Abdou Diouf plaide pour une mondialisation «régulée, démocratisée, humanisée»

XIIe Sommet de la Francophonie - Québec du 17 au 19 octobre 2008

Photo: Jacques Nadeau
Pour le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, la mondialisation, qui n'est «ni bonne ni mauvaise par nature», «doit être régulée, démocratisée, humanisée».

L'ancien homme d'État sénégalais, qui s'adressait hier à un parterre constitué en grande partie d'économistes et de politiciens réunis pour l'ouverture de la Conférence de Montréal, a choisi d'évoquer «la dimension culturelle» de cette mondialisation, qui nous place selon lui à une «période charnière» où «l'histoire peut basculer pour le meilleur ou pour le pire».
Pour M. Diouf, qui préside aux destinées de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 2002, la mondialisation est à la fois un motif d'espoir et un «révélateur» de plusieurs crises. Espoir d'une gestion démocratique globale, d'une mise en commun de l'information et du progrès matériel et d'échanges équilibrés entre les cultures.
Mais la phase actuelle de mondialisation révèle aussi, selon lui, une «crise des institutions internationales», «des inégalités révoltantes» entre pays riches et pays pauvres et, enfin, une menace «de standardisation des imaginaires en raison de la capacité quasi monopolistique d'entreprises globales à contrôler et à vendre le divertissement, le rêve, les valeurs, la pensée».
Devant en particulier la menace de voir s'instaurer une «hyper-culture», essentiellement véhiculée par l'Occident, à côté de cultures locales folklorisées, devant aussi la tentation du repli identitaire, M. Diouf a plaidé pour la diversité culturelle, qui est selon lui au coeur de la mission de la Francophonie.
«Certes, un pas considérable a été franchi avec l'adoption [en octobre 2005] et l'entrée en vigueur de la Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles», a-t-il noté.
Mais «il faut maintenant passer de la revendication légitime d'un droit à la diversité culturelle à l'enracinement d'une culture de la diversité», a poursuivi M. Diouf.
La Francophonie
La Francophonie, que l'on aurait tort d'«assimiler à une tentative dépassée et frileuse de défense de la langue française», a permis aux cultures des pays membres d'«entrer en résonance», «faisant progressivement émerger des champs nouveaux de coopération, de solidarité, de valeurs à partager», a affirmé le secrétaire général de l'organisation internationale.
Selon M. Diouf, la Francophonie, qui tiendra l'an prochain son sommet à Québec, a d'autant plus vocation à défendre la diversité culturelle que ce défi ne peut être relevé à l'échelon local ou national. «Mais nous savons aussi que l'échelon mondial apparaît trop lointain, trop abstrait [...] pour susciter l'adhésion et la mobilisation, a-t-il ajouté. C'est là, à mi-chemin entre le "tout local" et le "tout mondial", que la Francophonie trouve sa place», en coopérant avec «les autres grandes aires linguistiques et culturelles: le Commonwealth, l'hispanophonie, la lusophonie, l'arabophonie».
C'était la première fois, hier, que le secrétaire général de la Francophonie prenait parole devant la Conférence de Montréal, mais l'OIF est partenaire de l'événement pour une troisième année consécutive. Elle assurera aujourd'hui la tenue de trois tables rondes portant respectivement sur le développement durable, les partenariats public-privé et l'entreprenariat africain.
L'an dernier, la visite de M. Diouf au Canada avait causé un incident diplomatique. Le secrétaire général de la Francophonie avait été soumis à une fouille corporelle à son arrivée à l'aéroport de Toronto, alors qu'il était en route pour une réunion ministérielle de l'organisation à Winnipeg. Le gouvernement sénégalais avait vivement réagi, jugeant insuffisantes les excuses présentées par le gouvernement canadien.


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