Répercussions planétaires

Le mouvement associatif québécois est devenu un modèle de développement

Uniterra est actif dans le réseautage des acteurs à l'échelle internationale

17. Actualité archives 2007


L'approche québécoise pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, qui a donné naissance au concept d'économie sociale, est en train de se répandre à l'échelle de la planète. Elle constitue même, selon Sylvain Matte, une façon concrète de contrer «la mondialisation sauvage».
«Selon les grands modèles économiques en vigueur, déclare Sylvain Matte, directeur du programme Uniterra du CECI, certains de nos territoires devraient être tout bonnement fermés! Mais nous, nous disons non à cela, car nous voulons y vivre. La question se pose donc: comment peut-on développer une activité économique qui nous permettrait de mettre en valeur nos ressources et qui ferait en sorte qu'on reste chez nous?»
Le Québec a ainsi développé une forme alternative de développement économique - l'économie sociale et solidaire - qui vise à favoriser le développement local d'une région donnée. «Comme il ne s'agit pas d'exploiter les ressources d'un territoire au profit de quelques actionnaires, explique M. Matte, notre concept doit plutôt servir aux gens de la place.»
Or, à l'occasion de sommets planétaires - notamment la deuxième Rencontre internationale sur la «globalisation» des solidarités, qui s'est tenue à Québec en 2001 -, nos représentants ont constaté que leur modèle convient très bien aux populations du Sud, aux prises elles aussi avec la mondialisation des marchés.
Uniterra: l'internationalisation de l'entraide sociale
Afin de favoriser la coopération Nord-Sud, le Centre canadien d'étude et de coopération internationale (CECI) et l'Entraide universitaire mondiale du Canada ont mis sur pied le programme de coopération volontaire Uniterra. «Ce que nous cherchons à faire, relate le directeur du programme, c'est de mettre en relation des organisations du Québec et du Sud qui travaillent sur des enjeux similaires.»
Dans le cadre d'Uniterra, des bénévoles donnent de leur temps pour soutenir les efforts de lutte contre la pauvreté des gens du Sud, indique
M. Matte. «Uniterra permet à des Québécois, à des Canadiens ainsi qu'à des volontaires du Sud de consacrer de deux semaines à deux ans de leur temps pour travailler avec nos partenaires locaux afin que ceux-ci soient à même de livrer des services aux populations», dit-il.
Uniterra oeuvre dans 13 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, dans des secteurs tels que l'éducation, la santé et la nutrition, le développement de l'agriculture ainsi que l'appui aux jeunes qui sont en situation difficile, de violence ou d'exclusion. «De surcroît, relate Sylvain Matte, nos volontaires travaillent à ce qu'on appelle le renforcement des capacités afin que les organisations locales se développent et s'outillent. On est aussi beaucoup dans les échanges de savoirs et de connaissances pour développer l'économie sociale...»
Soutenir les actions de terrain
Le programme Uniterra veut faciliter l'entraide sociale et dispose pour ce faire d'un budget de 11 millions de dollars par année. «Nous cherchons à appuyer ceux et celles qui sont dans l'action et à leur permettre d'atteindre leurs objectifs», résume Sylvain Matte. Entre autres, si les bénévoles ne sont pas rémunérés pour leurs services, Uniterra s'assure néanmoins qu'ils disposent d'un logement, d'une alimentation et de conditions de vie adéquates.
De la sorte, ce programme appuie les actions de réseautage, en permettant notamment à des organismes comme le Chantier d'économie sociale du Québec et à ses membres d'établir et de maintenir des partenariats avec des organisations du Sud pour se renforcer mutuellement et échanger des stratégies. «Nous sommes très actifs dans le réseautage des acteurs à l'échelle internationale de l'économie sociale», indique M. Matte.
Depuis quatre ans, Uniterra a appuyé le secrétariat du Réseau intercontinental de promotion de l'économie sociale et solidaire. Il soutient également des réunions internationales comme celle par exemple qui fut organisée à Dakar en 2005. Il s'agissait d'un événement majeur qui, dans la foulée de la rencontre de Québec, a rassemblé plus de 1200 participants provenant de 62 pays. «Vous voyez donc que l'économie sociale est quelque chose qui s'internationalise, souligne Sylvain Matte, car de nombreux pays du Sud se reconnaissent dans ce modèle. De plus, des pays comme la France et la Belgique s'y reconnaissent également et ils ont le goût de partager. C'est donc un véritable réseau d'entraide sociale qui est en train de se mettre sur pied!»
Un modèle de mondialisation
Du même souffle, le directeur du programme Uniterra n'hésite pas à rapporter que certains critiques pourraient dire que, une fois de plus, le Nord cherche à imposer son modèle aux pays du Sud. «À cela, je répondrais que le fait que 1200 personnes se déplacent jusqu'à Dakar en payant toutes leurs dépenses - certaines provenant du fin fond de l'Afrique - nous montre à quel point les gens sentent qu'ils ont quelque chose à gagner en approfondissant et en échangeant entre eux.»
En fait, souligne-t-il, il est très encourageant de constater que, à Lima en 1998, la première Rencontre internationale sur la «globalisation» des solidarités avait rassemblé 200 personnes, alors que celle de Québec en comptait 400 et celle de Dakar en rassemblait 1200. «Dorénavant, le thème de l'économie sociale est à l'ordre du jour de bon nombre des grands forums internationaux.»
M. Matte relate que, alors que la mondialisation nous entraîne vers des modes d'économie dans lesquels la personne compte pour peu en regard des grands indicateurs, l'économie sociale met d'abord et avant tout la personne au coeur de l'économie. «C'est le développement économique qui doit servir aux personnes, et non l'inverse, dit-il. En ce sens, ce modèle est en réaction au modèle néolibéral.»
Cette façon de collaborer entre pays du Nord et du Sud est même en train de nous changer puisqu'elle modifie notre façon de faire de la coopération internationale, indique M. Matte. «Auparavant, dit-il, le Canada aidait le Sud en montrant comment faire les choses... car nous, nous savions! Mais voilà qu'aujourd'hui, nous préconisons davantage les échanges puisque nous avons besoin du Sud pour rétablir un certain équilibre... Nous avons absolument besoin que le mouvement d'économie sociale s'internationalise puisqu'on lutte contre des tendances lourdes. Il y a donc des intérêts communs.»
Collaborateur du Devoir


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