L'erreur des suppressions de postes à la SRC

Radio-Canada et Harper



On ne dira jamais assez que, dans un contexte économique difficile, il est important de conserver un secteur stable où les emplois sont protégés. Et quels sont les facteurs vitaux qu'il est prioritaire de protéger? La santé, l'éducation, les services aux citoyens et les réseaux d'information et de communication.
Ce n'est pas un hasard si ces secteurs sont ceux de l'État: ils ne sont pas rentables selon les normes du privé. Pourtant, ils sont essentiels. Et surtout, ces services sont ceux qui bien souvent créent le plus d'emplois en région.
Comme toute entreprise, la crise économique n'épargne pas la SRC qui est touchée en raison de la diminution de ses recettes publicitaires. Devant le refus du gouvernement conservateur de compenser les impacts de la crise, la société d'État se voit dans l'obligation d'abolir 800 postes réels alors que le gouvernement investit massivement, par dizaines de milliards de dollars, dans le fonds de relance de l'économie afin de créer des emplois... potentiels. De plus, les emplois du programme des infrastructures sont temporaires: une fois l'ouvrage terminé, les emplois disparaissent. À moins que l'on demande aux ouvriers de démolir l'ouvrage qu'ils viennent de construire et de recommencer. Et ainsi de suite...
Au Québec, l'information en région a été durement touchée depuis cinq ans. Coup sur coup, il y a eu deux fermetures de réseaux d'importance en information: Télémédia et TQS. Et maintenant, Radio-Canada se prépare à sabrer 800 emplois. Les régions seront épargnées pour l'instant, mais il ne faut pas oublier qu'il y a quelques années, la société d'État supprimait la production à Matane pour la concentrer à Rimouski, prétendument parce que le bassin de la population du Bas-du-Fleuve ne justifiait pas deux centres de production. Et si la SRC se voit dans l'obligation de réduire encore ses services, ce sera le tour de régions plus importantes comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Du côté de la CBC, ce n'est guère mieux. En réduisant l'envergure de la chaîne anglophone déjà en concurrence avec la force des réseaux privés, l'information américaine va supplanter encore davantage l'information canadienne dans le centre et l'Ouest canadien. Et, ironie du sort, on évoque à Ottawa la possibilité d'aider financièrement les réseaux privés!
Cette politique d'étranglement progressif va forcer la société d'État à torpiller son mandat fondamental qui reste d'unir les Canadiens d'un océan à l'autre, peu importe leur langue, leur culture et leur origine ethnique. Mais l'unité nationale n'est pas le seul programme gouvernemental qui écope de la non-compensation des effets secondaires de la cuisine économique. Il faut également ajouter le programme des minorités culturelles, des langues officielles, etc.
Mais Radio-Canada est bien plus qu'un centre d'information névralgique. C'est aussi un important moteur culturel, surtout au Québec. Sans compensation lui permettant d'équilibrer son budget, la société d'État en sera réduite à acheter des séries étrangères comme le font les chaînes spécialisées. Une évolution qui ne manquera certainement pas d'être remarquée par les auditeurs et signalée par les producteurs et l'ensemble du milieu artistique dont l'on connaît maintenant toute la force.
L'opinion publique est dotée d'une fonction additive d'éléments, c'est-à-dire que les informations s'additionnent les uns aux autres pendant un certain temps. Pour cette raison, la formation de l'opinion est un processus lent. Puis, l'opinion se cristallise d'un coup. Déjà, depuis la dernière campagne électorale, l'opinion a cheminé et les conservateurs sont désormais perçus comme des ennemis potentiels de la culture québécoise. Il ne lui reste qu'à conclure. Avec pour conséquence probable que le parti conservateur redeviendra un parti très marginal au Québec.
Décidément, le gouvernement de Stephen Harper n'a encore rien appris des leçons de la dernière campagne électorale. À moins que l'art de gouverner consiste à courir après un plat pour mettre les pieds dedans!
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Jean Noiseux, Spécialiste en sondage d'opinion publique


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