Écoles privées juives

Financer l'isolement

Écoles privées juives

L'affaire du financement de cinq écoles privées juives par le gouvernement du Québec prend une dimension politique de plus en plus nuisible aux relations entre les communautés. Dans une lettre publiée dans nos pages hier, le président de la Fédération CJA, l'organisme le plus important de collecte de fonds de la communauté juive, Sylvain Abitbol, tentait de défendre le financement complet des écoles par l'État en expliquant que l'argent ne servirait que le volet laïque de l'enseignement. Quel sophisme! Les cinq écoles juives recevront le même montant que nos écoles publiques, auquel s'ajoutera la contribution des parents et celle de la communauté, ce qui est tout à fait inéquitable. À tel point qu'on se demande quelle mouche a pu piquer les représentants de la communauté juive pour revendiquer depuis si longtemps un tel statut particulier. Qu'est-ce que la communauté juive du Québec a besoin de cet argent pour financer ses écoles confessionnelles locales alors que la Fédération CJA trouve le moyen d'expédier chaque année une quinzaine de millions de dollars pour financer des écoles et des hôpitaux d'Israël, pays étranger? Ces messieurs de la Fédération CJA ne comprennent-ils pas que des concitoyens y voient matière à scandale quand, de surcroît, on apprend que le parti politique au pouvoir aurait récemment recueilli des centaines de milliers de dollars auprès de l'élite de leur communauté lors d'activités-bénéfices?
Il y avait longtemps que nous n'avions été témoins d'un retour d'ascenseur aussi simpliste. Est-il seulement possible qu'un premier ministre, l'arbitre ultime d'un gouvernement, s'abandonne à un jeu semblable ? Osons croire que non !
Sortant finalement de son mutisme, hier, M. Charest a tenté de donner un sens à la décision de son gouvernement. Malheureusement, aucune de ses réponses n'a fourni d'éléments d'information nouveaux. Le premier ministre a répété que l'objectif du gouvernement en était un «d'intégration» des jeunes juifs à la communauté québécoise. Pourtant, la grande majorité de ces jeunes ne sont pas des immigrants, ils sont nés ici de parents canadiens ! Si problème d'intégration il y a, il découle du fait qu'on isole ces enfants des autres sur la base de leur appartenance religieuse et culturelle, voilà tout.
Si la décision du gouvernement avait été sincèrement dictée par une volonté d'intégration, il aurait suffi de faire comprendre aux parents juifs l'importance d'inscrire leurs enfants aux mêmes écoles multiethniques que le reste de la population ou, encore, de créer des programmes d'échange avec les autres enfants, plus efficaces et beaucoup moins coûteux.
Pourquoi ce choix politique de financer l'isolement au lieu de favoriser une réelle intégration ? Voilà la question à laquelle le premier ministre n'est toujours pas capable de répondre avec franchise.
j-rsansfacon@ledevoir.ca


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