Une langue de trop

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Le nationalisme canadien-anglais se sert des revendications minoritaires pour attaquer le Québec

On s’en doutait, mais on constate que, parmi les militants antiracistes ayant réclamé l’annulation de la pièce SLAV, il se trouve une frange hostile au fait français.


Toutes les diversités ne sont pas bonnes, selon ces défenseurs d’un monde où nous devrions tous célébrer nos différences, pour autant que ce soit en anglais. En effet, le collectif SLAV-Resistance exigeait la semaine dernière que le seul État d’Amérique du Nord dont la langue officielle est le français traduise sa politique culturelle en anglais.


Quelques jours avant la controverse entourant la pièce, l’auteure Marilou Craft, qui critique sa création depuis longtemps, se trouvait sur les ondes de la Première Chaîne pour parler de cette politique. Elle déplorait que celle-ci priorise la production culturelle en français, laissant ainsi de côté les anglophones et les immigrants.


Comme s’il leur était interdit de s’approprier eux-mêmes cette langue. On les incite plutôt au contraire, en fait.


Des nuances


Pour certains, même les libéraux sont trop nationalistes, ce qui n’est quand même pas peu dire. On trouve manifestement qu’une seule juridiction sur ce continent à faire la promotion du français, c’en est déjà une de trop.


C’est la nouvelle alliance qu’il faudra suivre, au cours des prochaines années. Celle qui unit les institutions dominantes anglo-saxonnes aux guerriers de la justice sociale pour en finir une fois pour toutes avec cette minorité prétentieuse qui souhaite vivre l’Amérique autrement. Le néo-colonialisme appliqué à son meilleur.


Beaucoup de ces gens disent avoir choisi Montréal pour sa diversité, sa créativité et son ouverture d’esprit. Ça ne les pousse pourtant pas à s’intéresser à la culture québécoise d’expression française et à se rendre compte que s’il y a quelque chose de si spécial ici, c’est peut-être justement parce que nous sommes différents.


Ils ne savent pas trop quoi faire avec les Québécois, ceux-là. Cette majorité sur son territoire qui est aussi une infime minorité sur ce continent empêche de jouer à la guerre culturelle dans tout son manichéisme. Ça force à des nuances, ce que les radicaux n’aiment pas.


Bâtir des solidarités


Les Canadiens français n’ont pas connu l’esclavage, mais ils ont vécu une exploitation qui porte toujours à conséquence. En 2018, les Québécois sont moins diplômés, accèdent moins à la propriété et sont relativement moins riches que les autres Canadiens.


En outre, les tribunes canadiennes-anglaises les plus prestigieuses continuent d’ouvrir leurs pages à des nostalgiques des parades orangistes comme Martin Patriquin, qui aime bien vomir des faits alternatifs sur le Québec. Les francophones forment la seule minorité dont on peut dire du mal sans que ça scandalise les élites.


Dans ce contexte, faut-il s’étonner qu’un député autochtone combatte le bilinguisme, le présentant comme une institution coloniale ? Certains préfèrent choisir leur oppresseur que de bâtir des solidarités avec ceux qui n’auraient pas été assez opprimés pour prétendre avoir des droits eux aussi.


Ce n’est pas d’hier qu’il y a une langue de trop dans ce pays où la diversité ne se vit qu’en anglais. Et, comme toujours, les opprimés suivent la partition écrite pour eux par cette logique anglo-saxonne qui a toujours su diviser pour mieux s’imposer.