2005 orientera l'avenir au chapitre de l'environnement

2006 textes seuls

L'année 2005 aura été plus que d'autres une année charnière au cours de laquelle des choix majeurs, bons ou mauvais, auront été faits, qui engagent le Québec et le Canada pour des années à venir au plan environnemental.
Quatre dossiers majeurs auront fait l'objet de décisions majeures: la forêt, l'eau, l'agriculture et la gestion des gaz à effet de serre sous l'empire du protocole de Kyoto.
Le rapport Coulombe sur l'avenir de la forêt a été publié 15 jours avant le début de 2005. Mais c'est durant l'année écoulée que la réforme préconisée s'est mise en marche avec des heurts plus ou moins prévisibles. La commission a établi que notre forêt est surexploitée et que ses écosystèmes sont menacés à plusieurs égards. Elle a donc recommandé une révision en profondeur du «calcul de la possibilité forestière», un calcul qui détermine ce qu'on peut couper sans entamer le capital. Ce calcul, a poursuivi la commission, doit être placé sous l'autorité d'un forestier en chef - désormais créé par loi - et d'ici la révision de l'évaluation de la productivité de nos forêts, la commission recommandait de réduire de 20 % la «possibilité forestière» officielle, ce qui a déclenché de vives protestations dans certaines régions, attisées par des élites locales à courte vue qui ont fait comme si cette recommandation ne visait pas à assurer prioritairement la pérennité de la ressource.
Les réactions en région ont aussi été amplifiées par les «rationalisations» de plusieurs papetières et scieries, qui en ont profité pour réduire leurs opérations en raison de la crise du bois d'oeuvre et de l'intégration plus poussée de leurs activités. Mais elles en ont profité pour imputer les pertes d'emplois aux réductions des allocations de bois préconisées par la commission, une désinformation amplifiée par les interventions d'anciens ministres péquistes des Richesses naturelles, qui ont été en partie responsables du déséquilibre constaté par la commission.
La réforme se poursuit avec une direction renouvelée au MRNF. On ne voit pas encore les fruits de cette réforme mais il est certain qu'en 2006, l'heure des comptes sonnera. Les retards du Québec en matière d'aires protégées, toujours importants, vont continuer d'offrir un bon barème de la volonté de changement du gouvernement dans ce domaine.
Kyoto
Mais 2005 restera dans les livres d'histoire comme l'année où le protocole de Kyoto a pris force de loi avec sa ratification par la Russie en février. Et c'est aussi l'année où il aura démarré avec la ratification, à la conférence internationale de Montréal au début de décembre, des accords de Marrakech sur ses règles de fonctionnement. On retiendra que c'est à la même conférence que les 39 pays de l'annexe I, commis à réduire les GES de 5,2 % d'ici 2012, ont amorcé les négociations sur les réductions post-2012, ce qui engage l'humanité dans une reprise de plus en plus irréversible du contrôle du climat, s'il n'est pas déjà trop tard, comme le craignent plusieurs scientifiques. La conférence de Montréal a aussi permis un rapprochement plutôt théorique avec les États-Unis, mais un rapprochement tout de même avec la communauté de Kyoto. Et la conférence de 2005 aura lancé le débat sur l'éventuel engagement dans la bataille du climat des pays émergents, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, dont les émissions en croissance pourraient annuler tous les efforts consentis jusqu'ici et à venir.
La grande et la pire inconnue demeure l'attitude des États-Unis, dont l'administration Bush refuse tout engagement sous l'empire de Kyoto alors que les ouragans dévastent chaque année davantage ce pays et que des régions entières y sont aux prises avec des sécheresses de plus en plus graves. Effet pervers de Kyoto ou pas, plusieurs pays se tournent désormais vers le nucléaire pour réduire leurs émissions, ce qui est le cas de l'Ontario à nos portes.
Au Canada, où le plan de match national a été dévoilé en avril, on s'en tient à des mesures volontaires pour réduire nos émissions de 234 millions de tonnes de GES sur les 270 mégatonnes qu'il faudra soustraire de notre bilan d'ici 2012. Ce que la bonne volonté ne fera pas, le contribuable le paiera pour que le Canada maintienne ses engagements. Facture anticipée pour reporter après 2012 le travail à faire: 10 milliards, qu'Ottawa est confiant d'avoir en poche grâce sans doute aux bienfaits du déséquilibre fiscal.
Pendant tout ce temps, au Québec, on n'a pas encore divulgué l'ébauche d'une simple stratégie de lutte contre les changements climatiques, encore moins un plan avec des objectifs, des dates et des projets. Peut-être dans le prochain programme électoral libéral... Entre-temps, Québec projette de nouvelles autoroutes: à Montréal avec la 25, dans la réserve des Laurentides entre Québec et Chicoutimi, dans l'Outaouais entre Lachute et Gatineau et, depuis peu, entre Saint-Jean et les États-Unis, sans parler du raccordement de la 30 qui a fait l'objet d'une audience houleuse. Ces projets ont d'ailleurs conduit le milieu écologiste québécois au point de rupture dans ses rapports avec Québec même s'il a chaudement applaudi, en juillet, la nouvelle commande de 2000 mégawatts en énergie éolienne, plus que les écologistes n'auraient osé le réclamer.
L'eau
Un débat de fond, qui engage l'avenir du Saint-Laurent, a eu lieu en 2005 mais en marge des Québécois. Il s'agit du débat sur les dérivations et ponctions majeures d'eau dans les Grands Lacs, qui s'est soldé au début de décembre par l'annonce d'une entente entre huit États américains, le Québec et l'Ontario. L'entente en question, qui doit être signée sous peu, n'empêchera pas d'ici un an ou deux de sortir de leur léthargie les États centraux assoiffés, qui lorgnent non seulement l'eau des Grands Lacs, mais aussi sur les réserves d'eau canadiennes en général.
Mais le Québec a néanmoins été confronté cette année à d'autres facettes du dossier de l'eau, ne serait-ce qu'indirectement par le projet de loi sur le développement durable. Par son projet de loi 118, le gouvernement entend inculquer une vision environnementale aux organismes gouvernementaux et aux sociétés d'État. Mais son projet de loi omet de hiérarchiser les 16 principes que l'administration gouvernementale devra «prendre en compte», mettant sur le même pied «l'efficacité économique», la «préservation de la biodiversité» et le «respect de la capacité de support des écosystèmes». Il n'est sans doute pas un projet hydroélectrique, de centrale thermique ou de forage pétrolier dans le golfe, voire de dérivation de rivière qui ne passerait le test d'un pareil texte législatif, qui laisse place à tous les dosages, à toutes les interprétations. Il serait beaucoup plus efficace, consensuel et transparent d'en revenir à la promesse du Parti québécois en 1994, en vue d'exiger une évaluation environnementale et une audience publique pour chaque politique et programme gouvernemental sous une autorité indépendante comme le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Pour l'instant, le PQ, pourtant dirigé par un ancien ministre de l'Environnement, semble sur le point d'appuyer la loi 118.
La fin du moratoire sur la production porcine, à la mi-décembre, suscite d'autres inquiétudes pour les cours d'eau déjà mal en point de la vallée du Saint-Laurent. Jusqu'ici, deux verrous protégeaient les cours d'eau contre la pollution d'origine agricole: chaque ferme devait avoir un plan agroenvironnemental où les épandages se limitaient, en principe, aux besoins des plantes. Mais dans les régions déjà en surplus d'azote et de phosphore, aucune augmentation importante de cheptel n'était possible. Québec a fait sauter ce deuxième verrou il y a 15 jours pour s'en tenir désormais au contrôle ferme par ferme, soit la politique en vigueur en 1981, dont toutes les analyses ont démontré l'échec retentissant. Sans doute que l'«efficacité économique» de notre agriculture permet de pousser dans le fossé quelques «écosystèmes» dont dépendent une espèce menacée comme le chevalier cuivré dans le Richelieu...
Les milieux humides, un volet souvent négligé des cours d'eau qu'ils épurent, ont pris une importance nouvelle dans les médias. Qu'il s'agisse du boisé du Tremblay à Longueuil, un des derniers bastions biologiques d'une espèce menacée comme la rainette faux-grillon, ou des tourbières de Saint-Anicet ou encore des remblaiements à Laval, le dossier exige de Québec une cohérence minimale avec sa philosophie de développement durable. Et cela va de pair avec l'inquiétant verdict posé par l'ONU, le 30 mars, dans un rapport qui établit que 60 % des écosystèmes les plus productifs de la planète, dont les milieux humides, sont menacés et dans certains cas, de façon irréversible.
Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, a émis une première ordonnance de restauration d'un milieu humide contre un promoteur de Laval et promis une politique de protection de ces milieux pour l'automne, qu'on n'a pas vue encore. Son ministère a relevé dans l'année écoulée quelque 25 000 milieux humides au Québec, dont 5000 seraient éventuellement protégés en raison de leur importance. Mais la question se pose: est-ce que le fait d'abandonner les 20 000 autres à leur sort ne participe pas à ce saccage systématique dénoncé par l'ONU?
Enfin, deux autres dossiers touchant cette fois le golfe Saint-Laurent soulèvent d'importantes questions: trois projets de ports méthaniers se profilent dans le golfe et ses tributaires, que les gouvernements n'arrivent pas à examiner comme un tout, contre toute logique environnementale. Cet essor en vue d'un combustible fossile au Québec va de pair avec les projets d'exploration des fonds marins du golfe pour y découvrir du pétrole et du gaz, des activités qui pourraient compromettre plusieurs volets de la vie aquatique.
Mais c'est en 2006 que la plupart de ces dossiers vont se concrétiser et nous faire savoir, cette fois par leurs impacts tangibles et non par anticipation, si le gouvernement engage le Québec dans la voie d'un véritable développement «viable» ou si le vieux mode de développement qui a la vie dure - c'est sans doute pourquoi on le dit «durable» - va continuer de s'imposer avec de nouveaux habits.


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