport de force. Tout cela ne sera, bien sûr, que de la rhétorique politicienne, puisque toute chose apparaîtra comme un progrès, de toute façon. Et puis, la patience est sans limite, les besoins du Québec sont toujours compressibles, le Canada vaut tellement la peine qu'on respecte ses lenteurs...Ils ne reculeront devant rien, pas même devant le fédéralisme évanescent, ces inconditionnels de la minimisation des pertes québécoises.
Le déséquilibre fiscal est devenu l'équivalent des ponts d'élections dans la politique provinciale. On peut penser faire plusieurs campagnes sur la même promesse, dès lors qu'on a au moins planté une pancarte. Les libéraux de Chrétien et Martin avaient fat ce numéro avec l'autoroute 30. Harper-Charest vont faire de même en valsant avec «les choses». Harper va cependant toujours, donner le pas, choisir le rythme de la valse. Comme ils disent à Toronto : «The one who puts the nickel calls the tune».
Maurice Duplessis se battait pour «notre butin», les libéraux de Jean Charest vont s'agiter pour des choses. Et comme le rapporte le folklore électoral, personne n'hésitera à promettre de creuser une rivière pour mieux faire la preuve de sa détermination à revendiquer des ponts. Vivement des élections.

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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