Bulletin du lundi

Un bateau dans une bouteille

Chronique de Robert Laplante

Un petit peu de tout, un peu partout. « De tout pour tous » a titré Le Devoir (24 mars). Le budget du ministre Audet a réussi un tour de force, il est parvenu à susciter une réaction à peu près unanime. C'était fantastique à lire et à entendre, ce concert de commentaires provinciaux. Un budget remplis d'astuces, une manœuvre d'illusionniste, un habile exercice de gouvernement fauché, un saupoudrage de petits gestes pas complètement inutiles, pas totalement insignifiants mais... au moins, pas de gaffe majeure.
C'était le soulagement. Après tant de ratés, voir enfin ce gouvernement nous offrir une honnête prestation provinciale, la plupart des commentateurs en étaient sinon ébaubis, du moins, réconfortés de se retrouver dans un paysage familier. Et nous avons eu droit au bavardage habituel. Ah ! si seulement le Québec était l'Alberta ! Ah ! si seulement nous pouvions faire plus pour la dette, pour l'avenir, pour l'environnement ! Mais au moins les grabataires seront mieux emplâtrés, les écoles primaires et secondaires auront des crédits pour occuper les commissaires à faire semblant de s'occuper de l'éducation.
Tout ne va pas pour le mieux, mais tout n'ira pas si mal, même si les milieux culturels sont déçus. Même si les écolos s'indigent de voir saboter le Fonds vert, même s'ils sont piégés dans le faux dilemme des redevances pour la dette, dans l'opposition de la protection de la nature au bien-être des générations futures. Le gouvernement ne peut satisfaire entièrement tout le monde. Il faut le comprendre, être raisonnable. Le ministre a su arbitrer des demandes toujours plus gourmandes. A défaut d'avoir une politique forestière capable de redresser les fondement de l'économie politique de notre ressource verte, il fallait bien voler su secours de l'industrie, quitte à refuser de rembourser les médicaments des assistés sociaux. Il y en avait des pages et des pages.
De la nuance, du bémol, des lectures de signes encourageants, des acceptations du possible, du pragmatisme devant les « mesures intéressantes » et les « pas dans la bonne direction ». Et c'était sans oublier les appels au pragmatisme pour n'avoir pas à plaider la résignation de s'accommoder de ce que le Canada nous laisse. Le Fonds des générations, pertinent ou pas, efficace ou non, n'en finira plus d'alimenter les débats : est-ce une simagrée ou un commencement ? L'avenir ne se pense que dans les contraintes canadian intériorisées. Elles sont là comme l'eau coule de source, pour contrôler la dette ou étancher la soif des rêveurs. Mais, ces contraintes, elles sont si douces! Et qu'il est bon d'avoir des amis ! Quel beau pays ce Canada qui peut laisser Harper donner suite à l'engagement du libéral Ralph Goodale d'accroître les transferts fédéraux de 8,3%.
Les universités déçues, les manufacturiers inquiets, les promesses électorales non tenues, l'avenir incertain des garderies, tout cela et bien d'autres chose encore à pousser en avant, à mettre dans le plateau du déséquilibre fiscal et des ententes à venir. Ottawa sera notre horizon, comme toujours. Nous y envoyons un milliard par semaine en impôt, mais nous attendrons encore et toujours.
La province est raisonnable. Le gouvernement agit avec modération. Il ne faudrait tout de même pas exagérer avec les aspirations, les idéalistes ont déjà fait trop de dégâts. Nous devons vivre non seulement avec les moyens qu'on nous laisse mais dans les perspectives qu'on nous dresse. Des rubriques miniaturisées, des sommes symboliques, tout y est pour une existence en mode mineur.
Le budget mélange moyens modestes et simulacres, pragmatisme réel et résignation déguisée. Il produit de la vraisemblance à défaut de nous proposer des voies d'action dans notre vérité propre. On nous aura servi la rhétorique de la mondialisation, les défis de la démographie, les nécessités de l'innovation et toute la gamme des expressions à la mode dans les revues de gestion qui traînent dans les salles d'attente des aéroports et des cabinets de dentistes des quartiers des affaires.
Et toute la gente médiatique aura fait semblant d'y croire. Le budget se tient, c'est un bel objet qui permet de se donner l'illusion d'être dans la parade. Et les partis d'opposition n'auront pas voulu être en reste. Ils en ont redemandé comme Mario Dumont qui préfère les images de téléroman aux ritournelles comptables du PQ - les Bougon et l'Institut économique de Montréal, même combat ! Ce PQ qui, comme toujours, hélas, est resté prisonnier des catégories de la gestion provinciale avec sa passion pour le bricolage, sa fascination pour la plomberie. On veut bien lui concéder qu'il fallait bien dire quelque chose puisque tel est le jeu, mais fallait-il rester dans l'arithmétique de la pénurie ? Il y a tout de même des limites à ne pas affirmer ce qui s'impose d'évidence.
Il ne s'est pas trouvé grand'monde pour dire que tout cela est ridicule, que le Québec ne se voit plus aller, qu'il se pense par procuration et ne se soucie plus que d'accéder aux métaphores compensatoires. Pendant que les uns nous prêchent le réalisme et la modération en nous assénant des tours de magie blanche, les autres nous disent que les fils pendent mais que cela n'est pas grave, étant donné que c'est le seul spectacle que nous pouvons nous offrir. Le Québec s'en va à vau-l'eau, ballottant comme un bouchon sur les vagues canadian. Et toute la province s'imagine voguant vers le grand large alors qu'elle s'agite devant un gouvernement qui vient de construire un bateau dans une bouteille.

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Robert Laplante134 articles

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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