Le maintien de la paix a 50 ans - Le Canada est toujours un joueur

Par Stéphane Tremblay

Politique étrangère et Militarisation du Canada

Depuis 50 ans, la politique du Canada en matière d'opérations de maintien de la paix constitue un véritable symbole de tradition et de fierté nationale. Avec la création des Casques bleus de l'ONU lors de la crise de Suez en novembre 1956, et ce, à la suite d'une initiative ayant valu le prix Nobel de la paix au secrétaire d'État aux Affaires extérieures de l'époque, Lester B. Pearson, le Canada a fait de sa participation aux opérations de maintien de la paix un axe fondamental de sa politique étrangère et de défense. Au cours de ce demi-siècle, les engagements ont changé mais l'objectif est resté le même: assurer la paix et la sécurité internationales.
Une participation systématique
Pearson n'imaginait pas que sa proposition de 1956 façonnerait la politique canadienne en matière de défense et de sécurité. En 1960, John Diefenbaker engage le Canada au Congo démocratique (déjà!). Un an après son élection comme premier ministre en 1963, Pearson publie un livre blanc sur la défense qui accorde une place considérable à la participation du Canada aux opérations de maintien de la paix. Les Forces canadiennes seront entraînées et équipées de façon à permettre une réponse immédiate et effective aux besoins de l'ONU. Le Canada participe en 1964 à une importante mission de paix à Chypre à la demande des États-Unis, ce qui permet d'éviter une guerre entre la Grèce et la Turquie.
Quelques années plus tard, Pierre Elliott Trudeau arrive au pouvoir. Soucieux de se démarquer de son prédécesseur, il publie des énoncés de politique où il se montre beaucoup moins optimiste en ce qui a trait à l'efficacité et à l'utilité des activités de maintien de la paix et entend se montrer plus sélectif avant d'engager les Forces canadiennes. Le gouvernement participera tout de même aux missions de l'ONU, notamment sur les hauteurs du Golan et au Liban.
À la fin des années 70 toutefois, la guerre froide entre les États-Unis et l'Union soviétique est à son paroxysme. Le Conseil de sécurité de l'ONU n'autorise aucune nouvelle mission entre 1978 et 1988. Il faut attendre l'élection du gouvernement conservateur de Brian Mulroney avant la parution d'un nouveau livre blanc sur la défense.
Le gouvernement Mulroney propose alors une hausse des dépenses militaires visant à combler l'écart considérable «engagements-ressources». Dans le livre blanc de 1987, le gouvernement entend poursuivre le rôle actif du Canada dans les opérations de maintien de la paix sous les auspices de l'ONU. Les militaires canadiens vont participer à des missions en Afghanistan et au Pakistan, en Iran et en Irak, en Namibie, puis en Amérique centrale.
Le 11-Septembre
Au début des années 90, la guerre froide est terminée. Cette période marque une évolution notable des opérations de maintien de la paix, qui coïncide avec l'émergence de conflits intra-étatiques de nature ethnique, nationaliste et religieuse dans plusieurs régions du monde. Ils se multiplient et le Canada s'engage dans des missions dangereuses en Haïti, au Salvador, en Angola, au Cambodge, dans les Balkans, en Somalie et au Rwanda. L'ONU est surchargée et a de plus en plus recours au chapitre VII de sa charte, qui autorise le recours à la force militaire. L'échec est souvent au rendez-vous, comme au Rwanda et en Somalie.
C'est l'époque où Jean Chrétien est élu premier ministre, en 1993. Son gouvernement publie un nouveau livre blanc et souligne la nature changeante et complexe des opérations de maintien de la paix, qui couvrent désormais l'ensemble des activités militaires, des déploiements préventifs aux actions d'imposition de la paix.
Malgré de lourdes compressions budgétaires et une réduction du nombre de militaires, le Canada entend tout de même jouer un rôle actif. En septembre 1994, quelque 3000 militaires sont déployés dans des opérations de maintien de la paix et ce tempo sera maintenu pendant plusieurs années, particulièrement en Bosnie-Herzégovine.
Soudainement, les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis transforment le contexte de la sécurité internationale. C'est le début de la guerre contre le terrorisme. Les Forces canadiennes se retirent progressivement de Bosnie et sont déployées en Afghanistan dans le cadre d'une opération de maintien de la paix chapeautée par l'OTAN.
Entre-temps, Paul Martin a succédé à Jean Chrétien et a publié l'an dernier un énoncé où le Canada met l'accent sur une nouvelle approche «3D» (défense, diplomatie, développement) devant les situations complexes de conflit et d'après-conflit. Le Canada entend se montrer plus sélectif et jouer un rôle où ses valeurs et ses intérêts sont le plus en jeu,.
Le Canada contribue aux opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU et de l'OTAN ainsi qu'à celles menées par l'Union européenne et l'Union africaine, principalement en Afghanistan, en Haïti et au Darfour. Le gouvernement de Stephen Harper ne modifiera pas la donne. À l'heure actuelle, quelque 2500 soldats canadiens sont déployés jusqu'en 2009 à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, dans le cadre de la mission de l'OTAN. Près de 70 policiers canadiens participent à la mission de paix de l'ONU en Haïti. Enfin, le Canada finance la mission de l'Union africaine déployée dans la province soudanaise du Darfour et fournit de l'équipement aux soldats africains.
De nos jours, la participation canadienne aux opérations de maintien de la paix ne se fait plus nécessairement à travers l'ONU et le Canada n'a plus les moyens de participer à toutes les missions. Et pour cause: il y en a maintenant 33 à travers le monde, comparativement à une dizaine il y a 20 ans. Mais le Canada reste présent et répond encore à l'appel.
* Une conférence sur 50 années de maintien de la paix a lieu aujourd'hui et demain à Montréal à l'initiative du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. Demain, Le Devoir publie un cahier spécial sur Lester B. Pearson.
Stéphane Tremblay

Doctorant à l'ÉNAP et agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, un groupe affilié au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM)


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