Être ou ne pas être

Il ne fallait tout de même pas s’attendre à ce Jean Charest se précipite à Paris pour faire ce que d’autres font mieux que lui au nom du Canada uni

Chronique de Louis Lapointe


Moins il gouverne, plus il est populaire. Il ne fallait tout de même pas
s’attendre à ce Jean Charest se précipite à Paris pour faire ce que
d’autres font mieux que lui au nom du Canada uni, une telle audace
risquerait de le faire baisser dans les sondages. Après tout, la
francophonie au Canada ne se limite pas aux frontières du Québec.
Mais il semble que Jean Charest soit finalement un homme aventureux.
Malgré les risques que cela comporte, il a décidé de quitter le calme
champêtre de la vie provinciale pour se rendre à Larochelle afin de
représenter le Québec à l’occasion des fêtes du 400e anniversaire de la
fondation de Québec. Il a décidé de faire quelque chose, ce qui risque
d’apporter de l’eau au moulin de ses adversaires qui n’ont plus rien à se
mettre sous la dent depuis qu’ils cohabitent tous ensemble. En
profiteront-ils, voilà la question !
Il faut dire que nos trois larrons s’entendent tellement bien, qu’on se
demande parfois s’ils n’ont pas pris plaisir à vivre à trois, profitant de
tous les avantages que cela comporte pour raviver la monotone vie de couple
qui caractérise habituellement les législatures dans la vieille capitale. À
les voir allègrement aller, il semblerait même que la vie à trois
diminuerait grandement les chicanes de ménage. On comprend mieux pourquoi
les jeunes de la région de Québec préfèrent s’adonner au plaisir de la
chair en groupe plutôt qu’à deux ! Ils ont l’exemple de l’Assemblée
nationale dans leur ville !
À son corps défendant, Jean Charest devra donc confier le douillet king
size
de chaumière à sa vice première ministre, espérant secrètement qu’elle
ne viendra pas gâcher le plaisir de ses colocs pendant qu’il ira rejoindre
en France la presque reine du Canada. Une aventure qui comporte plusieurs
risques. Comme celui de faire des jaloux: Pauline perdant son Jean et Mario
souffrant en secret de voir la belle Michaëlle au bras de Jean.
Pendant des années, du haut de son pigeonnier, le beau Mario n’a cessé
d’imaginer cette merveilleuse princesse qui lui ferait vivre la vie de
château qu’il a longtemps cru mériter en raison de son franc-parler.
C’était avant qu’il reçoive sa très secrète prime de 50, 000$ pour
surveiller sa pouponnière. Malheureusement pour lui, il devra se contenter
de jouer les belles-mères quelques années encore en attendant de ramasser
les cendres de son parti, pendant que Jean, considéré longtemps comme le
mal-aimé de la politique québécoise, jouera les Cendrillons au milieu de la
très royale cour de France dont Nicolas lui confiera les clés le temps
d’une visite.
Pauline aura alors tout le loisir d’épier ses faits et gestes. Si elle est
le moindrement avisée, elle ne manquera certainement pas de lui faire
ravaler, dès son retour, la moindre de ses paroles déplacées et lui
reprocher tous ses faux pas, sachant pertinemment qu’il a l’art de se
mettre les pieds dans la bouche à chacune de ses visites chez nos cousins
français. Comme cette fois où nous avions appris que le Québec avait les
moyens économiques pour devenir indépendant si les Québécois en faisaient
le vœu. Jean Charest ferait mieux de se tenir pénard et de ne pas être trop
entreprenant s’il ne veut pas être accueilli à son retour avec une brique,
un fanal et un rouleau à pâte, se voyant interdit l’accès à son lit à
baldaquin par une lionne enragée toutes griffes dehors. C’en serait alors
fini des charmes discrets de la cohabitation.
Mais le plus grand risque est qu’il se fasse voler totalement la vedette
par la très élégante Gouverneure Générale du Canada. Les Québécois ne lui
pardonneront certainement pas qu’il soit allé gaspiller l’argent de leurs
impôts pour se faire ridiculiser par une représentante de la reine qu'ils
entretiennent déjà.
On comprend maintenant pourquoi Jean Charest ne souhaitait pas se rendre
en France pour souligner les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de
Québec : il sera confronté au dilemme d’être ou ne pas être le
représentant du Québec en France, ses choix, dans un cas comme dans
l’autre, risquant de lui faire perdre la sympathie populaire qu’il a gagnée
de peine et de misère au cours de la dernière année en trouvant le moyen de
ne rien faire pour nos réseaux de la santé et de l'éducation, notre
économie, notre langue et notre personnalité internationale.
Louis Lapointe

Brossard
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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    8 mai 2008

    Toutes mes excuses aux lecteurs de Vigile, c'est à Bordeaux que Jean Charest ira et non à La Rochelle.
    Louis Lapointe