Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements: rideau!

En définitive, il faut parier que la société québécoise va se relever de la cuisante défaite psychosociale du référendum de 1995. Parce qu'elle n'a pas le choix.

Le NON de 1995 : des effets dévastateurs, une fierté blessée, un pouvoir d'intégration affaibli. OUI, un défi à relever ou mourir...


Le rideau est maintenant tombé sur les auditions de la commission Bouchard-Taylor, qui doit faire le point sur les accommodements raisonnables. Une commission à faible budget comparativement aux coûts faramineux du Forum des citoyens de Keith Spicer (sur l'avenir du Canada, mené en 1990-91), mais qui a suscité presque autant d'intérêt que la désormais célèbre commission du juge John Gomery sur les commandites.

Cette commission marquera le Québec, ne serait-ce que parce qu'elle fut la première occasion accordée aux immigrants d'exprimer publiquement leur appréciation de l'accueil que leur a fait le Québec, leur nouveau pays d'adoption. Et réciproquement, les réactions des Québécois nés ici sur les exigences de certains groupes d'immigrants, interprétées comme un refus d'adhérer aux valeurs et coutumes de la société québécoise. Mais jusqu'à quel point le contexte de l'immigration à l'origine des accommodements raisonnables n'est-il qu'un faux problème?
Le portrait du recensement 2006 révélé par Statistique Canada au début de décembre montre que les populations canadienne et québécoise sont sous le coup d'une immigration à la fois importante et récente. Pour l'instant, la situation linguistique n'est pas alarmante, aussi longtemps que l'anglais subira une régression dans les mêmes proportions que le français. Il faudra donc attendre pour voir si les enfants de la seconde génération opteront pour le français ou l'anglais, ce qui déterminera à quel groupe linguistique l'immigration actuelle aura été favorable. Ce qui exigera également de remplacer la vision transversale du recensement canadien par une projection longitudinale, dite par «cohortes».
En voie de disparition
Mais les immigrants de première génération demeureront toujours fidèles à leur langue
maternelle et à leur religion. Plus encore, les immigrants de première génération chercheront à reproduire dans la société d'accueil le même contexte socioculturel, comprenant la religion, que celui qu'ils avaient dans leur société d'origine.
Ce réflexe de retour aux valeurs de la société de départ provoque une résistance symbolique à la société d'accueil que sont les accommodements raisonnables.
Contrairement au bilan linguistique final, les accommodements raisonnables devraient disparaître aussi soudainement qu'ils sont apparus. Parce que les nouvelles générations n'auront plus besoin désormais de ces symboles-refuges. Donc, les accommodements raisonnables doivent moins inquiéter que les options linguistiques des immigrants de seconde génération.
Dans les conditions nécessaires pour que le français puisse réussir l'intégration linguistique des immigrants de seconde génération, ce n'est pas tant le pouvoir d'attraction du français qui sera déterminant que le dynamisme culturel tout entier du Québec. Vivre au Québec, c'est tellement plus que de parler français! C'est adhérer à des valeurs et à des attitudes d'une société d'immigrants qui s'insèrent les uns aux autres depuis l'arrivée de Jacques Cartier en 1534 et dont le français constitue le véhicule de communication privilégié.
Une fierté qui s'effrite
Cette société a développé énormément d'assurance de 1960 à 1990, et les réalisations collectives de ces 30 ans en témoignent. Ceci a contribué à la prise de conscience qu'elle constituait une nation différente, ni canadienne ni française, mais québécoise. Une société marquée du sceau de la social-démocratie, et l'émergence d'une solidarité qui contraste avec l'actuelle montée de l'individualisme.
Or, depuis le référendum de 1995, cette fierté nationale s'effrite, se disloque. Autrefois farouchement opposée à la guerre, la société voit ses jeunes soldats revenir d'Afghanistan morts ou mutilés sans rien dire! Peu de recherches ont été effectuées sur les conséquences psychosociales du choc découlant de la défaite du OUI au référendum de 1995. Pourtant, il est possible qu'elles soient beaucoup plus importantes qu'elles ne le paraissent à première vue.
Faute de résultats de recherches, nous en sommes réduits à formuler des hypothèses. Mais il semble bien que le référendum de 1995 a marqué la fin de la montée du nationalisme québécois. Lors de la conférence du lac Meech, le non a été interprété par l'opinion publique comme un refus du Canada anglais de reconnaître aux Québécois le statut de nation distincte de la nation canadienne. L'effet fut négatif pour le fédéralisme.
En 1995, ce sont des Québécois qui ont dit non à d'autres Québécois. Ce jour-là a marqué, semble-t-il, l'éclatement du projet de société québécoise, du moins dans la forme embryonnaire où il avait cheminé depuis 1960.
Il faut maintenant constater que la perte de fierté nationale de la société québécoise n'augure rien de bon quant à son pouvoir d'intégrer de nouveaux immigrants, car le dynamisme d'une nation provient largement de la force de son identité.
Or la société québécoise aura besoin de beaucoup de dynamisme pour combattre l'immense pouvoir d'attraction anglophone du Canada et de l'Amérique.
En définitive, il faut parier que la société québécoise va se relever de la cuisante défaite psychosociale du référendum de 1995. Parce qu'elle n'a pas le choix.
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Jean Noiseux, Spécialiste en sondages d'opinion publique
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