Le pigeon qui monte

Québec 2007 - ADQ

Le lancement de la campagne de Mario Dumont à Rivière-du-Loup en mars 2003 ressemblait étrangement au fiasco de Jean Charest la semaine dernière à Sherbrooke: à peine 200 personnes dans une salle trop grande.

«Aujourd'hui, je me lance dans la campagne pour gagner», avait lancé le chef de l'ADQ, mais il n'y croyait déjà plus depuis un bon moment. Deux mois plus tôt, plus de 1000 personnes avaient assisté à son assemblée d'investiture. Cela semblait faire une éternité.
Pendant un mois, le chef de l'ADQ avait parcouru les régions du Québec, littéralement traqué par la meute journalistique, alléchée par l'odeur du sang. Chaque nouveau sondage était l'occasion d'une autre séance de torture. Hier à Québec, André Boisclair s'est bien tiré d'affaire, mais il a eu un aperçu de ce qui l'attend si les choses ne se redressent pas rapidement pour le PQ.
Cette fois-ci, Mario Dumont n'est pas le pigeon qui tombe mais le pigeon qui monte. Il ne faudra surtout pas le quitter des yeux, sous peine de tomber soi-même des nues le 26 mars. Personne ne sait exactement à partir de quel seuil l'ADQ entrera dans la «zone payante», mais elle s'en approche assurément. Le dernier sondage CROP mené dans la région de Québec laisse déjà entrevoir un balayage des banlieues de la capitale.
Sur son site Internet, democraticspace.com, Gregory D. Morrow, dont la méthode avait permis de prévoir à 92 % la nouvelle répartition des sièges à la Chambre des communes au soir du 26 janvier 2006, projette maintenant une récolte de 18 sièges pour l'ADQ, qui détiendrait même la balance du pouvoir.
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Depuis sa plus récente simulation, datée du 24 février, M. Morrow accorde quatre nouvelles circonscriptions à l'ADQ: trois péquistes (Berthier, Mirabel, Saint-Maurice) et une libérale (Rouyn-Noranda-Témiscamingue). Au total, c'est pourtant aux dépens des libéraux que l'ADQ risque de faire des gains, notamment dans Arthabaska, Beauce-Sud, Chauveau, La Peltrie, Montmagny-L'Islet, Bellechasse et Lévis.
Les adéquistes devraient quand même attendre avant de déboucher le champagne. La méthode de M. Morrow est basée sur les cinq sondages les plus récents. Si la tendance se maintient, l'écart entre le PLQ et le PQ, qu'il évalue à 7,3 points à l'heure actuelle, ira croissant, alors que la possibilité d'un gouvernement minoritaire diminuera d'autant.
Même si personne ne craint plus de voir l'ADQ former le gouvernement, il demeure remarquable que le pigeon ait pu monter si rapidement sans prendre une volée de plomb dans l'aile, comme cela s'était produit en 2003 lorsque M. Dumont était devenu l'ennemi public numéro un.
Pourtant, sa plate-forme ouvre toujours la porte à une «médecine à deux vitesses» et l'allocation de 100 $ par semaine pour chaque enfant d'âge préscolaire qui ne fréquente pas le réseau de garderies subventionnées est l'équivalent de ces «bons de garde» qui avaient fait monter aux barricades il y a quatre ans.
Soit, le chef de l'ADQ a vite flairé que l'accommodement raisonnable était un bon filon, mais cela ne suffit pas à expliquer sa spectaculaire résurrection. D'ailleurs, M. Dumont n'est pas revenu sur le sujet depuis le jour du déclenchement des élections, si ce n'est pour répondre aux questions de journalistes au sujet de l'expulsion de la jeune musulmane qui portait le hidjab pendant une partie de soccer.
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La conjonction d'un gouvernement impopulaire et d'une opposition officielle dont le chef n'arrive pas à s'imposer a créé une conjoncture particulièrement favorable, mais il y a aussi le fait que le message de l'ADQ n'a jamais été livré de manière aussi efficace et aussi cohérente.
«Cette année, on a un véritable orchestre et ça va faire une différence», avait dit Mario Dumont en 2003. Un orchestre, c'est très bien, à la condition qu'il joue en harmonie. Celui de l'ADQ était tout de suite tombé dans une insupportable cacophonie.
Cette fois-ci, il n'y a pas d'orchestre. Il y a un homme-orchestre. Ça ne fait pas une grosse équipe, mais ça évite au moins d'avoir à changer de porte-parole en catastrophe, comme M. Dumont avait dû le faire en 2003 pour rendre un peu moins effrayante sa «médecine à deux vitesses». L'ADQ n'a plus qu'un seul visage et une seule voix. Jusqu'à hier, quand un de ses candidats n'a pas pu réfréner ses ardeurs antisyndicales, on n'avait pas entendu un seul couac.
Quand les jeunes dissidents de la commission jeunesse ont quitté le PLQ pour protester contre l'entente de Charlottetown, en 1992, ils ont dû se laisser guider par des gens plus expérimentés. Jean Allaire, bien sûr, mais aussi le philosophe Jacques Dufresne et le politologue Guy Laforest, qui ont présidé à l'élaboration de la première plate-forme de l'ADQ, sans oublier Moncef Guitouni, le premier président du parti, qui a dû partir dans la controverse.
Même si l'ADQ a rapidement été assimilée à Mario Dumont, lui-même est longtemps resté sous l'influence d'espèces de gourous qui suppléaient à son absence de réflexion. Aux premiers ont succédé les Léon Courville, Paul Daniel Muller, Stephen Morgan... Le programme de M. Dumont n'était pas vraiment le sien.
La déconfiture du 14 avril 2003 a eu l'avantage de faire le ménage autour du chef de l'ADQ. Il s'est affranchi de ses mentors et donne maintenant l'impression d'être en parfaite symbiose avec son programme. Certes, l'ancien président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, y a mis du sien, mais ce n'est pas un gourou. C'est plutôt un adjoint.
Rectificatif
Dans ma chronique de mardi, j'ai fait dire à Stéphane Dion qu'il recommandait de «faire souffrir» le Québec en 1995 si le OUI l'emportait. À l'époque, cette déclaration lui avait été attribuée à tort par une dépêche de la Presse canadienne et le rectificatif m'avait échappé. Les choses vont suffisamment mal pour M. Dion que je m'en voudrais de l'accabler injustement.
mdavid@ledevoir.com


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