L'OTAN courtise Ottawa

Le secrétaire général de l'organisation tente de convaincre le Canada de poursuivre sa mission en Afghanistan au-delà de 2009

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Politique étrangère et Militarisation du Canada

Photo: Pedro Ruiz - Les Forces armées canadiennes ont commencé leur opération de charme hier à Montréal en déployant 2400 soldats dans les gradins du stade Percival Molson. Dehors, les opposants à la guerre ont sorti leurs bannières et leurs tracts, réservant leur coup d'éclat pour aujourd'hui, à Québec.
Le secrétaire général de l'OTAN, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, a dit hier, avec de grandes précautions diplomatiques, que le but de sa visite au Canada est de convaincre Ottawa de poursuivre la mission militaire canadienne en Afghanistan au-delà de l'échéance actuellement prévue de février 2009. «Bien sûr, comme secrétaire général de l'OTAN, j'espère que ce ne sera pas la fin de la mission pour les 26 alliés [pays membres de l'Alliance] et les 11 partenaires [pays qui ont également déployé des troupes en Asie centrale], compte tenu du fait que plus de temps est nécessaire pour créer les conditions» de la reconstruction et du développement de l'Afghanistan.
Rencontrant la presse hier matin avant de prononcer un discours devant la Conférence de Montréal, le secrétaire général de l'OTAN a indiqué que les pourparlers qu'il aurait en fin d'après-midi à Ottawa avec le premier ministre Stephen Harper et ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense porteraient «évidemment sur la FIAS [Force internationale d'assistance à la stabilité, sous commandement de l'OTAN] et sur son avenir».
Jaap de Hoop Scheffer a refusé de parler d'«ambiguïté» pour qualifier la position canadienne. Le premier ministre Harper et son cabinet ont plusieurs fois laissé entrevoir la possibilité d'une extension de la mission au-delà de février 2009, sans toutefois avoir pris de décision ferme à ce sujet.
«Il n'y a pas [non plus] d'ambiguïté quant à mon plaidoyer, mais, encore une fois, ce sera une décision souveraine du Canada», a-t-il ajouté après avoir refusé de dire qui remplacera les militaires canadiens s'ils se retirent effectivement de l'Afghanistan à cette date.
Répondant à une seconde question sur le même sujet, Jaap de Hoop Scheffer a brièvement évoqué le rôle que joue l'Agence canadienne de développement international dans l'aide à l'Afghanistan.
M. de Hoop Scheffer rencontrera aujourd'hui à Valcartier les militaires du Royal 22e Régiment, dont plus de 2000 membres se déploieront dans ce pays le mois prochain et en août. Il a reconnu hier que les militaires canadiens y ont payé «un prix élevé». Mercredi, trois d'entre eux ont trouvé la mort quand un «engin explosif improvisé» a fait sauter leur véhicule non blindé sur une route du sud du pays. Depuis 2002, le bilan des pertes chez les militaires canadiens s'élève à 60.
Répondant à «certains observateurs qui ont conclu que [...] nous devrions peut-être laisser l'Afghanistan à son sort», le secrétaire général de l'OTAN a dit, au cours de son allocution: «Je peux comprendre ce sentiment. C'est une mission difficile et les pertes humaines sont terriblement douloureuses, mais je crois fermement que c'est une mission juste qui vise à faire en sorte que l'Afghanistan ne redevienne pas un État défaillant et un immense camp d'entraînement pour les terroristes.»
Conscient du fait qu'une majorité de Québécois s'oppose au déploiement des soldats de Valcartier dans la province de Kandahar, Jaap de Hoop Scheffer a souligné à plusieurs reprises que l'opération de l'OTAN, la plus importante de son histoire, s'y déroule en vertu d'un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui, à ses yeux, la rend «100 % légitime». Elle vise selon lui à «défendre des valeurs universelles fondamentales» comme la liberté, la démocratie et l'État de droit.
M. de Hoop Scheffer a ajouté que «nous réussissons», citant notamment l'ouverture de nombreuses écoles et de dispensaires ainsi que la construction de routes tout en reconnaissant que des efforts accrus doivent être faits pour accélérer la formation de l'armée et de la police afghanes.
«Nous devons maintenir nos efforts, notamment dans le domaine du développement économique, a-t-il ajouté. Compte tenu des pertes humaines que nous avons subies, il est compréhensible que le débat actuel sur l'Afghanistan soit essentiellement axé sur les aspects militaires. Mais nous ne devons jamais perdre de vue que le succès final ne sera pas obtenu par une victoire militaire. Le véritable succès en Afghanistan dépendra de la reconstruction et du développement.»
M. Jaap de Hoop Scheffer a en outre parlé de la nécessité d'en faire plus en matière de «reconstruction civile» et d'associer plus activement le Pakistan voisin dans la lutte contre les talibans.
Il a également dit, sans donner de précisions, que des efforts ont été faits pour réduire les «dommages collatéraux» lors d'opérations de l'OTAN ou de la coalition Enduring Freedom.
«Cette mission doit-elle continuer? Ma réponse sans réserve est oui», a affirmé le secrétaire général de l'OTAN.
La mission de l'Alliance atlantique en Afghanistan est encore appuyée par la majorité des Afghans, a martelé Jaap de Hoop Scheffer. «Mais leur patience a des limites», a-t-il reconnu.


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