L’accident de René Lévesque, destin ou complot contre un premier ministre ?

Chronique de Louis Lapointe

En visionnant le premier épisode de la série René, le destin d’un chef, mardi soir, je n’ai pu m’empêcher de me rappeler du contenu de deux dépêches de la Presse canadienne parues dans les éditions du Devoir du 2 octobre 2006 et du 7 novembre 2007 ainsi que des évènements du 6 février 1977 qui m’avaient tant marqué à l’époque.

Le FBI et René Lévesque

PC

Édition du lundi 2 octobre 2006

Mots clés : États-Unis (pays), Québec (province), Violence, fbi, rené lévesque, attentat

Le Bureau fédéral d'enquêtes (FBI) des États-Unis était dans l'attente d'une possible tentative d'assassinat contre René Lévesque, en 1977, lorsque le premier ministre québécois s'est rendu à New York, selon des documents internes du service de la police fédérale américaine.

Selon les documents, obtenus par la Presse canadienne, un informateur anonyme a prévenu le FBI de la possibilité d'un complot contre M. Lévesque lors d'une allocution prononcée par le premier ministre à l'Economic Club de New York, le 25 janvier 1977. «Coup de téléphone prétendument fait par un appelant masculin inconnu depuis l'aéroport de Montréal», est-il possible de lire dans ces documents, datant du 27 janvier 1977.

Or, ces événements se déroulent 12 jours avant l’accident de René Lévesque survenu dans la nuit du 5 au 6 février 1977. Dans une dépêche plus récente de la Presse canadienne datée du 7 novembre 2007, on apprend que René Lévesque était suivi par la GRC depuis les années 1940. «Une note de septembre 1967 recommande que son dossier soit classé «top secret». M. Lévesque entretient alors un «flirt» avec les souverainistes, mais «jusqu’à maintenant il ne s’est pas engagé», indique la note, avant d’ajouter: «En raison d’autres aspects de son dossier, il est difficile de saisir ses motivations.»» peut-on y lire.

Plusieurs questions se posent alors :

René Lévesque a-t-il cru être victime d’un attentat, compte tenu de l’étrange déroulement des événements où, après avoir évité un premier homme qui lui faisait des signes derrière une Cadillac au capot ouvert, il a accéléré au lieu de ralentir, avant d’écraser le corps d’un deuxième homme qui gisait sur l’autre voie et qu’il n’a pu éviter à cause de l’existence d’un terre-plein au centre de la Côte des Neiges?

Pourquoi René Lévesque n’a-t-il reçu aucune protection de la SQ alors qu’elle devait savoir qu’il était l’objet de menaces depuis 25 janvier 1977, celles-là même rapportées par la Presse canadienne trente ans plus tard, soit le 2 octobre 2006 ?

La GRC qui suivait attentivement René Lévesque depuis les années 1940 possède-t-elle des informations privilégiées concernant cette soirée tenue chez Yves Michaud et le présumé et mystérieux accident qui l’a suivi?

Y avait-il des informateurs de la GRC présents à cette soirée ou au courant de la tenue de cette soirée chez Yves Michaud d’où revenait René Lévesque cette nuit-là?

Enfin, ne s’agissait-il pas plutôt du guet-apens que redoutait tant René Lévesque depuis son passage à l’Economic Club 12 jours plus tôt?

Des questions auxquelles la GRC ou la SQ devront apporter des réponses compte tenu des faits nouveaux révélés dans ces deux dépêches précitées, de la séquence des événements survenus entre le 25 janvier et le 6 février 1977, de la probable connaissance de nombreux faits par la SQ et/ou la GRC et de leur éventuelle négligence à protéger un premier ministre dans l’exercice de ses fonctions le sachant alors menacé d’assassinat. On doit également prendre en compte l’existence de la règle de l’imprescriptibilité des crimes au Canada, dans l’éventualité où il s’agirait bel et bien d’un complot, ce que seule une nouvelle enquête pourrait élucider, même si cette thèse a toujours été écartée par le SPVM.

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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