Et de quatre...

Commission Castonguay

Après Arpin, Clair et Ménard, voilà donc ce fameux rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé mandaté par le gouvernement Charest pour préciser le rôle du privé et suggérer des sources additionnelles de fonds. Un rapport un peu redondant et non moins controversé, mais surtout très peu susceptible d'apporter des solutions rêvées aux problèmes d'accessibilité et de financement.
Les soins de santé coûtent cher et le Québec doit trouver les moyens de les financer malgré la diminution de la population active. Là s'arrête le consensus. Comment ralentir la croissance des coûts, comment faire face à cette dépense essentielle et, surtout, qui doit payer?
En choisissant Claude Castonguay, cet ancien ministre libéral devenu l'un des plus ardents défenseurs du privé en santé, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, fixait d'avance les balises des recommandations attendues. M. Castonguay a rempli la commande en faisant une belle place à la plupart de ses propres réflexions des dernières années.
Parmi les recommandations les plus importantes, le rapport recommande la création de nouvelles cliniques qui s'engageront à prendre en charge leurs patients moyennant une cotisation annuelle de 100 $. D'où proviendraient les médecins, on n'en dit rien.
Pour réduire les listes d'attente, il propose d'autoriser les spécialistes à pratiquer dans le privé une fois complété le nombre d'heures requis par leur contrat avec l'État, rémunéré par le patient ou son assureur. N'y a-t-il pas là un risque d'accroître la pénurie au lieu de la diminuer? C'est du moins l'argument qui a conduit le vice-président dissident, Michel Venne, mais aussi le ministre Philippe Couillard à rejeter la suggestion en même temps que celle qui veut étendre la couverture des assurances privées.
Là s'arrête la bonne entente entre le membre dissident et le ministre puisque M. Venne défend l'ensemble du rapport, qu'il juge très favorable au secteur public, pendant que M. Couillard allonge la liste de ses réserves.
Au chapitre du financement, le rapport affirme que le statu quo n'est plus possible. Il propose d'augmenter la TVQ et d'imposer une «franchise» au patient, entre 25 $ et 65 $, selon le scénario, pour chaque visite médicale.
Réception glaciale de la part du ministre Couillard, qui s'était d'ailleurs présenté seul en conférence de presse, sans sa collègue Mme Jérôme-Forget. Non seulement il n'est pas question d'augmenter la TVQ, mais non plus d'imposer «une augmentation du fardeau fiscal pour la classe moyenne qui gagne 30 000 $ par année», de commenter le ministre. De toute façon, aucune étude ne permet de conclure à l'efficacité d'une telle mesure pour réduire la consommation ou pour augmenter les revenus une fois soustraits les coûts de gestion et les innombrables cas d'exclusion.
Il fallait voir avec quelle vigueur, quelle assurance le ministre rejetait une à une les recommandations qui forment le coeur du rapport hier. Ras-le-bol, les constats catastrophistes, pouvions-nous en déduire, et ras-le-bol, les idées de révolution du système!
Plusieurs des changements lancés au cours des dernières années n'ont même pas encore donné leurs fruits attendus. On pense, entre autres, aux groupes de médecine familiale, à l'augmentation du nombre de médecins et d'infirmières en formation, à l'introduction des cliniques affiliées et aux récentes ententes sur la rémunération des médecins. Avant d'aller plus loin, il faut compléter, consolider, ajouter ou corriger, au besoin, ce qui n'est même pas terminé.
En revanche, le rapport propose une foule de mesures secondaires susceptibles d'améliorer la gestion des établissements, et plusieurs méritent l'attention. Le système québécois est le moins productif au pays! On parle de pénurie de personnels et, pourtant, tous les employés d'hôpitaux à temps complet ont droit à 11 semaines d'absence par année. Comment compenser ces absences beaucoup plus fréquentes que dans le secteur privé? Pour une plus grande efficacité, il faut accorder plus de latitude aux établissements, alléger les conventions collectives et réduire la bureaucratie à tous les échelons.
Les urgences débordent toujours malgré les centaines de millions qui ont été ajoutés dans les hôpitaux au fil des ans: l'argent n'est pas toujours la solution. Inutile de chercher midi à quatorze heures: les problèmes sont déjà bien identifiés. Qu'on s'y attaque avec détermination afin de rassurer le personnel soignant autant que les patients. Il sera toujours temps, plus tard, d'ouvrir de nouveaux champs d'expérimentation avec le secteur privé dont personne ne croit sincèrement qu'il soit plus apte que le public à gérer la santé dans l'intérêt de tous.
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j-rsansfacon@ledevoir.com
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