La franchise de Garneau

Sheila Copps, Collaboration spéciale

Élections 2006


Marc Garneau a peut-être été politiquement naïf en s'attaquant à la question de la séparation au moment le plus chaud de la campagne électorale fédérale, mais vous devez saluer son audace : il a dit ce qu'il pensait.
En comparant l'éclatement du Canada avec la guerre en Irak, Garneau a établi un parallèle entre les conséquences d'une séparation et celles avec lesquelles vivent les Américains en Irak. Ces derniers sont pris dans une situation politique insoutenable : superviser un pays déchiré par une guerre civile.
Bien entendu, Garneau sera crucifié par certaines élites, celles-là mêmes qui pensent qu'il est démocratique de multiplier les référendums de séparation jusqu'à l'obtention des résultats voulus, mais antidémocratique de parler d'un scénario post-séparation. Les spécialistes «indépendants» attitrés vont museler Garneau et une fois de plus endormir la population quant aux répercussions de la séparation. Déjà entendu...
Or, l'évaluation de Garneau reprend l'analyse de Pauline Marois, ex-ministre des Finances du Québec, avisant son parti que la séparation signifierait plusieurs années d'instabilité politique.
Seul un idiot ou un menteur affirmerait le contraire. Y aurait-il des bombes et des décapitations comme en Irak ? Non. La force de la démocratie canadienne est telle que nous élisons des députés dont l'objectif formel est de démanteler le pays, ce qui est illégal en France. Si nous cautionnons le droit des séparatistes de promouvoir leur option, pourquoi refusons-nous aux autres Canadiens français le droit d'en divulguer tous les volets ? Ancien membre des forces navales, Garneau comprend certainement les incertitudes qu'engendre l'éclatement d'un pays.
Petite guerre
Les séparatistes s'arrogent le droit de ressasser sur «leur pays» et Garneau ne peut parler avec coeur du pays qu'il aime -- est-ce de bonne guerre ? Pourquoi les séparatistes s'approprient-ils toujours les bonnes nouvelles concernant les réalités canadiennes et blâment-ils le Canada pour tout ce qui va mal ?
Pour les bonnes nouvelles, plusieurs journaux ont proclamé l'Instrument mondial de la Culture de l'Unesco comme le «premier succès diplomatique international» du Québec. Rien n'est aussi loin de la vérité. En fait, l'Instrument existe depuis que le Canada a fait baisser les yeux aux Américains pendant la guerre des magazines. Avec l'appui du premier ministre Chrétien, j'ai élaboré un plan pour créer un réseau mondial des ministres de la Culture ; aujourd'hui, le Réseau international de la politique culturelle est présidé par le Canada et a ses locaux au ministère du Patrimoine canadien. Aidé d'un groupe de travail de 16 pays du monde entier, cet organisme a développé l'instrument qui est devenu la base de l'entente de l'Unesco.
C'était une approche canadienne imaginée pour calmer les inquiétudes du monoculturalisme dominé par les Américains. La déclaration de l'Unesco ressemblait tellement à une initiative canadienne que le jour où la déclaration était promulguée à Paris, en octobre dernier, l'ancien premier ministre français m'a appelée pour me féliciter sur le «bébé de Sheila». Imaginez ma surprise lorsqu'on cita Louise Beaudoin pour sa trouvaille, l'Instrument. Comme d'habitude, les séparatistes se sont approprié la bonne nouvelle et blâment le Canada pour tout ce qui ne tourne pas rond.
Si les élections ne sont pas LE bon moment de parler bouleversement politique, quand donc les Québécois apprendront-ils le coût réel d'une séparation ? Selon certaines études publiées, la dette immédiate par famille s'élèverait à 50 000 $. Qu'en est-il des coûts supplémentaires : nouveau contrôle frontalier, service postal, armée séparée ?
Le Bloc a dit vouloir constituer sa propre armée. Les militaires canadiens devront-ils déserter, ou les séparatistes ouvrir leurs propres bureaux de recrutement ? À quel coût ? Si, avant d'envahir l'Irak, George Bush avait compris les conséquences à long terme, peut-être aurait-il pris une autre décision. En fait, le président des États-Unis admet candidement qu'il ne connaissait pas tous les faits... On pourrait en dire autant au sujet du monologue séparatiste au Québec.


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