L’empereur est nu

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Même les trudeauistes du Devoir trouvent Justin ridicule

La flamboyance de Pierre Trudeau a toujours agacé un grand nombre d’électeurs canadiens, pour qui le maniérisme de l’ancien premier ministre témoignait de son arrogance et de sa surestime de soi. Mais à une époque où le Canada était encore connu à l’étranger comme un pays ennuyeux recouvert de neige, M. Trudeau a su ajouter un certain je-ne-sais-quoi à notre réputation internationale.


Rose à la boutonnière, pirouette derrière la reine, sandales sur la colline parlementaire, le non-conformisme de Pierre Trudeau fut une bouffée d’air frais pour beaucoup de jeunes Canadiens des années 1960 et 1970. Loin d’être un poseur, M. Trudeau assumait complètement ses apparences hétéroclites. Après tout, personne ne pouvait l’accuser d’être une coquille vide.


Un grand intellectuel qui avait lutté contre l’étroitesse d’esprit et l’oppression durant la Grande Noirceur de Maurice Duplessis, M. Trudeau savait défendre ses idées avec de l’acharnement et de l’élégance, dans chacune des deux langues qu’il avait faites officielles d’un océan à l’autre au Canada. Pour ses plus grands admirateurs, il était même leur « le roi philosophe ».


Justin Trudeau a certes hérité de son père son penchant pour le théâtralisme. De ses chaussettes bigarrées à ses flots de larmes, il ne se gêne pas pour en faire usage. Mais le danger qui guette M. Trudeau depuis qu’il est devenu premier ministre a toujours été son manque de sérieux. À partir du moment où ses gestes théâtraux commencent à irriter les Canadiens, il risque de vite perdre pied. Sans pouvoir compter sur les forces intellectuelles de son père, l’empereur devient nu. Sa semaine désastreuse en Inde a démontré en quoi cela pourrait lui être fatal.


L’entourage de M. Trudeau mérite une grande partie du blâme pour lui avoir permis d’entreprendre ce voyage de huit jours en Inde avec si peu d’engagements officiels, voyage qui ressemblait plus à des vacances familiales aux frais des contribuables canadiens qu’à un véritable effort pour encourager les échanges commerciaux entre le Canada et le pays qui deviendra sous peu le plus populeux au monde. M. Trudeau a beau revendiquer une meilleure conciliation travail-famille que celle que la génération de son père a connue, personne ne le confondrait avec un bourreau de travail, comme les réactions à ses vacances sur l’île privée de l’Aga Khan et à ses plus récentes vacances dans les Rocheuses en témoignent.


Quand les Canadiens verront la facture de ce voyage en Inde, et ses mises en scène avec les costumes traditionnels dignes d’un film de Bollywood, ils risquent d’être furieux. Si M. Trudeau avait pu justifier ce périple dans le sous-continent indien en décrochant des milliards de dollars en contrats pour les entreprises canadiennes, il aurait pu s’en sortir. Non seulement le premier ministre a-t-il faussé les chiffres lors d’une conférence de presse à Mumbai — il avait dit que les entreprises indiennes investiraient 1 milliard de dollars au Canada, alors le vrai chiffre est de seulement 250 millions —, mais de tels investissements (modestes, faudrait-il préciser) auraient eu lieu sans que M. Trudeau soit présent en Inde pour les annoncer.


Le but de ce voyage n’a jamais été de renforcer les liens commerciaux entre nos deux pays. Si cela avait été le cas, M. Trudeau aurait au moins passé quelques jours dans le Silicon Valley indien autour de Bangalore. Ailleurs en Inde, il aurait été accompagné par le ministre canadien de l’Agriculture étant donné que les lentilles et les pois chiches de l’Ouest canadien comptent pour la plus grande part de nos exportations actuelles vers l’Inde et que ce pays vient de leur imposer de lourds tarifs douaniers. Mais non, ce voyage avait un tout autre objectif.


Les électeurs indo-canadiens dans les circonscriptions en banlieue de Toronto et de Vancouver sont très courtisés par tous les partis politiques. Les libéraux détiennent la presque totalité de ces circonscriptions actuellement et auront besoin de les garder pour gagner en 2019. Or, faisant face à un nouveau chef néodémocrate d’origine sikhe, Jagmeet Singh, qui courtise ces mêmes électeurs, M. Trudeau doit tout faire pour les retenir.


Quitte, semble-t-il, à indisposer le premier ministre indien, Narendra Modi, qui lutte contre les séparatistes sikhs dans l’État du Pendjab. Si M. Trudeau avait la dextérité intellectuelle de son père, il aurait peut-être pu réussir à s’extirper du marasme diplomatique dans lequel il s’est retrouvé en Inde. Il a dit appuyer la liberté d’expression des séparatistes sikhs, tout en étant favorable à une Inde unie et en dénonçant toute forme de violence politique.


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