La bataille du Québec : Jérôme-Forget vs Marois

Chronique de Louis Lapointe

S’il y a un fait saillant dans le budget libéral, c’est l’habileté de
Monique Jérôme-Forget. Depuis qu’elle a pris les rênes des Finances, la
popularité du gouvernement de Jean Charest n’a cessé d’augmenter. Même si
tout le monde parle de Philippe Couillard comme étant le dauphin de Jean
Charest, nous ne pouvons que constater que c’est sous le tandem
Charest/Couillard que le PLQ est passé de majoritaire à minoritaire.
Jean Charest doit non seulement sa survie à Monique Jérôme-Forget qui est
de tous les dossiers stratégiques, mais également sa renaissance. Après
avoir remis 900 millions de dollars aux contribuables les plus riches en
2007 et choisi de ne pas récupérer l’assiette fiscale de 1% de la TPS
laissée vacante à la suite du retrait du gouvernement fédéral, elle réussit
à faire passer l’idée, par médias interposés, qu’il fallait piger 1.3
milliard dans la réserve du gouvernement. Tout cela en faisant ressortir
les contradictions des deux partis d’opposition.
L‘ADQ qui était contre la baisse des impôts l’année dernière, supporte
maintenant la survie de ce gouvernement en acceptant les conséquences de ce
remboursement de 900 millions qu’elle a pourtant dénoncé avec tant de
véhémences il y a moins d’un an, alors que le PQ, qui a permis la survie de
ce gouvernement au printemps de 2007, est celui qui en dénonce aujourd’hui
les conséquences, à savoir l’utilisation des réserves de l’ordre de 1.3
milliard de dollars.
Les habiles manœuvres de Monique Jérôme-Forget doivent nous rappeler que
ce n’est certainement pas l’image de Jean Charest qui permettra au PLQ de
gagner les prochaines élections. Nous le savons tous, le love-in qui lui a
été consacré la fin de semaine dernière n’était qu’une façade orchestrée
par son parti. Ce n’est sûrement pas, non plus, le langage technocratique
de Philippe Couillard qui pourrait sauver ce parti s’il venait à remplacer
un jour Jean Charest. Même si les Québécois apprécient son intelligence,
ils n’en feront pas leur premier ministre, pas plus qu’ils ont fait
confiance à André Boisclair. Les Québécois aiment avant tout un chef qui
parle à leur cœur, sans toutefois minimiser leur intelligence.
Ainsi, on comprend mieux pourquoi Mario Dumont et son parti ont tant
baissé dans la faveur de l’opinion publique, l’ADQ a fait la démonstration
que la matière grise n’était tout simplement pas au rendez-vous au sein de
l’opposition officielle à l’Assemblée Nationale et malheureusement pour
lui, comme en toute chose, on n'a jamais une deuxième opportunité sous un
même mandat, de faire une première bonne impression.
Qu’on ne se trompe pas au sujet de Monique Jérôme-Forget, un peu comme
Margaret Thatcher, elle a l’art de présenter des idées de droite qui
rassure une bonne partie de la population. Ce qui pourrait justement faire
la différence, lors des prochaines élections, entre la perte du pouvoir ou
un autre gouvernement Libéral minoritaire, et qui satisferait amplement les
Libéraux dans le contexte d’une lutte à trois. Car ne l’oublions pas, le
premier objectif des fédéralistes canadiens depuis octobre 1995 est
d’empêcher un parti indépendantiste de prendre le pouvoir à Québec. Madame
Jérôme-Forget, l’arme de moins en moins secrète des Libéraux, devient donc
la clé de voûte d’une éventuelle victoire libérale. C’est donc à son
discours qu’il faut s’attaquer puisque c’est elle qui tient les cordons de
la bourse en santé, éducation et en matière développement économique du
Québec.
Monique Jérôme-Forget sait pertinemment que dans une province où la
ferveur souverainiste a déjà été partagée par 75% de la population à
l’occasion de la crise du Lac Meech et où 4.5 millions de personnes peuvent
écouter la même émission de télévision, le même soir, La petite vie, tout
est possible. Elle ne lâchera donc pas facilement la bride.
Dans ces
circonstances, qui d’autres que Pauline Marois peut découdre le discours de
Madame Jérôme-Forget.
Parce que Pauline Marois projette l’image de bonne mère de famille, elle
peut toucher le cœur des Québécois; parce qu’elle a une incomparable
expérience à la tête des ministères les plus stratégiques du gouvernement,
elle peut s’adresser à l’intelligence des Québécois; parce qu’elle est la
première femme du Québec à pouvoir prétendre sérieusement au poste de
première ministre, elle peut soulever la passion de nombreuses femmes
désirant être reconnues pour ce qu’elles sont, mères de famille ou chefs
d’entreprise; parce qu’elle est à la tête d’un parti indépendantiste, elle
peut réaliser les aspirations les plus profondes du peuple québécois en
contribuant à lui donner un pays.
Étonnamment, Pauline Marois ne semble pas réaliser la valeur de ses atouts
qu’elle gaspille allègrement depuis l’automne dernier. Après la citoyenneté
à deux vitesses, voici qu’elle nous sert les conversations nationales.
Heureusement, contrairement à Mario Dumont, elle jouit d’une équipe
compétente prête à prendre la relève du gouvernement minoritaire de Jean
Charest, donc suffisamment de cartes pour conserver la mise et la confiance
de nombreux Québécois, mais cela ne saurait durer si elle continue sur
cette lancée.
Elle doit donc cesser de tergiverser et profiter des avantages qui
permettraient au PQ de prendre le pouvoir et de réaliser ses projets. Elle
doit se présenter aux Québécois comme une première ministre qui utilisera
ses compétences pour gouverner le Québec et fonder un pays avec la majorité
de ses concitoyens de toutes allégeances.
Un pays où nous n’aurons plus besoin de fricoter des budgets subordonnés
aux priorités fédérales que sont la censure, la guerre et la sécurité
intérieure lorsque des Conservateurs sont à Ottawa ou l’extrême
centralisation des pouvoirs lorsque ce seront des Libéraux ou leurs
cousins néo-démocrates. Un Québec où les priorités budgétaires seront
celles que nous aurons plébiscitées. Un Québec indépendant !
Louis Lapointe
Brossard

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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