L'Union européenne ou les leçons d'un échec

Tribune libre - 2007


Dans son [article paru dans La Presse du 29 janvier dernier, Marie Bernard-Meunier->4069] nous fait le coup de l'Union européenne qui serait un modèle d'harmonie entre les peuples, une leçon pour les Québécois qui devraient s'incliner devant ce chef-d'œuvre politique et comprendre que si la souveraineté est dépassée en Europe elle l'est tout autant en Amérique. Si, avant mai 2005, on se sentait obligés d'entendre ce récit sans broncher, depuis les NON français et néerlandais à la Constitution européenne, ceux qui connaissent vraiment le fonctionnement des institutions européennes peuvent plus que jamais remettre les pendules à l'heure. En effet, ces refus ont révélé que l'Union européenne, loin d'être un modèle, est plutôt un échec lamentable.
Sur le plan institutionnel d'abord, il est clair que l'Union européenne n'est pas une démocratie. Premièrement, parce que la Commission, une espèce de gouvernement qui détient l'essentiel des pouvoirs, n'est pas élue mais nommée. Deuxièmement, parce que le Parlement, qui lui est élu, ne détient pratiquement pas de pouvoirs. Il s'agit plus d'une Assemblée générale des Nations unies à l'échelle de l'Europe que d'un véritable parlement de type britannique, puisque sa composition n'influence pas celle de la Commission. De plus, ajoutons que, même si le Parlement européen avait plus de pouvoirs, l'Union européenne ne serait pas une vraie démocratie, car une vraie démocratie c'est plus que des élections et une procédure parlementaire, c'est aussi une opinion publique et des débats publics. Or, en l'absence de valeurs communes et d'une langue commune, il ne pourra jamais y avoir d'opinion publique et de débats publics traversant toute l'Europe. Point de démocratie sans demos, point de pouvoir au peuple sans peuple unique et bien réel.
D'ailleurs, les eurocrates sont conscients de cela, c'est pourquoi ils tentent désespérément d'homogénéiser les cultures nationales d'Europe. Par exemple, en matière alimentaire, ils imposent des normes uniformes aux dépens de la riche diversité des terroirs. Et dans le domaine des langues, ce sont les juges européens qui tentent d'imposer l'anglais, comme le prouve cette absurde décision judiciaire condamnant la France pour avoir exigé que le français figure sur les étiquettes des produits circulant sur son territoire.
On voit donc que l'Union européenne est contraire aux intérêts des peuples d'Europe. Pourquoi jouit-elle d'une si bonne presse alors? Essentiellement parce qu'elle défend les intérêts des élites et des multinationales… aux dépens des peuples justement. On n'a qu'à penser à l'avènement de la monnaie européenne qui fut une bénédiction pour les classes aisées et les grands marchands, qui peuvent désormais circuler sans se soucier des taux de change, mais une catastrophe pour le peuple en haussant incroyablement le coût de la vie.
Non, vraiment, l'Union européenne n'est pas la preuve que le fédéralisme est la voie de l'avenir, les leçons de son échec sont plutôt que la souveraineté nationale est plus que jamais nécessaire à la démocratie, la diversité des cultures et la justice sociale.
Me Guillaume Rousseau

L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV

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Guillaume Rousseau32 articles

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L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV. Actuellement, doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne





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