Sondage de l'Association d'études canadiennes

Des trous dans l'histoire

Les Québécois connaissent mal plusieurs événements historiques essentiels

17. Actualité archives 2007


Les Québécois ont du mal avec leur histoire. Assez pour que le quart des répondants à un sondage avouent que des événements sociopolitiques de première importance ne leur sont pas assez familiers pour qu'ils puissent en évaluer la valeur historique. Et pas les moindres: la Révolution tranquille, la crise d'octobre 1970 et l'échec du lac Meech font partie du groupe.

Le sondage mené par Léger Marketing et l'Association d'études canadiennes (AEC) pour le compte du Devoir et The Gazette indique donc qu'une bonne partie de la population a de la difficulté à savoir de quoi il retourne quand les journaux parlent de Meech (24 %), de la Révolution tranquille (23 %), d'octobre 70 (22 %), de l'adoption de la Loi sur la clarté (41 %) ou de l'échec de Charlottetown (34 %).
Les pourcentages indiquent le ratio des répondants qui se sont dits «pas assez familiers» pour juger si les événements mentionnés avaient beaucoup, quelque peu ou pas du tout influencé la place du Québec au sein du Canada. Le sondage a été mené entre le 13 juin et le 15 juin auprès de 1000 Québécois.
Ceux qui se sont jugés aptes à répondre ont indiqué que c'est l'adoption de la loi 101 qui a eu le plus d'impact sur la place du Québec dans la confédération (51 % ont répondu «beaucoup influencé»). Les deux référendums arrivent seconds avec 45 %, alors que la Révolution tranquille qui a chamboulé le Québec dans les années 60 récolte 40 %, tout comme la crise d'Octobre.
La création du Bloc québécois suit ensuite (39 %), devant l'adoption de la loi fédérale sur les langues officielles et l'échec de Meech. Trois autres suggestions de l'AEC n'ont pas récolté des appuis suffisants pour être jugées significatives, selon Jack Jedwab, directeur général de l'association (la reconnaissance du statut de nation, l'échec de Charlottetown et la Loi sur la clarté).
M. Jedwab dit avoir été surpris par l'ampleur de la méconnaissance de certains événements par la population. «L'ordre dans lequel les gens ont classé les événements me semble logique, dit-il. Mais c'est par contre inquiétant de voir autant de gens -- presque un million et demi si l'on traduit les pourcentages -- qui avouent ne pas connaître des sujets dont on parle abondamment dans les journaux.»
M. Jedwab observe que, généralement, les gens «s'autoévaluent assez bien quand on leur demande leur niveau de connaissance en histoire. Mais quand on nomme des événements précis, ça devient moins facile.»
Cela n'est pas nécessairement différent ailleurs, note l'ancien directeur du Congrès juif canadien au Québec, qui est docteur en histoire. «Mais le problème au Québec, c'est que l'on n'a pas tendance à tenir un débat sur le niveau de connaissance comme tel. On est plus enclin à parler du contenu des cours, à savoir s'ils reflètent bien l'histoire collective.» Le reste du Canada n'a pas la même attitude, dit M. Jedwab. «Les Canadiens sont davantages préoccupés par le niveau de connaissance qu'ils ont de leur histoire», estime-t-il.
Différences
La répartition des données du sondage indique des différences marquées entre les hommes et les femmes. Alors que 5 % des hommes disent mal connaître Meech, 15 % des femmes répondent la même chose. Le référendum de 1980? 6 % contre 20 %. La révolution tranquille? 15 % contre 31 %. «Il ne faut pas sauter aux conclusions trop vite et déduire que les femmes connaissent moins leur histoire, dit toutefois Jack Jedwab. Il y a peut-être un manque de modestie chez les hommes...»
Les réponses varient aussi selon les tranches d'âge et la scolarité. En règle générale, ceux qui ont une formation universitaire sont plus au courant que les autres. Par rapport aux groupes d'âge, les réponses sont conditionnées par deux facteurs: ceux qui ont vécu les événements ou encore ceux qui ont récemment lu sur ceux-ci (dans des cours, par exemple) répondront plus facilement.
On voit donc que les 18-24 ans sont souvent plus au courant de ces événements que les 25-34 ans. «On apprend, puis on oublie, note M. Jedwab. Le taux de transmission des connaissances de l'histoire est faible.»


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