La Saint-Patrick

C’est le seul jour de l’année où toutes les différences religieuses et culturelles sont oubliées, le temps de faire la fête. [?!?]

Fête de la Saint-Patrick



Comment se fait-il qu'à la Saint-Patrick, tous se sentent les bienvenus ? Fédéralistes, séparatistes et «agnostiques politiques» célèbrent ensemble un saint qui n'est même pas né en Irlande. C'est le seul jour de l'année où toutes les différences religieuses et culturelles sont oubliées, le temps de faire la fête.
Pour ceux qui ne peuvent prendre congé, la seconde grande fête se passe le dimanche. Le défilé de la Saint-Patrick de Montréal, un des plus gros au monde, se déroule chaque année depuis 1824. On n'y trouve pas cet esprit de compétition et de rectitude politique qui ronge la Saint-Jean-Baptiste ou la fête du Canada. Ces deux jours-là, les convaincus politiques se regroupent pour damer le pion aux autres, ou du moins pour essayer. Bien sûr, ça n'a pas toujours été comme cela. À Québec, en 1880 notamment, une nouvelle composition musicale de Calixa Lavallée intitulée Ô Canada, exécutée pour la première fois lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, est devenue l'hymne national du Canada.
Heureusement pour les gens férus de patrimoine et d'histoire, les fêtes de la Saint-Patrick n'ont pas encore été gâchées par la manipulation politique. Elles ont peut-être un peu perdu leur signification originale, mais elles donnent encore à tous, comme aucun autre jour de l'année, la chance de se rassembler dans un esprit d'unité.
Un saint pour tous
Selon L'Encyclopédie catholique, saint Patrick serait né en Écosse de parents romains. Kidnappé par des maraudeurs irlandais à l'âge de 16 ans, il fait paître les moutons d'un grand prêtre druide pendant six ans, tout en se préparant par la prière à une vie de missionnaire catholique. En fait, dans le monde diversifié d'aujourd'hui, alors que nous découvrons l'islam, le judaïsme et d'autres formes du christianisme, cela semble anachronique que la fête d'un saint particulier soit aussi universellement célébrée. Manifestement, au fil des ans, la fête s'est métamorphosée en une célébration beaucoup plus profane. Bière verte (phénomène typiquement nord-américain), musique traditionnelle irlandaise et camaraderie symbolisent ce jour où tout le monde est irlandais.
Du sang vert dans les veines ?
De fait, du sang irlandais coule dans les veines de plusieurs Canadiens. Pour ma part, la famille de mon père est venue d'Irlande au XIXe siècle et j'ai hérité de sang acadien et anglais du côté maternel.
Des millions de Québécois ont un ancêtre irlandais. Claude Ryan et Daniel Johnson entre autres sont deux noms de politiciens fort connus qui me viennent à l'esprit. La généalogie de presque toutes les familles compte au moins un ancêtre irlandais.
Lors de l'épidémie de choléra qui a décimé l'Europe, au début du XIXe siècle, plusieurs sont venus dans le Nouveau Monde en tentant d'échapper à cette maladie mortelle. Pendant la grande famine causée par la maladie de la pomme de terre, qui détruisit ce qui est encore aujourd'hui l'aliment de base des Irlandais, c'est par milliers qu'ils ont quitté l'Irlande. En 1847, plus de 100 000 ont débarqué à Grosse-Île et à Québec. Ceux qui n'ont pas survécu à la quarantaine ont été ensevelis sur l'île. L'attachement des Irlandais pour Grosse-Île était tellement grand qu'un groupe de bénévoles a érigé une croix celtique en 1909, à la mémoire des 10 000 victimes qui ont succombé en route ou sur l'île. Les petits orphelins furent adoptés par des familles québécoises. Chaque année, des croyants irlandais s'y rendent en pèlerinage le 15 août, jour d'une autre fête catholique. Grosse-Île est devenue le symbole de la diaspora irlandaise. C'est un lieu de visite incontournable pour les premiers ministres et présidents irlandais.
Avec autant de sang celte, on peut affirmer sans présomption que l'idée d'un Québécois pure laine n'existe pas. La plupart d'entre nous viennent d'ailleurs. Mais, heureusement, nous partageons tous, une fois par année, un patrimoine commun sans rien de politique. Erin go Bragh.


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