La cage de Jean Charest

Chronique de Louis Lapointe


Êtes-vous déjà allés dans un zoo avec votre famille ? Nous apprécions tous
y voir les animaux que nous préférons et ceux que nous préférerons voir
dans une cage. C’est la même chose en politique. Il y a les politiciens que
nous aimons et il y a ceux que nous préférons maintenir sous surveillance.
C’est justement ce qui arrive présentement à Jean Charest. Les Québécois
le préfèrent minoritaire. Ils apprécient qu’il dirige un gouvernement sans
trop de pouvoir, pas plus, pas moins. Ils l’aiment en liberté surveillée et
c’est exactement ce que nous dit [le dernier sondage réalisé par la maison
CROP->http://www.cyberpresse.ca/article/20080328/CPACTUALITES/803280624/6488/CPACTUALITES]. Mieux, les Québécois ne veulent surtout pas qu’il sorte de sa cage.
La preuve, 70% des Québécois ne veulent pas d’élections anticipées et près
de 60% des Québécois sont satisfaits du gouvernement minoritaire de Jean
Charest. Pourtant, seulement 34% des Québécois voteraient pour lui s’il y
avait une élection aujourd’hui. Autre preuve, Jean Charest est moins
populaire que son parti avec 32% de la faveur populaire. Les Québécois sont
donc heureux que le gouvernement de Jean Charest soit minoritaire. Cela ne
veut pas dire qu’ils ne changeraient pas de premier ministre s’ils en
avaient l’occasion, parlez-en à Bernard Landry qui a cru en 2003 que parce
que les Québécois étaient satisfaits de sa façon de gouverner, ils le
rééliraient !
Avec un gouvernement minoritaire, plus de grosses surprises, plus
d’agendas cachés, pas de Mont Orford, pas de Suroît, pas de Rabaska, pas de
Gros-Cacouna, pas de lois matraques, et peut-être moins de cadeaux pour les
amis, du moins, nous l’espérons. Toutefois, ils aiment voir Jean Charest
heureux, mais pas trop pressé, un peu comme ces grands singes qui dégustent
tranquillement leur banane derrière les barreaux de leur cage. Pour cette
raison, ils sont d’accord pour qu’il ait un bon salaire, mais ils n’aiment
pas les cachotteries. Le problème avec Jean Charest, c’est que plusieurs
journalistes doutent sérieusement qu’il y ait encore d’autres squelettes
qui traînent dans son placard et qui risquent d’être découverts avant les
prochaines élections. Ils sont convaincus qu’il n’a pas tout dit et se sont
mutuellement lancé le défi de découvrir le fin mot de l’affaire. Raison de
plus pour bien comprendre la signification de ce sondage.
Cependant, si les Québécois aiment que Jean Charest soit en liberté
surveillée, ils font plus confiance à Pauline Marois (32%) et au PQ (30%)
pour le surveiller, qu’à Mario Dumont (20%) et à son parti, l’ADQ (22%).
D’ailleurs, si Mario Dumont et son parti ont tant baissé dans la faveur
populaire, c’est que l’ADQ n’a guère impressionné les Québécois depuis mars
2007, en faisant la démonstration que la matière grise n’était tout
simplement pas au rendez-vous au sein de l’opposition officielle à Québec.
Malheureusement pour le parti de Mario Dumont, il n’aura plus d’autres
opportunités de faire une première bonne impression au cours du présent
mandat.
Toutefois, cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous inquiéter de
la stagnation du PQ et de Mme Marois dans la faveur populaire, puisque
l’option a perdu 6 points depuis janvier 2008, étant maintenant à 35%,
alors que le PQ stagne depuis de nombreux mois dans les intentions de vote
des Québécois. Pauline Marois ne doit plus laisser planer cette persistante
image qu’elle se satisferait du rôle de gardienne de Jean Charest parce
qu’elle n’est pas prête à gouverner le Québec avec son parti.
Elle doit donc cesser de tergiverser comme elle l’a trop fait depuis la
rentrée parlementaire de septembre dernier et se présenter aux Québécois
comme une première ministre qui a l’équipe et l’autorité nécessaire pour
gouverner le Québec et fonder un pays. Sinon, les Québécois risquent juste
de la choisir à la place de Mario Dumont, dans le rôle de prochaine chef de
l‘opposition officielle d’un gouvernement minoritaire de Jean Charest. Au
mieux, les Québécois pourraient préférer la voir elle aussi dans une cage,
le pire des scénarios lorsqu’on veut fonder un pays avec la majorité.
Toutefois, comme les Québécois n’apprécieraient certainement pas que Jean
Charest précipite le moment d’aller aux urnes, elle a encore le temps de
changer cette mauvaise impression.
Louis Lapointe
Brossard
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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2 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    28 mars 2008

    Monsieur Pierre C.,
    Pour faire avancer le débat, il faudrait d'abord changer cette cassette fielleuse sur le PQ et ensuite, régler le problème de quadrature du cercle du PI: aborder une population satisfaite de Charest pour se faire élire sur la promesse de faire l'indépendance le lendemain de l'élection...

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mars 2008

    Mon Dieu que je suis tanné d'entendre ce discours. Madame Marois doit faire autre chose que ce qu'elle fait présentement et elle doit....et elle devrait....et si le PQ ....et le PQ devrait...Ça fait depuis 1976, que j'entends ce refrain. J'en ai les oreilles sonnées. Je ne sais pa si vous êtes jeune péquiste, mais vous devriez consulter les archives de votre formation politique...Vous verriez que vos propos ne sont que des redites mille fois entendues. Petite nouvelle en terminant. SI vous pensez que le PQ va faire l'indépendance du Québec, vous multipliez vos rêves. J'ai abandonné ce parti en 1976, sachant bien déjà que le Parti québécois allait nous mener à ce qu'il était à ses débuts. En 1973, élection d'octobre, le PQ a récolté 30 %du suffrage populaire. Le sondage de ce matin le place exactement au même endroit. Tout un progrès après ....35 ans.
    Pierre B