L'effet boomerang

Élections 2006


Jean Lapierre me disait au téléphone la semaine dernière que, contrairement aux allégations des blogueurs, il ne quittait pas la politique, et qu'il croyait que le raz-de-marée conservateur allait, en fait, aider les libéraux au Québec.
Son raisonnement ? Les Bleus arrachent des votes aux bloquistes et non aux libéraux ; par conséquent, là où la lutte est chaude, cette purge du Bloc jouera probablement en faveur des libéraux. Lapierre affirme que le facteur scandale a déjà affecté le vote libéral - aucune autre allégation ne peut lui nuire. Il est vrai qu'il parlait ainsi avant la parution de deux livres qui prétendent mettre du sable dans l'engrenage. Quoi qu'il en soit, Lapierre pourrait bien avoir raison.
Toutefois, l'effet boomerang de la politique au Québec pourrait entraver les efforts des libéraux en vue d'une réélection d'un bout à l'autre du pays. La plupart des Ontariens sont revenus aux libéraux dans les jours qui ont précédé la dernière élection, de peur que l'effroyable Stephen Harper déchire le pays.
Les Ontariens sont un peu bizarres : leurs votes sont habituellement déterminés par ce qu'ils perçoivent comme étant bon pour l'unité canadienne. Particulièrement en période de prospérité économique, ils se concentrent moins sur ce que le gouvernement fédéral fera pour leur région que sur sa capacité à préserver l'unité canadienne. Cette attitude est intéressée, parce que les échanges entre l'Ontario et le Québec sont plus importants encore que les relations canado-américaines. La majorité des Ontariens feraient n'importe quoi pour sauvegarder le Canada et ils surveillent avec beaucoup de crainte la montée évidente des bloquistes.
L'Ontario et le Québec
La poussée de Harper au Québec, qui se fait aux dépens du Bloc, persuade les Ontariens qu'ils peuvent voter comme bon leur semble, sans pour autant menacer l'unité nationale. Si les conservateurs continuent de gagner du terrain au Québec - et les rangs du Bloc de fondre comme peau de chagrin -, ils pourraient ruiner les chances de Gilles Duceppe de dépasser les 50 % qu'il convoite haut et fort.
Libérés de leurs craintes concernant l'unité du pays, les Ontariens se sont rapprochés des conservateurs, créant ainsi un effet boomerang inverse au Québec. Les Québécois sont probablement les électeurs les plus stratégiques du Canada. En raison d'un très fort sentiment d'appartenance à la collectivité, ils votent en masse quand ils sentent une tendance. Or, dans tous les sondages, la tendance actuelle est au bleu ! Les Québécois aimant être représentés au gouvernement, les tendances nationales gagneront plus de soutien aux Bleus, et les conservateurs l'emporteront dans la Belle Province.
Vraisemblablement, au moins trois autres députés rejoindront Lawrence Cannon, ancien ministre de Bourassa (ici, je dois avouer un conflit d'intérêt : il a aussi travaillé pour ma campagne à la direction des libéraux en 1990), et nous verrons une bonne distribution régionale des votes.
Lapierre fonde ses prédictions sur un scénario de réussite extérieur à la province. Cependant, la situation est aujourd'hui différente. Nous observons une convergence d'événements qui crée un tsunami conservateur que personne n'aurait pu prévoir il y a un mois. Les enquêtes en cours de la GRC, la stratégie désastreuse des libéraux, la campagne solide des conservateurs ont créé une poussée des Bleus que rien ne semble pouvoir arrêter désormais. Les stratèges de Martin se sont trompés : la longue campagne n'amènera pas Stephen Harper à s'autodétruire. Le petit groupe a préféré ignorer les inquiétudes du caucus sur la durée de la campagne et préparer la victoire en tablant sur les erreurs des conservateurs.
Lancée avec force bière et pop-corn, la campagne s'est poursuivie dans les blogues racistes et la fausse manoeuvre de Goodale (fiducies de revenus) et s'éternise en dépit de l'absence d'un message cohérent de Paul Martin. Les libéraux s'autodétruisent, et les prédictions de Lapierre...


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