Réforme de l'éducation

Courchesne annonce une révision complète des programmes

Dumont se range du côté de Landry et réclame un moratoire

"Stoppons la réforme"

Les débats sur la réforme de l'éducation ont permis aux politiciens québécois d'offrir hier un avant-goût de la rentrée parlementaire. Des ténors péquistes qui désavouent la réforme mise au monde par celle qui est aujourd'hui chef du Parti québécois. Une chef péquiste qui en attribue les ratés à ses successeurs libéraux, qui n'auraient pas su voir adéquatement à son implantation. Une ministre libérale qui relance la balle au gouvernement précédent, qui l'a implantée en pleine période de compressions budgétaires. Le chef de l'opposition adéquiste qui demande un moratoire sur la réforme qu'il jugeait irresponsable en 2006...

L'appel à un moratoire sur l'implantation de la réforme de l'éducation à la fin du secondaire, lancé hier dans Le Devoir par des ténors péquistes ne trouve pas grâce aux yeux de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qui qualifie cette position d'«irresponsable». Au cours des prochains mois, elle entend cependant scruter à la loupe les programmes des différentes matières afin d'y apporter des «correctifs importants».
Mme Courchesne rejette d'emblée l'idée d'un moratoire, revendiquée dans un manifeste de la coalition «Stoppons la réforme», signé notamment par Bernard Landry, Joseph Facal, Jean-François Lisée et François Rebello. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui a mis au monde la réforme alors qu'elle était ministre, a elle aussi rejeté cette option, soulignant qu'un «redressement» de la réforme s'imposait. Elle a rappelé que lesdits péquistes n'exprimaient aucunement la position de son parti.
Michelle Courchesne s'est bien moquée hier des divergences d'opinion parmi les rangs de ses adversaires. «Cela ne m'émeut pas que les grands ténors du Parti québécois tout à coup disent: "Ça prend un moratoire", je trouve ça irresponsable. [...] Nous n'avons pas ce genre de débat idéologique. On est là pour gouverner. On a déjà apporté des correctifs et il y en aura d'autres», a affirmé Mme Courchesne.
Après avoir imposé le bulletin chiffré uniforme et permis le redoublement tout au long du primaire, la ministre s'apprête à rendre publics de nouveaux correctifs en ce qui a trait aux élèves en difficulté d'apprentissage et à l'enseignement du français. Et elle n'entend pas s'arrêter là: «Je vais analyser les autres matières comme j'ai analysé le français», a expliqué au Devoir Mme Courchesne, qui veut cependant «éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain» en mettant un frein à l'implantation de la réforme.
Dumont appuie
Pour sa part, Mario Dumont appuie cette idée, pilotée par la coalition «Stoppons la réforme», qui organise une manifestation samedi à Montréal. «Il faut marquer une pause, il faut arrêter l'implantation» puisque, a-t-il soutenu au Devoir, la réforme doit être appliquée au cours des deux prochaines années à des cohortes qui se préparent à entrer au cégep, soit les quatrième et cinquième secondaires. Le chef adéquiste prononcera d'ailleurs ce midi un discours sur ce sujet à la Chambre de commerce de Saint-Jérôme. Il déplore que toutes ces années, les jeunes aient été les «cobayes» d'une réforme «mal préparée» et que la conséquence ait été la baisse des résultats des élèves québécois aux examens internationaux.
M. Dumont parle de la «réforme Marois» et voit dans le geste des personnalités péquistes «un mea-culpa» bienvenu. Il soutient que «si les péquistes sont sérieux» lorsqu'ils disent que «les enfants en paient le prix» et que «la réforme a été kidnappée par la bureaucratie», «alors ils doivent admettre que la responsable de tout ça», c'est Pauline Marois. «Je ne vois pas comment on peut penser que c'est elle qui doit devenir première ministre du Québec si elle a gâché l'éducation, l'a laissée être kidnappée», argue le leader adéquiste.
Comme pour certains péquistes, l'appui à un moratoire représente tout un changement de cap pour le chef de l'opposition. En effet, en juin 2006, dans une lettre au Soleil où il interpellait le premier ministre Jean Charest, il soutenait qu'il «serait irresponsable d'arrêter tout et de revenir en arrière sous prétexte qu'il y a des ratés dans l'application de ladite réforme». Il lançait alors des fleurs à la chef péquiste actuelle, soutenant que «l'origine de cette réforme a été marquée par un leadership très senti».
Invité à expliquer son changement de cap, M. Dumont a répondu hier que c'était là un «autre contexte» où il tentait de secouer la torpeur du ministre d'alors, Jean-Marc Fournier, «que les gens qualifiaient de ministre du Loisir et du Sport tellement il ne faisait rien en éducation».
À qui la faute?
La chef péquiste Pauline Marois tentait quant à elle hier de se parer tant bien que mal contre les tuiles lancées par ses compagnons d'armes souverainistes. «Ce n'est pas le Parti québécois qui parle ce matin», a-t-elle déclaré.
Si elle écarte d'emblée l'idée d'un moratoire, qui serait une «erreur magistrale» à ses yeux, elle invite cependant le gouvernement à redresser la réforme, rappelant que l'exercice visait à l'origine à recentrer l'école autour des matières de base que sont le français, les mathématiques et l'histoire.
Elle attribue au gouvernement libéral les ratés subis dans l'implantation du renouveau pédagogique, rappelant notamment le moratoire d'un an décrété par le ministre Jean-Marc Fournier il y a quatre ans. «Ce n'est pas vrai qu'on implante une réforme comme celle-là sans qu'il y ait une direction politique ferme, un leadership clair, et sans qu'on y consacre les moyens, à la réforme. Ce ne fut pas le cas», a fait valoir Mme Marois.
L'argument a fait sursauter la ministre Courchesne, qui a plutôt expliqué les difficultés par le contexte de compressions budgétaires sous le règne du gouvernement péquiste à la fin des années 90. «Le Parti québécois a annoncé un renouveau de cette envergure, en même temps qu'il coupait dans toutes les écoles du Québec pour atteindre le déficit zéro. [...] Ils ont laissé les enseignants à eux-mêmes», a rétorqué la ministre de l'Éducation, montrant aussi du doigt le manque de ressources spécialisées pour les élèves en difficulté.


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