Casse-tête en 3D

2005


jeudi 27 janvier 2005
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Le remaniement ministériel manqué de janvier 2002 avait marqué le début de la fin pour Bernard Landry. Mal planifié, mal géré, mal présenté, il avait renforcé les doutes sur sa capacité de chausser les bottes de Lucien Bouchard. Il ne s'en était jamais vraiment remis.
Hier en conférence de presse, M. Landry a eu la décence de ne pas faire la leçon à Jean Charest. Un jour ou l'autre, le premier ministre devra bien se résoudre à remanier son cabinet, mais il ne peut pas se permettre de rater son coup. Dans moins de trois mois, son gouvernement arrivera à mi-mandat. D'ici les prochaines élections, il ne pourra brasser sérieusement la cage qu'une seule fois.
En ouvrant la porte à un remaniement, vendredi dernier, M. Charest avait lui-même fait monter la pression créée par l'affaire des subventions aux écoles privées juives, mais il n'en est pas à quelques semaines près. La panique est rarement bonne conseillère. Hier, il a voulu se donner le temps de réfléchir à tête reposée et alléger un climat dont la lourdeur risquait de paralyser son gouvernement.
On ne se rend pas toujours compte à quel point l'exercice peut être complexe. Les ministres ne sont pas de simples pions qu'il suffit de déplacer. Les conséquences d'un remaniement sont multiples, aussi bien à l'interne que sur le terrain. Il ne sert à rien de régler un problème si c'est pour en créer deux. C'est un peu comme un cube Rubik, dont toutes les faces doivent s'harmoniser.
Il y a peu de risques que M. Charest engraisse son cabinet jusqu'à le rendre obèse, comme M. Landry l'avait fait, mais la tendance naturelle d'un conseil des ministres est de grossir avec le temps. Renvoyer sur les banquettes arrière ceux dont on est insatisfait pour faire place au sang neuf est toujours ce qu'il y a de plus difficile, aussi bien sur le plan humain que sur le plan politique.
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En 2002, le départ fracassant de trois ministres avait forcé la tenue d'élections partielles. Le PQ en avait perdu deux sur trois au profit de l'ADQ, qui en avait tiré un tel élan que Mario Dumont avait pu sérieusement croire à ses chances de devenir premier ministre.
Le PLQ courrait aussi de sérieux risques si les principaux candidats à une rétrogradation décidaient de claquer la porte. Il perdrait presque à coup sûr Laviolette, où les électeurs libéraux ne digéreraient pas que Julie Boulet soit exclue du cabinet.
Dans Orford, on ne pleurerait pas longtemps Pierre Reid, mais une élection partielle est l'occasion idéale d'exprimer son mécontentement à l'endroit du gouvernement, même dans un comté réputé sûr. Qui aurait cru que Denis Paradis, dont la circonscription fédérale de Brome-Missisquoi recoupait en grande partie Orford, serait battu par le candidat du Bloc québécois en juin dernier? Les libéraux d'Orford pourraient très bien imiter ceux de Laurier-Dorion et rester chez eux. Seul Jacques Chagnon pourrait être sacrifié sans créer trop d'inquiétude au PLQ dans Westmount-Saint-Louis.
L'automne dernier, le gouvernement semblait avoir réussi à stopper sa dégringolade dans l'opinion publique et même à entreprendre une lente remontée. Les gaffes de ce début d'année l'ont cassée net. Permettre au PQ de se refaire une santé à la faveur des partielles serait maintenant la dernière chose à faire.
La dynamique interne au gouvernement constitue un autre aspect du problème. Dans l'affaire des écoles privées juives, Pierre Reid et Jacques Chagnon ont passé pour des innocents parce qu'ils ont obéi aux ordres du premier ministre. Les exclure du cabinet enverrait un bien mauvais message à leurs collègues. Assez ironiquement, cette considération leur épargnera peut-être la sanction que l'ensemble de leur oeuvre devrait normalement leur valoir.
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Depuis le 14 avril 2003, l'action du gouvernement Charest a été marquée par l'improvisation. Ce dont il a le besoin le plus urgent, c'est une direction claire. Il va de soi que les incompétents doivent être remplacés, mais cela ne constitue pas un plan. Peu importe quand le remaniement aura lieu, il doit avoir une signification.
Si le premier ministre n'est pas en mesure de se présenter à l'Assemblée nationale à la mi-mars avec un discours inaugural qui donnera enfin l'impression qu'il sait où il va, chambarder le conseil des ministres ne rimera à rien. Dans la perspective des prochaines élections, il doit identifier les dossiers qui lui apparaissent prioritaires et choisir ensuite les personnes qui lui apparaissent les plus aptes à les régler.
Par exemple, les négociations avec les syndicats du secteur public constituent une échéance incontournable. S'il mise sur un affrontement, Monique Jérôme-Forget est sans contredit la personne tout indiquée. Si une approche plus souple lui semble préférable, Jean-Marc Fournier, qui a su limiter les dégâts dans le cas des défusions, pourrait être l'homme de la situation.
Traditionnellement, le développement économique a été la marque de commerce du PLQ, jusqu'à ce qu'il se la fasse voler par Bernard Landry. Depuis, le discours économique des libéraux consiste essentiellement à dénoncer ses mauvais coups, qu'il s'agisse de la SGF, de la Caisse de dépôt ou encore de la Gaspésia.
Si le premier ministre avait lui-même une quelconque crédibilité en la matière, Michel Audet, qui a été un bon sous-ministre, pourrait voir à l'intendance, mais ce n'est certainement pas lui qui va réintroduire dans l'esprit des Québécois l'idée voulant que voter libéral constitue une sorte d'investissement dans le développement. Mais que faire de ce brave homme?, demanderez-vous. Ce sont précisément des questions de ce genre qui ont dû inciter M. Charest à poursuivre sa réflexion.
mdavid@ledevoir


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