L'Année 2008 à Québec - 2008 ou l'imprévisible

Plusieurs grands rendez-vous se profilent toutefois à l'horizon

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Climat politique au Québec

Jean Charest: il est très possible que le premier ministre du Québec le soit encore en octobre 2008, lors du Sommet de la Francophonie à Québec.
Photo: Le Devoir
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Québec -- Déjà que la prospective politique est un sport extrême... La pratiquer alors qu'il y a, dans le paysage, des gouvernements minoritaires à Québec et à Ottawa, frise le masochisme.

Plongeons tout de même là où il semble y avoir assez d'eau: une élection générale au Québec en 2008 est peu probable. C'est en fait un sentiment plus qu'une prédiction. Il est donc très possible que Jean Charest soit premier ministre du Québec en octobre 2008, lors du Sommet de la Francophonie à Québec. C'est lui qui s'affichera, tout sourire, à côté du nouvel amoureux de Carla Bruni, entre autres chefs d'État. S'inspirant de son modèle politique, Brian Mulroney, il tentera de faire rêver en décrivant à l'horizon un «nouvel espace économique» ouvert grâce à un libre-échange France-Québec, prélude à un accord Canada-Union européenne. Il a commencé à le faire dès le mois d'août, est revenu sur le sujet dans ses voeux de fin d'année et en s'envolant pour Londres et Davos, à la fin du mois, il battra le rappel de ce projet ambitieux.
Vote de confiance et remaniement
Pour cela, Jean Charest devra traverser l'épreuve du vote de confiance de mars 2008. Se fixera-t-il un seuil «à la Landry», en deçà duquel il refusera de rester à la tête du Parti libéral? On peut en douter. En mars 1997, Daniel Johnson avait réussi à s'en sortir avec 80,3 % d'appuis (il partira toutefois moins d'un an plus tard). Puisque Jean Charest avait perdu les élections en 1998, un tel vote avait été tenu lors du congrès du PLQ de 2000. Le score en fut soviétique: 95,25 %. Habituellement, un chef libéral premier ministre n'a pas à subir une telle épreuve. Mais les statuts du PLQ sont clairs: si ce chef n'a pas obtenu de majorité lors d'une générale, il doit s'y soumettre. Avec le bon automne qu'il a connu, sa performance en chambre, la baisse de l'ADQ, l'absence de rival interne sérieux et la mansuétude légendaire des militants libéraux, ce vote, en ce début 2008, s'annonce comme une formalité. Et Charest pourra fêter en paix ses 10 ans à la tête du PLQ.
Mais avant, il effectuera en début d'année un léger remaniement de son petit cabinet paritaire de 18 ministres. Il doit faire plaisir à une clientèle qui s'est sentie négligée depuis les dernières élections. Dans son bilan de fin de session, il a évoqué des «charges très lourdes pour plusieurs d'entre eux». Retour au cabinet de l'excellent collecteur de fonds Lawrence Bergman (D'Arcy-McGee)? Promotion de Russel Copeman (Notre-Dame-de-Grâce)? Et tant qu'à y être: Philippe Couillard, fatigué de la Santé, pourrait bouger, dit-on. Parlant de «lourdes charges», est-ce que celles de Monique Jérôme-Forget seront allégées? Plusieurs la trouvent trop puissante.
Mars, mois hyperactif
Par ailleurs, le calendrier de 2008 comporte plusieurs rendez-vous explosifs.
- La très probable tenue d'élections fédérales figure en tête de liste. Tout sera déclenché par le budget de Jim Flaherty. Tous les partis au Québec réclament du fédéral une aide d'urgence pour les secteurs forestier et manufacturier. Il en sera question dans les prochains jours, le 11 janvier, dans le cadre d'une discussion de tous les premiers ministres lors d'un dîner au 24 Sussex à Ottawa.
- L'axe Charest-Harper s'est fissuré lorsque le premier ministre fédéral a refusé de tenir une conférence sur l'économie en bonne et due forme, comme le réclamait Jean Charest. Cet axe a aussi été ébranlé par la rencontre Dumont-Harper du 6 décembre à Rivière-du-Loup. Il reste que PC et PLQ ont des liens solides dans certaines circonscriptions. Dans plusieurs autres, les adéquistes se disent prêts à livrer des comtés au parti de Stephen Harper. C'est le Bloc qui risque de faire les frais de cette surenchère d'aide offerte au chef conservateur. Et par ricochet, le PQ écopera. Ce dernier, sur la question nationale, réussira-t-il à pousser Stephen Harper à aller au-delà des symboles? Le chef conservateur sera-t-il contraint de promettre de constitutionnaliser la reconnaissance de la nation québécoise? Cette promesse, ainsi que les positions conservatrices sur le Sénat, le pouvoir de dépenser et le déséquilibre fiscal (qui n'est pas réglé selon Québec) pourraient forcer une relance cette année d'un dossier constitutionnel négligé depuis la fin du cycle Meech-Charlottetown, en 1992.
- Au Québec, la question identitaire risque de revenir à l'avant-plan avec le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, début mars. Malgré une certaine lassitude à l'égard de la question des «accommodements raisonnables» et le fait que les commissaires tenteront d'y minimiser l'importance de la crise, ce sera un moment fort. En raison de la renommée internationale des signataires, il attirera l'attention hors Québec. Le caractère explosif de la question et les regards étrangers commanderont une réponse prompte du gouvernement. Mais reste-t-il vraiment quelque chose à faire après la modification à la Charte des droits pour réaffirmer l'importance de l'égalité homme-femme? Le PQ tentera de réactiver (en vain) son projet controversé de citoyenneté québécoise. Mario Dumont, lui, soutiendra que tout ce processus a été trop lent, que les conclusions viennent trop tard. Il a déjà annoncé qu'il tapera en début d'année sur le clou de la réforme de l'éducation, notamment celui du cours d'Éthique et culture religieuse, afin de recueillir quelques fruits du débat sur l'identité qu'il a lui-même contribué à lancer.
- En début d'année, les audiences de l'Autorité des marchés financiers sur l'acquisition de la Bourse de Montréal par celle de Toronto relancera un débat déchirant sur le nationalisme économique. La comparution de Jacques Parizeau, qui s'y oppose, s'annonce spectaculaire.
- Début février, le rapport du groupe de travail Castonguay sur la présence du privé dans le système de santé s'annonce comme un moment fort. Il devait être déposé en décembre, mais il y a eu report puisque les discussions entre les trois membres du groupe, l'ancien ministre libéral Claude Castonguay, l'ancien journaliste Michel Venne et la documentaliste Joanne Marcotte, ont été difficiles. La réaction à ce document représentera un défi pour le gouvernement, qui sera tenté de couper l'herbe sous le pied à l'ADQ en ouvrant plus grandes les portes du système au privé, comme l'électorat, au reste, le souhaite. Le défi sera aussi grand pour Pauline Marois, qui compte dans ses élus et partisans des tenants du public à tout prix, mais aussi nombre de militants favorables à une ouverture au privé. Elle devra trancher. Les deux autres partis auront plus de facilité à le faire.
- Autre défi connexe pour Pauline Marois: lors de son arrivée à la tête du PQ, elle avait insisté sur une «modernisation de la social-démocratie». Or, l'automne dernier, la chef péquiste a privilégié l'identité. Un de ses appuis cruciaux, l'ancien ministre Joseph Facal, membre du collectif des lucides, s'inquiétait ouvertement de l'absence de proposition de la chef péquiste sur ce plan, en décembre. «La verra-t-on ou pas?», cette modernisation, écrivait-il dans le Journal de Montréal. «On se lasse étonnamment vite de rouler en limousine quand on n'a nulle part où aller», ajoutait-il, caustique. Questionnée à ce sujet, Mme Marois a répondu qu'elle avait «un rendez-vous majeur» avec son parti «au mois de mars», lors d'un «conseil national élargi». Cet hiver, donc, non seulement le PQ compte-t-il moderniser la social-démocratie, mais il veut adopter en plus «les bases» d'un prochain programme électoral. Entre le club de gauche SPQ-libre et les péquistes lucides, il pourrait y avoir des flammèches.
- En mars ou en avril, le gouvernement Charest déposera son budget dans lequel la question des infrastructures s'annonce centrale. Très tôt cet hiver, surtout si les sondages lui sont favorables, Pauline Marois énoncera une liste de conditions très strictes pour appuyer ce budget. Son but est double: montrer que, cette fois, il n'est pas garanti qu'elle sauvera le gouvernement Charest; ensuite, forcer l'ADQ à jouer les partis de soutien. Ça tombe bien, Mario Dumont, lors de son bilan de 2007, a clairement dit qu'il «n'était pas pressé d'aller en élection». Si ce dernier s'avère entêté, toutefois, la chef péquiste, aux prises avec un parti désargenté, sera peut-être contrainte d'éviter un scrutin. Surtout si, au fédéral, la campagne électorale est déjà lancée.
- S'il n'y a pas d'élections générales québécoises ce printemps, des complémentaires toutefois seront tenues au plus tard le 17 mai dans deux circonscriptions péquistes: Bourget et Pointe-aux-Trembles. Si les sondages continuent d'être mauvais pour Mario Dumont, Jean Charest pourrait précipiter les partielles en sachant que l'ADQ ne s'y distinguera pas. Ainsi, il accentuerait l'impression que ce parti traverse une mauvaise passe. Dans Bourget, l'ancien bloquiste Maka Kotto affrontera le chef du Parti vert Scott McKay. Dans Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger effectuera un retour.


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