INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 292

Comment "l'être pensant l'indépendance" peut-il réaliser l'indépendance ?

Il doit d’abord faire sauter le verrou de son annexion collective au Canada-Anglais

Chronique de Bruno Deshaies


« L’ESSENCE MÊME DE L’ANNEXION réside
dans le fait d’être administré, gouverné par un autre,
même si l’on y consent,
même si l’on est traité avec justice,
même si la concentration des pouvoirs signifie
une plus grande économie et donne plus de force au central. »

(Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada,
Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 397.)
De nombreux Québécois, pensent souvent comme suit : « Le déni s’incruste parfois profondément dans la nature humaine : Ottawa a beau répéter qu’il n’a rien à offrir, qu’il s’apprête même à affaiblir le poids politique du Québec dans le Parlement canadien, plusieurs Québécois s’illusionnent encore à l’idée que le Canada est ouvert à des négociations politiques… »
LES ATTENTES FÉDÉRALISTES DES SOUVERAINISTES
Il semble pourtant que le déni vient plutôt de ceux qui ont adopté la stratégie suivante :
1. le fédéralisme canadien-canadian n’est pas réformable ;

2. vu que la réforme du fédéralisme n’est pas possible, il nous faire l’indépendance du Québec.
Ils n’ont pas observé l’échec absolu de cette approche, qui dure depuis plus 25 ans.
Ils n’ont pas observé que cela ne fait que maintenir des attentes de fédéralisme, de réforme du fédéralisme, plus tard, mais un jour qui viendra, quand des personnes de bonne volonté seront au rendez-vous (!).

Toute cette façon de penser ne mène nullement à l’indépendance, mais conduit à maintenir des attentes fédéralistes.
« PAS LE CHOIX ! »
C’EST QUELQUE CHOSE QUE L’ON ENTEND SOUVENT. PENSEZ-VOUS RÉELLEMENT QUE DE NE PAS AVOIR LE CHOIX, C’EST UNE OPTION ?

La Palice nous dirait : retenez bien ceci.
(A) Lorsque qu’une majorité de québécois préfèrent, au fond, le fédéralisme, on ne peut pas faire l’indépendance.

(B) Lorsqu’une majorité de québécois préfèrent, au fond, une réforme du fédéralisme (qui est aussi du fédéralisme), on ne peut pas faire l’indépendance.
(C) Quand une majorité de québécois préféreront, au fond, l’indépendance du Québec, on pourra faire l’indépendance.

UN POIDS DÉMOGRAPHIQUE ET POLITIQUE DE MINORITAIRE DEPUIS 1840-1841
Quant au poids politique du Québec au Canada-Anglais, tous, nous avons manqué une bonne occasion de rappeler aux citoyens du Québec que celui-ci, le Québec, est minoritaire, ou plutôt les Canadiens-Français, puis les Québécois sommes minoritaires depuis 1840-1841 (cf. NOTE, no 1).
EN 1840, il y avait
- 450 000 Canadiens-Français au Québec (Bas-Canada)

- 150 000 Canadiens-Anglais au Québec

- 400 000 Canadiens-Anglais en Ontario (Haut-Canada)
450 000 CANADIENS-FRANÇAIS (45 %) et 550 000 CANADIENS-ANGLAIS (55 %) dans la Province du Canada, ou le Canada-Uni, dont les représentants siégeaient au Parlement-Uni (comme aujourd’hui ils siègent à la Chambre des Communes au Parlement à Ottawa).

EN 1867, vingt-sept années plus tard, dans la Constitution actuelle,

- l’Ontario formait 46.4 % de la population ;

- le Québec formait 34.1 % de la population ;

- le Nouveau-Brunswick formait 8.1 % de la population ;

- la Nouvelle-Écosse formait 11.1 % de la population.
EN 1867, LE QUÉBEC CONTINUAIT À ÊTRE MINORISÉ, PASSANT de 45 % en 1840 À 34.1 %, DE LA POPULATION TOTALE DU CANADA ET DEVENANT UNE PROVINCE SUR QUATRE (25 %).
Réflexion sur ce fait exemplaire. Que l’on soit minoritaire à 45 %, à 34.1 %, à 25 %, à 24 % - 22 %, à 20 % voire même à 15 % ne change rien, ne change fondamentalement rien, absolument rien à l’affaire, car, dès qu’on est minorisé, le pouvoir nous échappe, le pouvoir du gouvernement central, à Ottawa, nous échappe !
Nous avons perdu deux référendums. Est-ce une raison pour avoir laissé, après nos échecs, le terrain en jachère ?
QUELLES LEÇONS AVONS-NOUS TIRÉES DE NOS ÉCHECS ?
Certes le « référendum » était devenu le « projet » pour nous forcer à faire le travail d’explication et de persuasion. Mais après coup, ne nous est-il pas apparu que faire changer une partie suffisante de 60 % de la population, un changement réel et non superficiel, ne devrait pas s’envisager sur une courte durée de travail de 6 à 12 mois, mais par un travail méthodique, continu et sérieux sur plusieurs années. Oui c’est possible.

Plusieurs rêvent comme ceci : C’est l’ADQ qui fera le travail pédagogique à la place du PQ en se cassant les dents à Ottawa. Le naufrage du projet autonomiste de Mario Dumont ravivera en effet l’option indépendantiste du Parti québécois.

C’est dire à quel point il faut être désespéré. Deux questions se posent :
DEPUIS QUAND, LORSQU’ON A UN OBJECTIF CLAIR, DOIT-ON SE FIER SUR LES AUTRES POUR LE RÉALISER ? Depuis quand, lorsqu’on s’est fixé un objectif, DOIT-ON ESPÉRER QUE LES ADVERSAIRES ENTREPRENNENT LE TRAVAIL À NOTRE PLACE ? Voilà des manières de penser, et de ne pas agir, qui nous condamnent aux lamentations.

Le sentiment d’avoir élaboré un projet, fait des choix, fixer son objectif et pris des responsabilités, c’est-à-dire l’accès à un niveau supérieur de l’idée de liberté, liberté individuelle ET LIBERTÉ COLLECTIVE, constitue un pivot de l’indépendance dont on voit mal comment elle pourrait s’édifier en son absence.

Pour autant, à quelle réalité cela correspond-il ?

POUR LE QUÉBEC DANS LE CANADA-ANGLAIS, il est impossible d’avoir des relations d’égalité dans l’interdépendance. À 45 %, ou à 35 %, ou à 25 %, ou à 15 % ne change absolument rien à l’affaire. Dès que nous avons été minorisés, et depuis que nous sommes minorisés, LE POUVOIR DU GOUVERNEMENT CENTRAL, EN TANT QUE QUÉBEC, NOUS ÉCHAPPE.
QUELLES SONT LES EXIGENCES DE LA SOUVERAINETÉ, DE L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC ? 
Vouloir la souveraineté, l’indépendance du Québec, c’est vouloir :
- agir suffisamment par soi-même, dans sa vie économique (autonomie financière),

- agir suffisamment par soi-même, dans sa vie politique (autonomie interne ET autonomie externe).

L'autonomie externe, c'est pouvoir agir par soi-même, sans aucun autre pouvoir interposé, sans aucune autre collectivité interposée, avec les autres, avec les autres sociétés, cultures, nations, pays et le monde entier.

Et c’est pouvoir en retirer l’expérience, l’initiative, et l’expertise.

Et c’est pouvoir en retirer des nouvelles habitudes d’agir et de penser.

Et c’est pouvoir en retirer richesse, rayonnement, dynamisme, liberté.

MAURICE DUPLESSIS ET L’AUTONOMIE PROVICIALE
Maurice Duplessis a passé des années, de 1939 à 1954, (12 ans de travail continu), à expliquer partout dans des sous-sols d’église, dans les campagnes, entre les campagnes, son idée de l’autonomie provinciale, sans s’arrêter parce que personne n’y comprenait rien quand il a commencé à le faire, mais non, il a continué à expliquer son idée… et c’est ainsi qu’il a pu, quand le peuple était prêt, créer le 24 février 1954 l’impôt provincial québécois. MALGRÉ TOUT, L’AUTONOMIE PROVINCIALE N’EST QU’UNE PETITE AUTONOMIE INTERNE, SANS LA VÉRITABLE AUTONOMIE EXTERNE.
LE PARTI QUÉBÉCOIS, LE BLOC QUÉBÉCOIS ET L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC

Combien d’heures avons-nous passées avec le Parti québécois, et le Bloc québécois, au cours des 12 dernières années,
- À EXPLIQUER CE QUE C’EST QUE L’AUTONOMIE INTERNE (comme Maurice Duplessis l’a fait, (sans s’arrêter), avec son idée de l’autonomie provinciale),
- À EXPLIQUER CE QUE C’EST QUE L’AUTONOMIE EXTERNE ?
- EN UTILISANT LES VRAIS MOTS : AUTONOMIE INTERNE ET AUTONOMIE EXTERNE.
Qu’avons-nous fait pendant tout ce temps ???

Le passé est garant de l’avenir. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.
L’AUTONOMIE PROVINCIALE DES FÉDÉRALISTES
POUR LES FÉDÉRALISTES, L’AUTONOMIE PROVINCIALE EST UN IDÉAL.
Mais, pour qui désire l’indépendance du Québec, l’autonomie provinciale, la suffisante autonomie provinciale, est une formule commode qui permet d’escamoter l’essentiel, l’absence véritable de la maîtrise de son autonomie interne ET de son autonomie externe.

Les Québécois qui souhaitent l’indépendance du Québec, 39 % nous dit le dernier Sondage Léger, sont-ils en effet susceptibles de puiser dans leur être les ressorts propres de leurs décisions, pour transmettre à d’autres pourquoi l’on doit souhaiter l’indépendance du Québec, reflétant leur liberté en tant que sujets irréductibles à l’ensemble des déterminants qui pèsent sur eux, et notamment le Parti québécois et le Bloc québécois ? ou bien est-ce là une illusion née de l’impossibilité pour quiconque, du fait de leur complexité, de connaître l’ensemble des causes de la pensée fédéraliste et des actions qui en découlent, et, de connaître l’ensemble des causes de la pensée souverainiste, du Parti québécois et du Bloc québécois, et des actions qui en découlent ?

DANS LE PARTI QUÉBÉCOIS, DANS LE BLOC QUÉBÉCOIS, LES CHOSES APPARAISSENT AMBIGUËS.

D’un côté tout ce qui advient au peuple québécois et à ses adversaires, la malédiction qui s’abat sur certaines stratégies et tactiques souverainistes, correspond à la volonté des fédéralistes à Québec et à Ottawa.

Cependant, jamais nous n’avons mal agi, même l’aller-retour Ottawa-Québec-Ottawa de « Gilles-Bunji- Duceppe » est une victoire, on récompense celui qui a résisté à la tentation (par exemple, les sondages qui ont suivi).

À proprement parler, si leurs erreurs ou leurs mérites n’étaient que des victoires, la sanction aussi bien que la manifestation de la satisfaction apparaîtraient singuliers.

L’être humain est « normalement » sensible à la privation de sa liberté et soucieux de sa fantaisie. Mais le Québécois, 61 %, sensible à sa liberté individuelle, ne voit pas que sa collectivité, le Québec-Français majoritaire, est privée de sa liberté collective.
« UN ÊTRE PENSANT L’INDÉPENDANCE » DOIT EXISTER ET DOIT AGIR
Ainsi il faut être capable d’être un être qui désire l’indépendance du Québec, un être pensant l’indépendance, et agissant à transmettre à d’autres pourquoi il nous faut souhaiter l’indépendance du Québec, en dehors du Parti québécois, en dehors du Bloc québécois. Il nous faut, hors du Parti québécois et du Bloc québécois, à nouveau, redevenir un « roseau pensant » qui désire l’indépendance et capable d’imaginer l’avenir, d’inscrire un objectif, l’indépendance du Québec, puis décider des moyens de le réaliser tout en défendant cette idée fermement et, surtout, d’en apprécier la valeur, notamment morale et politique.

Même si la nature du fédéralisme canadien-canadian nous impose les conditions initiales de ces différents niveaux de liberté, il est peu vraisemblable qu’il détermine un seul effet, une seule issue possible.
Avec le Parti québécois, et le Bloc québécois, le Québécois est certain d’une chose, c’est que l’objectif de l’indépendance du Québec se définit à côté des perceptions et des sensations communes aux Québécois. Avec le Parti québécois, et le Bloc québécois, le Québécois n’arrive pas à se faire une représentation mentale de ce qui doit être l’état de préparation et du travail accompli pour être prêt à s’engager dans la défense de l’indépendance, de vivre dans la transformation de la société québécoise vers un Québec indépendant.
Avec le Parti québécois, et le Bloc québécois, ce qui, en général, gâche tout, c’est que cette représentation du travail à accomplir, produit de l’imagination, a la furieuse tendance à se voir remettre sans cesse à plus tard, après que…, après que…, après que…

Et donc, avec le Parti québécois, et avec le Bloc québécois, on en est encore et toujours à remettre à plus tard le travail que l’on devrait accomplir MAINTENANT ; et, de la sorte, avec le Parti québécois, et le Bloc québécois, le travail à accomplir pour transmettre à d’autres le désir que le Québec devienne un pays indépendant a la fâcheuse tendance à se dérober sans cesse.

Face à l’indépendance du Québec, le Québécois peut ainsi prendre conscience de sa responsabilité, puisque, depuis 12 ans, il aurait pu agir autrement qu’il ne l’a fait. C’est là que devrait résider l’origine du sentiment de liberté, principe essentiel à l’édification de la pensée indépendantiste. La résignation n’appartient pas à l’être libre et indépendant.
Les indépendantistes devraient réagir aux circonstances, crier leur souffrance morale, se révolter, mais ne jamais baisser les bras, combattre avec réalisme et persévérance.

Finalement, pour qui désire la souveraineté, l’indépendance, l’indépendance de l’esprit vis-à-vis des autres et des événements est la condition de l’action libre et du travail pour y arriver. Et du bonheur de se mettre à l’ouvrage.
Bruno Deshaies
P.-S. Cette chronique est le fruit d’une réflexion commune entre quelques indépendantistes.
- NOTE :
Consulter : Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 341 (Leçon XIII : « Illusions canadiennes-françaises et autonomie locale 1840-1850 »).
14. - INFLUENCE APPARENTE ET POIDS RÉEL
DU BLOC PARLEMENTAIRE CANADIEN-FRANÇAIS [1846-1848]
Solidement groupés sous la direction de LaFontaine, les Canadiens-Français, en présence des Britanniques divisés entre libéraux et conservateurs, joueront un rôle considérable en Chambre. À LaFontaine, reviendra l’honneur de présider, avec Baldwin, à titre de premier ministre, aux destinées du Canada-Uni. MAIS IL FAUT REMARQUER QUE LE MINISTÈRE LAFONTAINE-BALDWIN NE COMPREND QUE QUATRE CANADIENS-FRANÇAIS CONTRE HUIT BRITANNIQUES. Et, comme le fera valoir Elgin, les Canadiens-Français sont minoritaires dans le pays tandis que les Britanniques détiennent une importante majorité dont ils pourront se servir s’ils s’unissent.
- ANNEXE
L’Académie de l’indépendance
AU LENDEMAIN DE L’ANNEXION
DU CANADA-FRANÇAIS EN 1840
Document
Les débats qui ont entouré la fin du pacte colonial en 1846 ou, autrement dit, le commencement de l’émancipation coloniale en politique intérieure pour le Canada, ont conforté les assises de l’idéologie fédéraliste chez les Canadiens-Français. D’ailleurs, « les chefs canadiens-français [de l’époque] se vantent d’avoir marché au premier rang de la conquête des libertés coloniales et d’avoir même montré la voie au Canada-Anglais » comme le signale Maurice Séguin. Cependant, cette expérience historique ne leur donne pas l’INDÉPENDANCE, c'est-à-dire LA LIBERTÉ COLLECTIVE POUR DEVENIR UNE NATION INDÉPENDANTE. Finalement, « les Canadiens-Français […] n’ont recueilli qu’une petite autonomie provinciale » même s’ils « affirment, dès les premières années de l’union législative, leur égalité politique avec la majorité canadienne-anglaise ». Tel est le jugement historique de Maurice Séguin.
Ce mythe de l’égalité des deux nations fondatrices au Canada a la vie dure. Il perdure dans notre histoire depuis plusieurs générations. Il constitue la source de toutes nos aberrations au sujet du fédéralisme canadien-canadian et de nos idées confuses sur la nature même de l’indépendance du Québec. Les adeptes de l’escrime politique parmi les Québécois-Français devraient évaluer à sa juste valeur tous les effets pervers sous l’angle indépendantiste de leur annexion en 1840. Les scandales politiques d’aujourd’hui ne se règleront jamais sans une prise de conscience aiguë de la nécessité de réaliser l’indépendance. Les souverainistes devraient se rappeler qu’« aucune nation qui se respecte n’accepte d’entrer dans une fédération » (Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 409.)
L’extrait qui suit aborde les principaux éléments de l’adoption de l’idéologie fédéraliste par les Canadiens-Français en 1840.
Consulter : Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 330-335.
« Illusion de la juxtaposition

de deux autonomies coloniales »

JUGEMENTS SUR L’UNION DE 1840 (cf. p. 330 et 334)
En 1840, le Canada-Anglais est en voie de devenir une Nation, mais une Nation-État ; le Canada-Français, quant à lui, devient une Nation, mais au sens sociologique du terme, c'est-à-dire un groupe social, une collectivité qui est fixé dans le rôle provincial de nation annexée.
1840, C’EST LA CLEF DE TOUTE L'EXPLICATION DE L'ÉVOLU­TION POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE DU CANADA-FRANÇAIS ET DU CANADA-ANGLAIS.
Si l’on n’a pas bien saisi ce que signifie, pour les deux nationalités, l’Union de 1840 au point de vue politique et économique, il devient absolument impossible de comprendre le régime d’union fédérale de 1867, qu’on appelle la Confédération, et tous les grands phénomènes qui suivent : la construction par le Canada-Anglais des canaux et des chemins de fer, l’industrialisation par les Britanniques de la vallée du Saint-Laurent, la conquête de l’indépendance par le Canada-Anglais majoritaire « dans l’impérialisme » et finalement l’incapacité fondamentale des deux nations de s’entendre à l’intérieur d’un même État fédéral, si souple soit-il.
Il est inutile d’étudier l’histoire du Canada après 1840, ou après la Confédération si l’on n’a pas étudié l’histoire des Canadiens-Français avant 1760, c’est-à-dire avant la conquête, et avant 1840, soit durant la période précédant l’Union.
PENSÉE POLITIQUE AU CANADA-FRANÇAIS :

ADOPTION DE L'IDÉOLO­GIE FÉDÉRALISTE (cf. p. 334-335)
Il importe de prendre connaissance de la pensée politique et économique des Canadiens-Français au lendemain de leur annexion en 1840.
Illusion de la juxtaposition de deux autonomies coloniales
GRÂCE À L’IDÉOLOGIE FÉDÉRALISTE, LES CHEFS CANADIENS-FRANÇAIS, POLITICIENS COMME LAFONTAINE OU JOURNALISTES COMME ÉTIENNE PARENT, EN ARRIVENT RAPIDEMENT, VERS 1842, À CROIRE QUE L’ACTE D'UNION N’A FAIT QUE JUXTAPOSER DEUX COLONIES QUI, PAR LA CONQUÊTE EN COMMUN DU SELF GOVERNMENT, DEMEURENT LIBRES DE S’ADMINISTRER CHACUNE DANS SA ZONE. Ces chefs n’y voient qu’une espèce de juxtaposition de deux autonomies coloniales encadrant l’essentiel de la vie nationale du Canada-Français, dans le Canada-Est, et du Canada-Anglais, dans le Canada-Ouest, même si l’on gère en commun certains secteurs dits neutres, comme les finances publiques, la politique tarifaire, le commerce, les transports, la défense, la politique extérieure. C’est la fameuse doctrine de l’indépendance à deux, de la co-indépendance d’un peuple majoritaire et d’un peuple minoritaire à l’intérieur d’un même État.
Dès 1842-1846 et bien que sous le régime de l’union législative, on ne saurait trop le souligner, les Canadiens-Français se proclament libres « comme peuple ». Au prix de « longs et rudes travaux », ils se disent « entrés dans la terre promise ». Ce sont-là des expressions de l’époque. Les chefs canadiens-français se vantent d’avoir marché au premier rang de la conquête des libertés coloniales et d’avoir même montré la voie au Canada-Anglais. Les Canadiens-Français, qui au bout de leurs luttes ont été annexés et n’ont recueilli qu’une petite autonomie provinciale, affirment, dès les premières années de l’union législative, leur égalité politique avec la majorité canadienne-anglaise. Les Canadiens-Français n’ont-ils pas la maîtrise de la politique intérieure du Canada-Est ? Commode idéologie fédéraliste qui permet d’escamoter l’essentiel, c’est-à-dire de ne pas se rendre compte de l’annexion du Canada-Français au Canada-Anglais au plan politique.

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Bruno Deshaies209 articles

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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2 commentaires

  • Normand Perry Répondre

    7 juin 2007

    Comme vous avez raison monsieur Deshaies lorsque vous affirmez «Les indépendantistes devraient réagir aux circonstances, crier leur souffrance morale, se révolter, mais ne jamais baisser les bras, combattre avec réalisme et persévérance.»
    C'est ce cri incessant que je ne cesse de faire depuis que je suis chroniqueur sur cette tribune, ce fut particulièrement vrai dans trois textes majeurs : Götterdämmerung, La langue de l’histoire, Le cheval de Troie, et j'ai une impression d'être comme le baptiste criant son désarrois dans le désert sans que personne ne prête attention à sa vision d'avenir.
    Je vous dis qu'il faut être fort et têtu pour croire en un projet de société emballant, comme l'est la cause de l'indépendance nationale du Québec, pour vouloir persévérer contre vents et marées de son propre clan, et de conserver toujours indemne cette volonté d'acier de faire réussir un tel projet. C'est un peu comme le lanceur au baseball qui voit ses coéquipiers sur les diverses positions à l'intérieur du losange comme à l'extérieur, laisser toutes les balles passer comme dans un trou de fromage...
    Sommes-nous devenu à ce point entêté pour croire que nous sommes les seuls à avoir raison ?
    Normand Perry.

  • Archives de Vigile Répondre

    7 juin 2007

    On aurait aimé ça, avoir gagné le référendum de 1995, on aimerait ça être majoritaire au Canada et on aimerait ça que le Québec ait plus de pouvoirs exclusifs pendant que le fédéral serait limité dans ses pouvoirs de dépenser, mais...c'est pas arrivé comme ça.
    À mon avis et selon les sondages, s'il y avait un référendum demain, le OUI représenterait environ 40 % si la question fait mention d'une association ou d'un partenariat avec le Canada et 30 % si elle portait sur la souveraineté "indépendance" pure.
    Quand je vous lis : «L’autonomie externe, c’est pouvoir agir par soi-même, sans aucun autre pouvoir interposé, sans aucune autre collectivité interposée, avec les autres, avec les autres sociétés, cultures, nations, pays et le monde entier.», je me demande : Ça nous donnerait quoi au juste de plus l'autonomie externe ? De l'économie ou du culturel ? Pour faire plus d'argent et consommer plus ? Donner d'autres débouchés au Cirque du soleil ou à Céline ? Notre voix à l'ONU donnerait quoi de concret au juste vu que c'est les États-Unis qui y ont droit de véto et qui ont quand même attaqué l'Irak etc...?
    D'une façon ou d'une autre, si on était souverain, on choisirait probablement la monnaie canadienne ou américaine et d'autres postes de frontières avec l'Ontario et le Nouveau-Brunswick en plus de ceux existants avec les États-Unis.
    On est déjà souverain dans l'enseignement. Est-ce que nous en profitons assez et enseignons assez bien le français ? On pourrait commencer par ça vu que la souveraineté a pour but de préserver, entre autre chose, la langue française en Amérique.
    Tant que les Québécois ne se sentiront pas trop mal avec le fédéral les chefs souverainistes vont avoir beaucoup de difficultés à les convaincre à plus de 50 % de voter OUI à l'indépendance même si on leur sort l'histoire du Canada depuis 1534. En attendant, nous n'avons pas d'autres choix que de faire confiance en l'intelligence collective des Québécois qui prendront bien les décisions requises quand le temps viendra. Ils décideront si le PQ doit gouverner le Québec province ou que l'ADQ tente l'autonomie du Québec, y réussir ou s'y casser les dents sur le fédéral ou d'autres solutions à venir.