D'où viendra l'argent ?

Commission Castonguay

Le rejet par le gouvernement Charest des deux mesures d'accroissement des revenus proposées par le groupe de travail Castonguay, soit l'augmentation de la TVQ et l'introduction d'une franchise pour chaque visite médicale, nous ramène à la case départ: d'où viendra l'argent?

En entrevue au Devoir hier, le ministre Philippe Couillard s'est efforcé de nuancer ses propos lapidaires prononcés mardi en réaction à la publication du rapport Castonguay. S'il n'est toujours pas d'accord avec la mixité de la pratique médicale, ce n'est pas par opposition idéologique mais à cause de la pénurie de médecins; s'il rejette l'augmentation de la TVQ, c'est parce que son parti a promis de réduire le fardeau fiscal; et s'il n'est pas prêt à introduire une franchise, c'est que là où elle a été appliquée, cette formule a montré ses limites à cause du grand nombre de demandes d'exemptions de la part de diverses catégories de malades.
En somme, comme tous ses prédécesseurs, le ministre Couillard croit qu'il faut d'abord s'attaquer à la productivité du réseau et que, pour le reste, il faut s'en remettre à la performance de l'économie pour générer les revenus nécessaires.
Retour à la case départ, donc. On aura beau accroître la productivité, les dépenses de santé augmenteront à un taux supérieur d'au moins 2 % à celui des revenus courants du gouvernement. Alors, d'où viendra l'argent?
À droite, l'ADQ, des groupes de pression et le monde des affaires proposent d'imposer des frais modérateurs et d'ouvrir la porte à la privatisation des soins pour ceux qui sont prêts à contracter une assurance ou à payer de leur poche pour être traités plus vite. C'est une question de liberté de choix, prétend-on. Difficile cependant de prédire si cela réduirait ou non les coûts et les listes d'attente du système public.
À gauche, Québec solidaire et le monde syndical suggèrent qu'on augmente les impôts des entreprises. Quant au PQ, on ne sait plus où il se situe.
Pour nous, la meilleure façon de financer la santé reste toujours la fiscalité. Les coûts de la santé publique occupent aujourd'hui la même proportion du PIB qu'il y a 20 ans, soit de 7 à 8 %. Si la santé occupe plus de place dans les dépenses de l'État, c'est que les gouvernements ont ramené ces dépenses de 22 % à 16 % seulement du PIB depuis 20 ans.
Pour maintenir l'universalité du régime public sans faire payer les malades et sans duplication des soins par une pratique privée inaccessible à la majorité, il faut seulement accepter que le budget de la santé occupera une part croissance du grand tout, jusqu'à franchir la barre des 50 %, comme on le prévoit. Et si le chiffre dérange au point de vouloir faire payer les malades, pourquoi ne pas sortir la santé du fonds consolidé de revenus afin de constituer un budget santé séparé?
Ainsi, chaque contribuable recevrait un avis de cotisation à deux volets. Le premier se rapporterait aux dépenses courantes de l'État, dont l'évolution à la hausse ou à la baisse suivrait la politique budgétaire du gouvernement. Le second volet porterait sur la santé, et son montant tiendrait compte non seulement du revenu mais aussi d'autres variables comme l'âge, le nombre d'enfants, le nombre de mois de résidence annuelle au Québec, etc.
Cette approche universelle permettrait aussi de faire contribuer un plus grand nombre de citoyens aux dépenses de santé que l'impôt actuel, comme c'est le cas pour l'assurance médicaments.
Les besoins croissants en santé appellent la participation du plus grand nombre possible au financement des soins, en fonction de la capacité de payer, certes, ainsi que de l'importance de faire ce geste de solidarité. Le compte santé augmenterait, cela ne fait aucun doute, mais il aurait le mérite d'assurer la pérennité d'un régime public gratuit universel tout en fournissant de l'information détaillée sur les coûts d'une médecine moderne. La santé coûte cher, mais qu'on soit riche ou moins riche, elle n'a pas de prix.
***
j-rsansfacon@ledevoir.com


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé