Chicane de famille

1998


20 mai 1998
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Ça se corse chez Alliance Québec! La course à la présidence entre Constance Middleton-Hope et William Johnson a pris la forme d'une grosse chicane de famille. Comme un tremblement de terre - ou l'arrivée de Godzilla! -, la candidature de William Johnson a durement secoué cet organisme fédéraliste grassement financé par Ottawa.
C'est que Johnson - vu par ses disciples comme la Jeanne-d'Arc des anglos - propose une approche nettement plus proactive pour mieux lutter contre le PQ et élargir encore l'espace occupé par l'anglais. Résultat: les dirigeants d'Alliance Québec (AQ) le dénoncent comme un radical pas gentil du tout du tout. Les médias ont d'ailleurs repris ce spin concocté par la direction d'AQ voulant que la lutte entre Middleton-Hope, la présidente sortante, et Johnson, soit une chicane entre modérés et radicaux, entre bons et méchants - un stéréotype dont les médias usent pour tout et pour rien et qui, trop souvent, leur tient lieu d'analyse. Mais quelle erreur!
Le fait est que cette lutte porte sur la méthode à employer pour mieux combattre le PQ et la loi 101 et non sur le principe même d'une lutte à laquelle souscrivent la plupart des leaders anglos. Le désaccord ne porte pas sur le sexe radical ou modéré des anges. Il oppose l'approche plus dure de Johnson et celle plus douce mais plus insidieuse de Middleton-Hope et de ses prédécesseurs. C'est la forme qui fait problème ici et non le fond. (Rappelons, par exemple, que Middleton-Hope, sans se gêner pour dénoncer le partitionnisme de Johnson, a elle-même signé dans la petite ville de Hudson une pétition allant dans ce sens.)
Pour mieux comprendre cette chicane qui porte sur la forme et non le fond, il faut savoir comment fonctionne l'establishment d'AQ. Depuis sa création en 1982, Alliance Québec a remporté ses victoires politiques en recourant, en plus de ses poursuites devant les tribunaux, à des tactiques plus discrètes de jeux de coulisses et d'influence auprès des gouvernements péquistes et libéraux. Pour ce faire, AQ a tout d'abord dû se présenter comme le porte-parole officiel des Anglo-Québécois. Ce qui fut aisé puisque sa création même avait été encouragée par des membres influents du gouvernement Lévesque qui préféraient avoir un seul interlocuteur anglophone devant eux plutôt que la multitude de petits groupes anglos qui poussaient comme des champignons depuis l'élection du PQ en 1976. Et lorsque le PLQ sera élu en 1985, ses liens naturels avec AQ faciliteront encore plus la satisfaction de la plupart de ses revendications et plusieurs membres connus d'AQ se feront élire au PLQ.
Depuis ce temps - à l'exception d'une période plus «sèche» sous le gouvernement Parizeau -, AQ a bénéficié de l'oreille attentive de ministres, premiers ministres et conseillers, péquistes et libéraux.. Par exemple, c'est de cette manière qu'AQ a obtenu du gouvernement Lévesque, sous son second mandat, la première série de modifications affaiblissant la loi 101. C'est également ainsi qu'en 1986, AQ obtenait du gouvernement Bourassa l'adoption de la loi 142 permettant la bilinguisation de certains services de santé dans des institutions francophones. Depuis ce temps, le petit train d'AQ va loin, si l'on en juge par le démembrement avancé de la loi 101. Cette méthode plus discrète de jeux de coulisses a donc porté ses fruits. Le problème est que pour Johnson, ces fruits ne sont pas encore assez gros!
Ce n'est donc pas entre «modération» et «radicalisme» que se joue cette course. C'est entre ceux qui préfèrent oeuvrer patiemment dans les coulisses du pouvoir et ceux qui veulent gueuler au grand jour. Ce ne sont pas tant les positions de Johnson qui horripilent le clan Middleton-Hope que sa manière de faire qu'il voit comme trop dangereuse. On craint que la manière dure de Johnson rebute les francophones, contribuant ainsi à hypothéquer les victoires passées d'AQ, à affaiblir son influence auprès des libéraux et péquistes, à remobiliser le camp souverainiste par effet de provocation et à diviser les fédéralistes en embarrassant le PLQ et son nouveau messie.
C'est pour toutes ces raisons que le clan Johnson fait couler des rivières de sueurs froides sur le front des dirigeants d'AQ. Mais ce n'est pas tout. Prisonnier d'un système de votation par délégués dont les règles tendent à favoriser la réélection du président sortant, Johnson a néanmoins réussi un triple exploit. Primo: il a balayé la presque totalité des délégués de la grande région métropolitaine. Secundo: il a amené entre 1000 et 1500 de ses fans à se joindre à AQ dont le membership végétait autour de 4000. Tertio: il a dénoncé, avec succès et raison, ces mêmes règles favorisant le président sortant. Parions que ce service qu'aura rendu Johnson obligera Alliance Québec à revoir enfin ses règles électorales afin de les rendre plus équitables.
Mais que Johnson soit élu ou non - sans ces règles byzantines, il le serait assurément -, plus tien ne sera jamais pareil dans le petit train d'Alliance Québec. La chicane de famille laissera des traces, c'est certain! Ou Johnson devient président et je laisse le reste à votre imagination. Ou Middleton-Hope est élue par la peau des dents et se retrouve avec plus de l000 nouveaux membres johnsoniens qui envahiront les exécutifs de ses chapitres locaux.
Bref, même sans Johnson, cette pression interne fera qu'Alliance Québec, tôt ou tard, devra sortir plus souvent des coulisses du pouvoir pour montrer sa vraie nature au grand jour. Comme quoi les chicanes de famille ont parfois leur utilité...
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N. B. Ne manquez surtout pas le seul débat qui aura lieu entre Johnson et Middleton-Hope (cette dernière, qui n'aura pas brillé par sa hardiesse, avait refusé jusqu'à maintenant de débattre avec son concurrent). Il aura lieu le 28 mai sur les ondes de CJAD à l'émission de Tommy Schnurmacher, quelque part entre 10h et midi.


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