Le malaise afghan

Le Canada en Afghanistan


Le nombre des victimes canadiennes en Afghanistan ne cesse de croître. Hier encore de nouveaux blessés s'ajoutaient à la liste. La mission des Forces armées dans ce pays se révèle beaucoup plus dangereuse et ses résultats beaucoup plus incertains que ne l'estimaient généraux et ministres à l'origine. Loin de s'améliorer, la sécurité en Afghanistan s'est dégradée ces derniers mois, ce qui donne à réfléchir sur la stratégie déployée par la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) à laquelle participe le Canada.
Les Canadiens et les Québécois savent bien que, en dépit des paroles rassurantes des autorités canadiennes, tout ne va pas pour le mieux pour leurs soldats cantonnés à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan. Le bilan des pertes suffit pour comprendre que la résistance des Talibans se durcit. Comme le souligne dans la page Idées le politologue Marc-André Boivin de retour d'un séjour dans ce pays, il ne fait pas de doute que la mission de paix de la FIAS est devenue essentiellement une opération de contre-insurrection.
Cette situation, où se retrouve le Canada, crée un malaise profond au sein de la population canadienne, qui depuis le début entretient des réserves sur une mission dont le prolongement jusqu'en 2009 n'a obtenu l'aval des Communes ce printemps qu'à une courte majorité. Aujourd'hui, on craint un enlisement et plusieurs souhaitent voir les Forces canadiennes se retirer le plus rapidement possible. D'ici le mois de février, exigeait la semaine dernière le chef du NPD, Jack Layton, tandis que le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, demandait un débat d'urgence aux Communes pour examiner le sens de cette mission au regard de la politique étrangère canadienne.
Accéder à la proposition de Jack Layton est certainement prématuré. Nous pourrions certes nous donner bonne conscience à peu de frais en disant : Que le diable les emporte donc, ces Afghans, s'ils tiennent tant à leurs Talibans ! Ce serait oublier à quel point nous étions scandalisés lorsque que les Talibans imposaient le port de la burka aux femmes, interdisaient l'école aux jeunes filles et dynamitaient des trésors patrimoniaux comme les Bouddhas de Bamiyan. C'était il y a cinq ans, tout juste avant que les États-Unis ne mettent fin au régime taliban par la force.
Le Canada ne peut pas non plus se retirer d'Afghanistan tout de go en laissant les autres pays membres de la FIAS seuls aux prises avec le problème afghan. Le Canada perdrait toute crédibilité en reniant des engagements que les autres participants à la mission ont reçus de bonne foi. En acceptant d'aller en Afghanistan pour permettre aux Américains de se concentrer sur le front irakien, le gouvernement canadien, alors dirigé par Chrétien, a mis le doigt dans un engrenage dont il ne peut plus s'extirper sans se blesser. Cela ne devrait toutefois pas empêcher -- et il serait même urgent de le faire -- de procéder à un bilan sur les opérations que mènent les Canadiens dans la région de Kandahar et sur les objectifs poursuivis et les stratégies déployées.

Le débat souhaité par Gilles Duceppe serait à cet égard pertinent, ne serait-ce que parce les choses ont évolué depuis que les Talibans ont été chassés du pouvoir. La vision qu'avaient les États-Unis -- transformer l'Afghanistan en une démocratie moderne en seulement quelques années -- ne s'est pas réalisée et ne semble pas près de l'être. La mise en place d'un gouvernement dit démocratique, soutenu militairement par les pays occidentaux à grands frais, n'a pas suffi pour amorcer une véritable transformation. Les raisons sont nombreuses, mais tiennent pour l'essentiel au fait qu'aucun climat de confiance n'a pu être créé dans le pays, notamment parce que les promesses de reconstruction économique ne se réalisent pas, nous disent de nombreux observateurs.
Les militaires soutiennent que la pacification du pays est un préalable à la reconstruction économique, un point de vue qui se défend tout à fait. Pour le moment, le peuple afghan a plutôt l'impression qu'il n'y a pas de volonté de mener de pair ces deux stratégies, comme semble le confirmer la disproportion entre les dépenses militaires et les dépenses consacrées au développement, les secondes étant environ onze fois inférieures aux premières. On n'a d'ailleurs pas la certitude que le Canada fait ce qu'il faut à cet égard pour être à la hauteur de sa réputation. Les Canadiens et les Québécois ne ressentiraient pas un tel malaise à l'égard de la présence canadienne en Afghanistan s'ils avaient la conviction qu'elle n'est pas que militaire. Au gouvernement Harper de nous persuader que le Canada consacre tous les efforts nécessaires à la reconstruction économique. On l'écoutera pour peu qu'il mette de côté la propagande propre aux opérations militaires et fasse preuve de transparence sur ses objectifs et les moyens qu'il prend pour les atteindre.


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