Citizen Johnson

1998


11 mars 1998

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Un Johnson quitte, un autre arrive! Eh oui. Voilà que Bill Johnson, illustre columnist à The Gazette, briguera la présidence d'Alliance Québec en mai prochain. Décidément on ne s'ennuie pas.
Réputé pour ses dénonciations incantatoires et passionnées de la loi 101 et des «séparatistes», Bill Johnson, 66 ans, se présente contre Constance Middleton-Hope, 70 ans. Parmi ses appuis, on compte le toujours aimable Howard Galganov, des membres du sympathique Parti Egalité et Billy Two Rivers, un gentil chef mohawk de Kahnawake. Sa popularité dans ces milieux anglos dits plus intransigeants pourrait lui être plus utile qu'on le croit.
Orateur efficace et armé d'une plume caustique, Bill Johnson ne laisse personne indifférent. On l'aime ou on ne l'aime pas. Et ceux qui l'aiment, l'aiment beaucoup. A sa conférence de presse, on le voyait devant une gigantesque affiche de lui-même titrée «Bill Johnson for President of Alliance Québec». L'image n'allait pas sans rappeler une des scènes les plus connues de Citizen Kane, le chef-d'oeuvre d'Orson Welles. «Citizen Johnson» à la rescousse de la communauté anglophone! Misère...
Peu couverte par les médias francophones, la nouvelle n'est pourtant pas banale. En fait, Bill Johnson a de bonnes chances d'être le prochain président d'Alliance Québec (AQ). Dans un contexte où les élites francos et anglos sont de plus en plus polarisées, son discours réputé plus dur ne ferait rien pour calmer la donne. Mais il aurait le mérite de la clarté et se démarquerait de certains leaders anglos plus traditionnels dont les doléances diffèrent peu des siennes, mais dont les méthodes plus racoleuses auprès du PQ et des médias les font passer, on ne sait trop comment, pour des «modérés». Parions qu'avec Bill Johnson à la tête d'AQ, le ministre André Boisclair serait gêné d'accorder 2000$ à cet organisme déjà amplement financé par Ottawa, tel qu'il le faisait l'automne dernier.
Décrivant sa communauté comme «diluée et dispersée, confuse, presque invisible, craintive et faible», M. Johnson énonce six «principes», dont «l'anglais est une des deux langues officielles du Québec». Il appelle aussi à la résistance «pacifique mais efficace» des anglos à toute souveraineté unilatérale par le biais de la désobéissance civile, si nécessaire, et de méthodes s'inspirant de Gandhi et de Martin Luther King. Une petite grève de la faim avec ça?
Désirant transformer AQ en une «large tente où tout le monde y trouve sa place», il dit vouloir oeuvrer à une «réconciliation historique» des anglos et des francos. Bill Johnson comme réconciliateur en chef? Jean Charest aurait de meilleures chances de réconcilier Bouchard et Mulroney! Ce qui n'est pas peu dire.
Bill Johnson en appelle à la «force collective» des anglos. Et c'est ici qu'apparaît la contradiction fondamentale véhiculée depuis 20 ans par leurs élites: la défense d'une collectivité masquée sous une argumentation faussement individualiste. Bill Johnson, comme d'autres avant lui, mène une lutte collective en cherchant à renforcer la communauté anglophone et la langue anglaise, et non les droits individuels. Un point c'est tout.
Partitionniste et pourfendeur de ce qu'il surnomme affectueusement les «suprémacistes» du français, Bill Johnson en a aussi contre les leaders anglos, trop mous à ses yeux. Le 8 juin 1991, M. Johnson écrivait déjà qu'AQ «n'est pas la voix du Québec anglophone même s'il reçoit 1,3 million de dollars du fédéral pour maintenir cette illusion».
Aujourd'hui, il se présente à sa présidence et amène avec lui des compagnons de route qui, craignant de ne pouvoir faire élire des députés du Parti égalité, se cherchent un créneau plus douillet. Et quoi de plus confortable qu'un organisme déjà rondement financé par Ottawa, possédant ses entrées jusqu'au gouvernement Bouchard et considéré à tort comme le porte-parole officiel des Anglo-Québécois?
Certains diront que la candidature de M. Johnson est un épisode de plus dans la présumée lutte entre anglos durs et mous, entre les hard-liners et le lamb lobby. Pourtant depuis le référendum, la plupart des leaders anglos sont tout sauf, «mous»,! Même sous la présidence de Mme Middleton-Hope, AQ appuie le renvoi à la Cour suprême sur le droit à l'autodétermination, un des éléments centraux du plan B fédéral.
Le fait est que plus on approche d'un possible troisième référendum, plus il faut chercher longtemps pour trouver ces fameux leaders anglos «modérés». Toutefois, Dieu sait qu'il y en a des anglophones hors de ces élites - et plus qu'on ne le croit! -, qui ne peuvent s'identifier aux saints martyrs professionnels leur tenant heu de porte-parole et ce, quelle que soit leur opinion du PQ ou de la loi 101. Le non-renouvellement de leurs élites, un problème dont souffrent aussi les francophones, pèse de plus en plus chez les plus jeunes qui, comme le journaliste Peter Scowen, réussissent à débattre de leurs idées sans crier à la persécution. Qui parlera pour ces jeunes, francos et anglos, dont le discours diffère de celui de leurs élites respectives? Sûrement pas Bill Johnson...
Si Bill Johnson est élu, ce renouvellement, du moins, à la tête d'Alliance Québec, continuera encore une fois à se faire attendre. Bref, ce sera la continuation du vieux refrain de la victime persécutée par les méchants séparatistes. Cependant, avec Johnson, il y aurait une différence de taille: le ton et les méthodes d'action changeraient sûrement de manière radicale. Comme disait Bette Davis: attachez vos ceintures, ça va brasser!
Quant à cette fameuse «réconciliation historique», Citizen Johnson et ses disciples galganoviens feraient mieux de repasser. Les Québécois, francophones et anglophones, n'ont quand même pas de poignées dans le dos...


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