Audiences du CRTC

Gesca accusée d'écraser les quotidiens régionaux

Le regroupement des syndiqués de Gesca craint que la convergence ne réduise l'importance des quotidiens de Québec et des régions

Médias - information, concentration, reproduction

Québec -- Alors que toute l'attention est portée sur la convergence chez Quebecor, les syndiqués du groupe Gesca sonnent l'alarme eux aussi. Dans un mémoire présenté au CRTC, ils disent craindre que la convergence n'amène La Presse à écraser les six autres quotidiens du groupe.
«Nos patrons nous demandent pourquoi il faudrait payer sept personnes au lieu d'une pour dire quel vin est bon et quel disque est intéressant», résume la présidente du syndicat de La Presse, Monique Prince. «Mais le lecteur en région, s'il lit qu'un vin est bon mais qu'il ne le retrouve pas dans sa succursale, ça ne lui parlera pas trop... »
Même si la presse écrite ne relève pas du CRTC, le regroupement des syndicats du groupe Gesca (La Presse, La Tribune, La Voix de l'Est, Le Droit, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Soleil) a tenu à soumettre un mémoire dans le cadre des «audiences publiques sur la diversité des voix» parce qu'il craint que Gesca ne suive le modèle adopté par son concurrent Quebecor.
Le développement de Cyberpresse et des autres technologies (cellulaire, baladodiffusion, etc.) pousse Gesca à diffuser le même contenu sur plusieurs plateformes, et ce, au détriment de la diversité et de la diffusion des textes en provenance des régions, plaide-t-il dans le mémoire déposé en juillet dernier en prévision des audiences qui se tenaient cette semaine à Gatineau.
«Si l'on considère le peu de ressources locales consacrées à alimenter le site, on peut raisonnablement penser que le passage "multiplateforme" se fera sans grand apport des salles de rédaction des six quotidiens régionaux et, par conséquent, sans que les informations touchant les enjeux locaux reçoivent une meilleure diffusion à l'échelle nationale.»
En somme, le regroupement syndical déplore que le développement de Cyberpresse et les échanges de textes entre salles de rédaction ne bénéficient qu'à La Presse. Pour Louise Plante, du syndicat du quotidien Le Nouvelliste à Trois-Rivières, cela va de soi. «La règle, c'est que ce n'est jamais bon quand ça vient des régions, tonne-t-elle. Notre journal publie systématiquement les séries qui viennent de Montréal en plus des chroniques, mais on ne reprend pas les nôtres. C'est d'autant plus choquant que, lors d'affaires comme celles de Cedrika et Hérouxville, ce qui s'est écrit à Montréal n'était pas très édifiant, et nous étions sûrement mieux placés pour en parler.»
Chez Gesca, on se montre rassurant. «Tous nos journaux sont autonomes», affirme la vice-présidente aux communications du groupe, Caroline Jamet. «Et nous sommes de loin le groupe qui respecte le plus le caractère original de ses quotidiens.» Mme Jamet rappelle en outre qu'une analyse du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval avait démontré que la part des nouvelles locales et régionales avait augmenté entre 1992 et 2002 dans Le Soleil, Le Quotidien et La Tribune. Le Quotidien et Le Soleil se sont joints en 2000 au groupe Gesca alors que La Tribune était déjà la propriété de Paul Desmarais avant l'acquisition par ce dernier de La Presse à la fin des années 1960.
Des échanges à sens unique
Toutefois, une étude produite par le regroupement démontre qu'entre 2002 et 2007, le ratio des articles de La Presse était passé de 2 % à 17 % dans Le Quotidien (Saguenay) et de 7 % à 16 % dans Le Droit (Gatineau). Du côté du Soleil, les articles produits dans la métropole ont vu leur présence passer de 2 % à 4 %.
«Les textes en provenance de La Presse prennent de plus en plus de place dans les autres quotidiens du groupe, très souvent au détriment de la nouvelle locale», écrivent-ils dans le mémoire. Ils ajoutent que «cet échange de textes se fait surtout à sens unique, alors que les textes locaux circulent très peu entre les quotidiens régionaux».
Pour appuyer sa thèse de la «montréalisation», le regroupement soutient de plus que La Presse utilise les listes d'abonnés des six autres quotidiens pour recruter de nouveaux lecteurs en leur offrant un abonnement à prix «ridicule», de beaucoup inférieur à celui des quotidiens locaux.
Une affirmation démentie par Gesca. «Quand on fait de la sollicitation, on ne le fait jamais au détriment des autres journaux du groupe, assure Caroline Jamet. On communique avec nos journaux et on s'assure que leurs propres campagnes sont complétées. Et sauf exception, lorsqu'on sollicite, on exclut leurs fichiers d'abonnés.»


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