La Wallonie mourra peut-être

La RTBF annonce l’indépendance de la Flandre

Chronique de José Fontaine


Je n’étais pas devant la télé quand [ce canular réussi s’est produit->3343], mais deux ou trois personnes m’ont téléphoné pour m’annoncer la nouvelle et des amis québécois m’ont envoyé des courriels. J’ai dit à tous que c’était impossible, car les politiques flamands veulent plus d’autonomie pour la Flandre, mais pas procéder de manière unilatérale, ce qui leur ferait perdre Bruxelles, au moins, et sans doute aussi (en tout cas dans un premier temps), la considération de partenaires européens possibles.
Une blague mais qui informe
Cela avait beau être une blague, mais cela correspond à une angoisse fantasmatique chez une partie de l’opinion wallonne. Celle en tout cas dont les médias et les politiques s’occupent. D’ailleurs, au départ, 90% des wallons y ont cru.
En réalité, seuls les Wallons ont jamais été à deux doigts de proclamer leur indépendance: la première fois en juillet 1950, quand un gouvernement wallon séparatiste (voir ces mots sur Wikipédia), se forma à Liège en ce but. On n’alla pas jusqu’au bout, vu que l’objectif de ce gouvernement était d’échapper à une Belgique avec encore Léopold III à sa tête, ce que les Wallons refusaient. Or le roi se retira avant que ce Gouvernement ne réunisse les Etats-Généraux de la Wallonie dans une ambiance révolutionnaire. Puis, en 1991, les Flamands s’étant opposés à la livraison de fournitures militaires émanant d’usines wallonnes, le parlement wallon se réunit à Namur le 1er octobre en menaçant d’en voter le principe, sans tenir compte du gouvernement belge.
Seuls les Wallons furent (dans le passé!) séparatistes
La blague de mercredi passé, mais qui se base sur les fantasmes et les probabilités qu’énonce une certaine opinion, faisait crédit à la Flandre d’avoir en somme l’audace de faire ce qu’elle n’a jamais osé faire et que les Wallons eux ont au moins approché. Cela tient au fait que dans le monde médiatique et dans la classe politique, on critique très peu les analyses flamandes tendant à considérer que la Wallonie vit aux crochets de la Flandre notamment en matière de sécurité sociale (chez nous, elle est fédérale puisque la Belgique n’est pas un Etat fédéral depuis longtemps et qu’elle a été instituée au départ dans un contexte national). Or, il y a beaucoup de chômeurs en Wallonie, une Wallonie qui peine économiquement et où, assez normalement, les gens ont peur de l’avenir.
Paul-Henry Gendebien me redit depuis que je le connais une phrase qui m’a mis peu à peu en opposition complète avec lui: ce sont les Flamands qui nous permettront d’être indépendants. Je pense que cette phrase est fausse car on ne bâtit pas son indépendance en espérant que ce soit les autres qui la rendent possible. Elle est fausse aussi car la Flandre ne veut absolument pas son indépendance. Elle cherche en réalité à augmenter ses compétences et que la Belgique devienne un Etat confédéral.
Wallons et Flamands sont déjà indépendants en partie
Certes, cela revient à vouloir aller dans le sens de l’indépendance. On, estime à l’heure actuelle (sur la base des budgets des Etats fédérés et de l’Etat fédéral), que les Etats fédérés utilisent 51% des anciennes ressources étatiques soit une progression de 51% en 26 ans, ce qui est quand même beaucoup. La Flandre va demander que ce pourcentage se fixe plus haut, soit vers 60%, 65% voire même plus, notamment par la régionalisation de la politique de la santé, de l’emploi, de la Justice (partiellement au moins), et d’autres compétences.
La connaissance de ces chiffres permettrait théoriquement de relativiser l’éclatement de la Belgique, dans la mesure où ses diverses composantes sont déjà à certains égards dans un système qui relève de la confédération au sens strict (dont un aspect est la liberté totale des Etats fédérés de signer des traités, sans aucun veto possible de la Belgique). Il arrive qu’après avoir expliqué tout cela dans des conférences, après avoir en somme dit que nous sommes à mi-chemin de l’indépendance, les seules questions que l’on me pose sont celles de la survie de l’Etat belge.
Cela me décourage parce que je viens justement d’expliquer que d’une certaine façon la Belgique a déjà à moitié disparu et qu’elle risque de disparaître au moins à 60% très bientôt sinon même 65% voire plus.
Mais il est un fait – nous en discutons entre militants wallons non sans amertume – que les changements institutionnels que les Wallons ont voulus à une époque très passionnément, n’entraînent pas chez un grand nombre d’entre eux un sentiment d’appartenance à la Wallonie qui puisse au moins équivaloir sinon même surpasser celui de l’appartenance à la Belgique.
Le départ du roi
Dans le canular de la RTBF, le point qui sans doute créé l’émotion la plus grande, c’est le départ du roi (au Congo! ce qui fait encore plus poisson d’avril mais cela a marché). Malgré trente ans de luttes incessantes venant relayer d’immenses efforts en matière d’histoire politique, culturelle, artistique, musicale, de la BD (etc.), malgré la naissance d’un cinéma wallon, indubitablement, malgré la croissance du sentiment wallon, face à la disparition de la Belgique, les Wallons croient qu’ils seraient sans rien si la Belgique venait à disparaître. C’est d’autant plus navrant que, malgré des difficultés énormes, les autorités wallonnes actuelles ont pris à coeur d’assainir les institutions dont elles ont la charge et qu’un effort de redressement sans précédent est entamé. Mais nous vivons avec les Bruxellois qui sont une grande métropole, dont viennent tous les médias: l’opinion bruxelloise est hostile à l’évolution du pays vers les autonomies de la Flandre et de la Wallonie. Elle est francophone et écrase donc le sentiment wallon sans pouvoir aussi bien écraser le sentiment flamand. Sans Bruxelles, la Wallonie serait bien plus loin. Avec un Montréal unitariste canadien, le Québec aurait beau faire. C’est la région bruxelloise, région de la capitale belge, que notre industrie wallonne a édifié en grande métropole qui nous empêche d’être nous-mêmes. Ce que nous avons réussi à faire, nous l’avons toujours réussi contre les Bruxellois.
La Wallonie mourra peut-être
J’avais cru, lorsque nous avions été reçus par le Président wallon début 2005, lorsque se dessinait la perspective d’un grand congrès culturel wallon, quand on a parlé de voter une Constitution wallonne que les choses étaient bien avancées. Maintenant (pas seulement à cause de cet événement), je vois que les Wallons ne sont pas mûrs, que le mouvement wallon est même en train de mourir.
Il arrive que la pensée sacrilège de Vichy (“c’est le coeur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat”, disait Pétain), me passe à travers la tête. J’ai au moins le mérite de ne pas capituler après quelques semaines. Mais après trente ans de combat acharné où j’ai investi tant de moi-même, je ne pourrais que continuer, certes non sans le désespoir qui m’envahit présentement car il est difficile d’éviter le désespoir, mais avec cette énergie possible pour la lutte avant que ne vienne la seule chose qui gagne, c’est-à-dire la Mort.
En général, il n’est pas diplomate de dire ce que je dis de Bruxelles, car on est tout de suite assimilé à quelqu’un de haineux et d’étroit d’esprit quand on fait ces reproches aux Bruxellois. Pourtant, sans qu’ils s’en rendent compte, les Bruxellois ont tant fait contre nous que nous allons peut-être en mourir. Ils pensent que c’est par haine que nous le disons. Pourtant, non! ce n’est pas sans avoir le coeur serré que l’on voit un peuple se démembrer, d’autant que la Belgique mourra quand même, mais sans que nous n’ayons réussi à vivre. Ce qui est sans doute le pire des échecs, la Wallonie risquant de mourir avec la Belgique qui a tant fait pour qu’elle n’existe pas.
Le désespoir est le compagnon habituel de tous ceux qui ont la Foi et même l’Espérance, mais qu’il est lourd à porter, amis!
José Fontaine

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José Fontaine355 articles

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    19 décembre 2006

    Mon cher et vieil ami
    C'est toudi les ptits qu'on spotche?
    Tu le sais bien et la chance du Québec est d'être si grand.Tu trouveras ci-après la réaction semi-délirante d'une militante dans ma circonscription et que nous dûmes évacuer de notre exécutif pour propos acariâtres et qui,suite à son éviction, a éructé ce fiel que tu liras ci-après.
    C'est qu'au-delà des discours lénifiants, politically correct dit-on ici, la haine des humains, l'une des trois passions augustiniennes aux côtés de l'amour et de l'ignorance, ne peut que se nourrir de son semblable pour survivre.
    Au point qu'on se demande quelle autre passion peut nouer un peuple pour se libérer puisque l'amour tranquille qui lie les êtres sous cette forme que les grecs appelaient "agapê" semble privé de ce désir qui lui serait nécessaire pour passer à l'acte.
    Tu le sais, les wallons comme les convoyeurs colombophiles "attendent"....
    Qu'attendent-ils? je ne sais, comme mes concitoyens québécois, je me le demande. Qu'attendons nous ici pour faire un pays souverain?
    Le Québec est certes bien en avance sur la wallonie sur ce point et la page de dénigrement de mon ex-secretaire ad interim témoigne d'une ignorance qui sous les dehors de la société d'histoire, se drape des plumes d'une bernache.
    Les livres d'histoire se laissent écrire et aucun historien ne m'enlévera le savoir que j'acquis, un trimestre durant en sixième primaire, - j'avais dix ans et la borne milliaire romaine que les excavatrices retirèrent du lit de la Semois suivit un autre cours,à un mètre de mon pupitre, celui de mon seul maître primaire, mon père qui décéda voici six ans -. Il me rappela avant de mourir, attendant les yeux tournés vers Montréal. Quand, il me vit, apaisé des paroles que je lui tins alors en wallon, il me dit, lui l'instit rigoureux qui m'avait toujours parlé français: ah tu t'en souviens encore!
    En effet, c'est de mes grands-parents que je tenais ce savoir de la langue. Mon cher José, cette lettre un peu longue cherche à te donner le courage de supporter cette mort apparente, détour obligé pour que ces signifiants habitent l'inconscient qu'on dit collectif d'un peuple. Certains vestiges du passé ne s'effacent point.
    amicalement, je t'embrasse
    JP Gilson
    À propos de l’histoire de la Belgique…
    Bonjour A.
    Si jamais tu entends encore des faussetés fondées sur la comparaison systématique entre le Québec et l’Europe (notamment avec la Belgique), au désavantage du Québec évidemment, sache simplement ceci. Si le Québec devient indépendant d’ici une dizaine d’années, nous aurons atteint ce statut après avoir été occupé par un seul et unique maître étranger, les Anglais, et après 250 ans d’histoire. En comparaison, si l’on considère l’histoire de la Belgique, de la conquête par les Romains (en l’an 57 avant notre ère) à son indépendance officielle en 1830, il se sera écoulé environ 1900 ans (soit près de deux mille ans) avant que ces pauvres petits Belges ne réussissent enfin à obtenir leur indépendance et à se débarrasser de tous leurs maîtres étrangers successifs. De –57 à 1830, la Belgique a en effet été le valet de pied en Europe d’au moins cinq (5) grands maîtres européens successifs : les Romains, les Français (avec les Mérovingiens et les Carolingiens), les Ducs de Bourgogne qui étaient alors totalement indépendants de la couronne de France, les Espagnols (avec les Habsbourg et les Bourbon d’Anjou), sans oublier évidemment ce cher Napoléon, Empereur des Français et qui, en envahissant ce petit pays, est devenu pour les Belges (tout comme pour les Égyptiens de l’époque face aux Ottomans), un des grands libérateurs de leur histoire. Beau paradoxe, n’est-ce pas ? Chose très intéressante, ils ont même, parmi leurs grands héros en histoire, un couillon à la Louis-Joseph Papineau en la personne d’Ambiorix. Leur glorieux « Vercingétorix à la Belge » s’est en effet très courageusement enfui dans les Ardennes après s’être fait battre définitivement par les armées de César en cette glorieuse année –57, tout à fait à l’image de notre grand Louis-Joseph qui s’était enfui aux États-Unis après l’échec du Soulèvement de 1837-1838 au Québec. Si tu avais étudié l’histoire comme moi, Antoine, tu saurais que l’histoire des petits peuples et des minorités se ressemblent toujours. Alors pour le paternalisme et la condescendance de ces Belges fraîchement débarqués, qui pensent régler à notre place la question nationale des petits enfants que nous sommes, on repassera.
    D’ailleurs, si jamais tu de demandes pourquoi les Français ont décidé de faire des Belges leur tête de Turc en Europe, sache encore ceci. D’abord, au contraire de la France qui est une République et qui défend avec acharnement le principe de la laïcité (la séparation des institutions de l’Église et de l’État), la Belgique avec sa monarchie constitutionnelle et sa famille régnante, est un pays résolument monarchiste et catholique. Bastion de la Contre-Réforme catholique face à la Réforme protestante qui devait traverser l’Europe occidentale au XVIe siècle, la plupart de ses universités sont, par exemple, toujours majoritairement catholiques, comme l’étaient toutes les universités québécoises avant la réforme de l’éducation au Québec de 1964. À l’Université de Montréal et à l’Université Laval, par exemple, c’était respectivement l’archevêque de Montréal et de Québec qui étaient les recteurs de ces deux établissements.
    Autre chose qui explique le mépris des Français à l’égard des Wallons ou des Belges francophones en général. Lorsque la Belgique est devenue indépendante en 1830, grâce à l’intervention absolument nécessaire de la France et de l’Angleterre (qui voyait ce pays comme un pied-à-terre en Europe pour faire du commerce), les Wallons francophones dominaient démographiquement, économiquement, socialement, politiquement, culturellement et linguistiquement leur pays face à ces gros paysans de Flamands très pauvres. Profitant notamment de l’invasion française sous Napoléon (qui devait faire du français la langue de l’administration en Belgique sous son régime d’occupation), en 1830, les Wallons prenaient le pouvoir dans cette nouvelle Belgique indépendante, devant les Flamands, en concentrant entre leurs mains toute la richesse du pays en tant que représentant de la bourgeoisie, de la petite-bourgeoisie et de l’élite dominante et possédante. Au cours du XXe siècle, comme ces gros paysans pauvres qu’étaient les Flamands faisaient beaucoup plus d’enfants qu’eux et que le pôle de richesse du pays qui se trouvait à l’est (dans les régions wallonnes et houillères) a été totalement supplanté au bénéfice des ports flamands de l’ouest, les Wallons se sont fait complètement dépasser (pour ne pas dire baiser) par les Flamands. C’était dorénavant les Flamands qui allaient dominer le pays aux détriments de ces pauvres petits Wallons qui s’étaient laissé dépasser par la situation et par leurs compatriotes jugés jusqu’alors comme de parfaits arriérés. Aux yeux des Français, qui avaient consacré la suprématie de la langue et de la culture française en Belgique, grâce à l’invasion et l’occupation napoléonienne, les Wallons avaient été assez idiots et assez cons pour laisser le pouvoir et la majorité leur filer entre les doigts au profit de ces culs terreux de Flamands.
    D’ailleurs, ce renversement a été si décisif dans l’histoire de la Belgique que les Wallons représentent maintenant (comme les Acadiens du Nouveau-Brunswick) environ 40 % de la population du pays face aux 60 % de Flamands, si on exclut évidemment les quelques centaines de milliers de germanophones à l’extrémité est du pays. Au début des années 1990, il a même fallu que la Belgique délaisse son régime unitaire et centralisé (comme en France) pour passer à un régime fédéral et décentralisé (comme au Canada), pour que le rapport de force entre les deux communautés se rééquilibre et que les relations deviennent un peu plus vivables. Avec leur fédération extraordinairement complexe par rapport au Canada, du point de vue de la répartition des pouvoirs, les Belges sont ainsi devenus les plus grands défenseurs et les premiers représentants du fédéralisme entièrement renouvelé et rénové sur la planète. Ils sont en effet considérés comme un des exemples de régime fédératif décentralisé les plus imaginatifs qui a finalement permis à ces deux communautés, qui se font face, d’y trouver leur compte sans s’entredéchirer comme auparavant et sans provoquer l’éclatement du pays. En tant que souverainiste québécois un peu dubitatif face à une telle situation, on peut dire que nos adversaires fédéralistes canadiens ne pouvaient espérer mieux comme nouvel allié. De toute façon, les quelques Wallons qui espèrent encore se sortir de ce minuscule pays, pour en devenir indépendant, ne rêvent ensuite que d’être annexés par la France républicaine. En tant que souverainistes, on ne peut pas dire que leur projet indépendantiste soit très, très fort par rapport au nôtre. Alors pour le moralisme condescendant de ces fraîchement débarqués de Belges, on repassera une autre fois.

    Ce n’est pas tout. Une autre des raisons pour laquelle les Français trouvent les Belges souvent cons à comparer avec eux-mêmes tient à leur manque flagrant de culture et de raffinement. Si les Français sont férus de littérature, de grande cuisine, de grands vins, de grands parfums, les Belges préfèrent eux parler d’argent et de bière. La France a en effet été au cours de son histoire un des grands pays aristocratique de l’Europe pendant près de mille ans (du couronnement de Charlemagne à la Noël 800 à la Révolution française en 1789 et son abolition des privilèges des nobles). Pendant toute cette période, les aristocrates et les nobles en France laissaient aux roturiers (aux culs terreux qu’étaient les serfs et les paysans ainsi qu’aux bourgeois et aux parvenus) le soin de s’occuper ou de traiter de vulgaires questions matérielles ou d’argent en travaillant de leurs mains. Tout au contraire de la France, au cours de la même période de son histoire, et parce que la Belgique s’est reconstruite entre le Xe et XIIIe siècle (après l’effondrement de l’Empire romain d’Occident) autour du commerce, des villes et de la bourgeoisie, les Belges préfèrent encore et toujours aujourd’hui parler de questions vilement matérielles et des choses de la vie quotidienne, en laissant le soin aux Français de se cultiver, de se raffiner et de s’élever à leur place.
    La Belgique est de toute façon située beaucoup trop au nord pour produire des grands vins et des alcools de fruits de qualité. Ils doivent se contenter de vulgaires alcools de céréale comme leurs bières à base d’orge ou de blé malté. Ce n’est pas tout. La seule bière dont la recette est typiquement belge est la Lambic, cette fameuse bière bruxelloise à fermentation spontanée. Toutes les autres recettes de bières produites en Belgique sont attribuées à d’autres pays, soit à l’Angleterre, soit à l’Allemagne, soit à la République tchèque comme l’indiquent d’ailleurs leurs noms respectifs. Les fameuses bières belges à fermentation haute, sont ainsi toutes dérivées des recettes de Ales anglaises, et leurs bières belges à fermentation basse, sont toutes issues des recettes de Lagers allemandes ou de Pilseners tchèques. Il suffit de regarder sur la carte de l’Europe pour comprendre d’où viennent toutes ces influences étrangères dans ce petit pays qui, jusqu’en 1830, a été systématiquement envahi, détruit, reconstruit et occupé au cours de son histoire par ses voisins européens, comme au cours de la dernière grande guerre 1939-1945. Tout comme la Pologne, les Flandres de Belgique (qui forment une grande plaine) étaient un des billards préférés de l’Europe et un des terrains de jeu de prédilection des grandes puissances européennes voisines. À pays plat, pays plate, disait-on souvent à la blague en parlant d’une Belgique, où effectivement il pleut et fait gris 200 jours par année sur 365. Même leur fameuse Mandarine Napoléon (ce soi-disant Grand Marnier des Belges) n’est même pas faite à partir de produits locaux, avec ses mandarines macérées dans du cognac français. Chose plus ironique encore, cette fine liqueur célèbre l’occupation de Napoléon comme un grand moment de libération et d’émancipation de l’histoire de la Belgique (tu parles !). Qu’est-ce que tu veux, Antoine, on est toujours sauvé par ceux que l’on n’aime pas… Belges compris.
    En espérant que ces quelques connaissances en histoire te serviront judicieusement à l’avenir,
    Louise
    PS Je laisse au modérateur le loisir de publier cette réponse in extenso ou en partie. Je lui saurais gré cependant de la faire parvenir à José Fontaine