Dernier droit

Rentrée parlementaire


L'Assemblée nationale reprend ses travaux aujourd'hui dans une atmosphère de fébrilité propre aux fins de mandat. Ces quelques mois qui restent avant les élections seront pour le gouvernement Charest la dernière occasion de montrer qu'il a en main les destinées du Québec et, pour l'opposition péquiste, qu'elle peut être une solution de rechange aux libéraux. Les jeux, on peut le croire, sont loin d'être faits.



Cette première journée sera LA journée d'André Boisclair qui fait son entrée au Parlement comme chef de l'opposition officielle. Tous les yeux sont tournés vers lui pour voir s'il sera à la hauteur. Sera-t-il incisif ? Saura-t-il mettre le premier ministre dans l'embarras et être le tombeur du gouvernement ? Ces prochains jours, la forme primera sans nul doute le fond, le temps qu'ait lieu le combat de coqs que tous deux se promettent depuis le moment où M. Boisclair a été élu chef du Parti québécois l'automne dernier.
Si beaucoup de regards sont tournés sur le chef péquiste, celui qui doit retenir l'attention demeure toutefois le premier ministre. Comme chef du gouvernement, il lui revient d'indiquer la direction. Quoi que certains puissent dire et penser à propos du rôle que doivent respectivement jouer les secteurs public et privé, il reste que, par le passé, il est revenu à l'État, plus souvent qu'à son tour, de montrer la voie en lançant de grands projets et en proposant des politiques. Les premières années Charest ayant été marquées par une bonne part d'immobilisme, l'excuse ayant été la nécessité de remettre les choses en ordre, il lui faut d'ici au déclenchement du scrutin sortir de cet immobilisme dont certains prétendent qu'il afflige tout le Québec.
De l'action, nous en aurons ces prochains mois sans doute plus que nécessaire, alors que les bonnes nouvelles se multiplieront. Il faudra cependant faire la part entre ce qui relève de l'agitation électorale, comme l'intention de prolonger la route 138 de Havre Saint-Pierre à Blanc-Sablon qui est un projet à très, très, très long terme, et les mesures susceptibles de se réaliser et d'avoir des effets structurants.

Là où les Québécois attendent les libéraux, c'est d'abord du côté de l'économie. Il est assez curieux de constater qu'au moment où il prenait le pouvoir, Jean Charest, s'appuyant sur l'échec du projet Gaspésia conçu pour soutenir l'économie de la Gaspésie, voulait réduire le rôle de l'État dans l'économie. Aujourd'hui, il fait face à la crise qui frappe l'industrie forestière dans toutes les régions-ressources du Québec, et il lui faut préparer d'urgence une politique de soutien à cette industrie.
L'emploi, comme l'a démontré à une autre époque Robert Bourassa, est un thème électoral porteur dans la mesure où des projets, des stratégies et des politiques viendront soutenir les intentions du gouvernement. Or, ces politiques, elles n'existent pas. Depuis qu'il a été nommé ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand n'a comme outil que la stratégie de développement économique 2005-2008 adoptée par son prédécesseur et qui avait été unanimement jugée vague et inefficace. Ces prochains mois, lui et son collègu, ministre des Finance, auront tout intérêt à repenser cette stratégie.
L'arrivée d'André Boisclair à l'Assemblée nationale devrait être vue comme une bonne nouvelle pour les libéraux. Un gouvernement n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait face à une opposition vigoureuse qui prétend pouvoir faire mieux. Cette émulation, qui ne doit pas se transformer en surenchère, se fera sentir dans tous les domaines, y compris dans un dossier comme celui du déséquilibre fiscal que Jean Charest sent l'urgence de faire avancer. Du moins, en parlera-t-il beaucoup. À la clef, il y trouvera les moyens de présenter un budget lui donnant les moyens de faire avancer les choses... et de soutenir ses ambitions électorales. Ne serait-ce que pour l'inspiration qu'il lui inspirera, il devrait être le premier à souhaiter aujourd'hui la bienvenue à l'Assemblée nationale au chef péquiste.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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