Le pittoresque discursif de Stéphane Kelly...

2006 textes seuls



[Commentaires mal embouchés à propos de l'article de Stéphane Kelly paru dans le quotidien montréalais La Presse: [(("Un nouveau visage - Les combats du multiculturalisme et du féminisme risquent de devenir antagonistes et de forcer la gauche à se redéfinir"))->1001], Stéphane Kelly (historien et professeur de sociologie), La Presse, Montréal, 24-3-2006.]
Il y a certains risques à observer la "gauche" de l'extérieur, voire d'un non lieu éthique, d'une posture a-scientifique..., ou d'un surplomb prenant la forme d'un idéalisme néo-post-rétro-conservateur (avec sa myopie volontariste... sans compter une conception particulière de la vérité et de son usage...), mais cela autorise apparemment à énoncer des bribes de propositions, qui, inlassablement "martelées" produiront leur effet idéologique, ce qui n'est pas sans profit pour d'aucuns... Nous sommes ici sous le charme, celui d'un indéniable pittoresque discursif:
"la gauche canadienne est maussade et inquiète" ... "martelant des thèmes de gauche"..."un archipel de petits peuples, étrangers les uns des [sic] autres" ... "La gauche a embrassé l'approche-client avec autant de conviction que Wal-Mart, mais avec infiniment moins de compétence [re-sic]" ... "Le peuple, ingrat, n'avait pas voulu de la Révolution. [...] C'est le peuple lui-même qu'il fallait désormais changer, à son insu" ... "Des organisations militantes, subventionnées, s'investirent d'une grande mission: défendre la charte jusque dans les forêts reculées du dominion" ... "la gauche thérapeutique a ouvert une grande brèche", etc.
Cette créativité qui s'exprime ici d'une manière intarissable, participe par ailleurs au renouvellement du genre littéraire stalinien, version soft et indubitablement néo-straussienne, puisque le naufrage des "néo-cons" est avéré. La classe ouvrière russe me pardonnera par ailleurs le pléonasme consistant à assimilier stalinisme et réaction droitière... Il reste à mettre le tout en musique, mais on pourrait recycler de vieux airs d'antant ayant servi à étouffer les cris du goulag, à moins d'opter pour un disco habile à mimer le productivisme à venir et dont la rouille serait masquée par des suintements pétroliers projetés par un certain vent d'ouest...
Le lecteur aura remarqué que le littérateur affirme sans rire ... et d'un même trait que "la gauche est fortement divisée"..., mais c'est pourtant avec une rare unanimité que ladite "gauche" aurait "cautionné l'idée qu'il n'y avait pas un peuple uni et solidaire à défendre, mais un archipel de petits peuples..." [reprendre le refrain après chaque couplet...].
Par un savant artifice, la "gauche" devient tout d'un coup la "gauche canadienne", ou du moins l'aglomération de certains individus non nommables ici (ie, au sens propre: innommables), qui ont participé aux "combats du multiculturalisme", c'est-à-dire à une entreprise des élites socio-économiques et politiques du Canada pour contrer le mouvement social et national du Québec. On peut constater que l'art poétique se combine ici avec les "compétences" des artistes qui sur les "side-shows" et autres estrades idéologiques se plaisent à nous faire "prendre des vessies pour des lanternes"...
Alors que les sociologues font état de la production de fractures sociales se multipliant sous les effets de structures politiques et économiques déployées et dopées par un néocapitalisme aussi avide que destructeur, il s'agirait plutôt, dans la version romancée que l'on nous présente, du résultat de "complicités tacites"... disons le mot... d'un complot ourdi par une "coalition basée sur le féminisme, le multiculturalisme, le bilinguisme et l'homosexualisme" engagée dans une "grande mission" contre un peuple mué en une "majorité silencieuse" et désigné comme "ennemi", contre une géographie sociale (amorphe et invertébrée ?) que l'on va s'employer à "balkaniser"...
À une "gauche" qui aurait présumément oublié les luttes contre le féodalisme, le patriarcat et autres affres de la tradition, et contre leurs relents alimentés et instrumentalités par les bénéficiaires de l'oppression nationale et sociale, on fait la charité intellectuelle de lancer un avertissement au sujet des "mouvements migratoires", immanquablement associés à "la polygamie, l'excision et la charia"...
Mais le plus grand péril qui guette cette "gauche", "maussade", "inquiète", "divisée", "infiniment moins compétente que Wal-Mart", "élitiste", "tacitement complice", "subventionnée", "messianique", "thérapeuthique"..., est représenté par des "jeunes femmes" qui auraient abandonné la solidarité de leurs aînées au profit de "l'esprit de compétition". On sort un autre lapin du chapeau: cet "esprit de compétition" serait la valeur sur laquelle se fonderait "une conception universaliste de l'égalité"... le libéralisme n'est pas-être pas loin... oui justement... au fond du chapeau !
Non dénuée d'humour, la "gauche" profère à l'occasion à l'intention des fâcheux des formules marquées par le génie populaire: "Laissez la peur du rouge aux bêtes-à-cornes ! "... Mais à quoi bon ruiner son intellect en vaines invectives à l'endroit d'une fantasmatique "gauche" que l'on prétendrait ramener dans le droit chemin (à moins que ce ne soit dans celui de la "droite"...) ?
La gauche, si elle existe, n'est autre que la vivante manifestation des aspirations populaires, et elle ne saurait être confondue avec les projets et tentatives politico-sociales de cadres issus de la petite-bourgeoisie qui aspirent à utiliser une mythique "classe [sic] moyenne" comme marche-pied.
Quitte à claironner nous aussi..., réaffirmons que nous sommes un peuple, une nation qui résiste depuis quatre siècles et que ce n'est pas demain que l'on nous mettra à genoux, que l'on brisera notre Front Commun !
Yves Claudé, sociologue


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