Le gâchis

Bref, Bush et compagnie croyaient que leur entreprise se traduirait par l'épanouissement de la démocratie partout dans la région, et qu'ont-ils récolté? Le réveil des haines qui agitent ce Moyen-Orient compliqué.

Irak - les suites 2008

Cinq ans après le renversement de Saddam Hussein, la situation qui prévaut en Irak se résume en un mot: cul-de-sac. Si une réduction notable des violences a effectivement été observée au cours de la dernière année, il n'en reste pas moins que le pays est dans les limbes politiques. Et ce, à cause de l'aveuglement idéologique de l'administration Bush et de la mauvaise volonté foncière des leaders irakiens.

Il y a cinq ans, George W. Bush avait poussé l'aveuglement idéologique jusqu'à prédire qu'une fois Hussein déchu, la démocratie, la liberté et le respect des droits de la personne seraient adoptés par les Irakiens d'abord, puis par le reste du Moyen-Orient. C'était compter sans, entre autres choses, les énormes gaffes de Donald Rumsfeld, alors patron du Pentagone, le culte du mensonge de Dick Cheney -- on pense à tout le travail de sape qu'il a fait à propos de la supposée présence des armes de destruction massive -- et, enfin, la furia néoconservatrice de Paul Wolfowitz, numéro deux du Pentagone, et de ses acolytes de la revue Weekly Standard.
Il faut rappeler que selon les plans dessinés et imposés par Rumsfeld, l'«affaire irakienne» devait se conclure en moins de deux ans et coûter la maigre somme de 60 milliards de dollars. Pour la petite histoire, on doit également rappeler que l'hypothèse Rumsfeld l'avait emporté, grâce au soutien constant et maniaque de Cheney, sur celle de Colin Powell, alors patron du département d'État et surtout seul général quatre étoiles de l'exécutif qui, lui, était partisan d'une offensive beaucoup plus massive pour un retrait rapide.
Cinq ans plus tard, les États-Unis maintiennent un contingent plus imposant en nombre qu'au début de l'engagement. Pour ce qui a trait au financement de cette aventure, la forte majorité des économistes qui ont étudié la question estime qu'au moins 1000 milliards ont été engloutis. Certains, comme le Prix Nobel Joseph Stiglitz, calculent que le tout va avoisiner les 4000 milliards. Autrement dit, la catastrophe politique et militaire va se doubler d'une catastrophe financière. En effet, la flambée du baril d'or noir s'explique comme suit: le niveau de production de pétrole irakien est actuellement inférieur au niveau enregistré la veille de la guerre, contrairement aux prédictions formulées par Bush et consorts.
Aujourd'hui, le défi numéro un qui se pose aux administrateurs américains du dossier est l'incapacité des leaders irakiens à faire des gestes se conjuguant avec apaisement, sécurité et paix. Pour s'en convaincre, il suffit de souligner que la conférence de réconciliation nationale qui s'est conclue hier s'est caractérisée par son boycottage par des partis sunnites et par le plus important parti chiite.
La posture adoptée par des leaders des deux camps enrage aussi bien les gradés américains que l'administration Bush. Les premiers appréhendent une perte rapide des gains réalisés sur le terrain. Les seconds cachent mal leur irritation devant le premier ministre Nouri al-Maliki et son gouvernement qui, aujourd'hui, rassemble moitié moins de ministres à la suite d'une série de démissions. À la décharge de ces derniers, il faut souligner qu'une grande partie du malaise découle de la décision prise par Bush de mettre au ban de la société tous les membres du parti Baas et de dissoudre toutes les forces armées ainsi que les forces de sécurité.
Brimés tout au long de l'histoire de l'Irak, les chiites ont profité de cette politique de la table rase pour noyauter notamment l'ensemble de l'appareil d'État. Au grand dam, on s'en doute, des sunnites, mais pour la plus grande satisfaction d'un acteur important sur l'échiquier: l'Iran. Bref, Bush et compagnie croyaient que leur entreprise se traduirait par l'épanouissement de la démocratie partout dans la région, et qu'ont-ils récolté? Le réveil des haines qui agitent ce Moyen-Orient compliqué.


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