Une fronde s'organise pour chasser Boisclair

Louise Harel travaillerait en sous-main pour permettre à Gilles Duceppe de prendre la relève sans course au leadership

PQ - leadership en jeu - la tourmente

Québec -- Une fronde s'organise de toutes parts au sein des troupes péquistes afin de forcer le chef du Parti québécois, André Boisclair, à se soumettre à un vote de confiance le plus rapidement possible, un vote qu'il risque fort de perdre dans l'état actuel des choses.

«On ne peut pas aller à la prochaine élection avec M. Boisclair comme chef. Pour moi, c'est évident», estime André Beaulieu, président de l'association péquiste de la circonscription de Saint-Laurent.
Lors d'une réunion lundi dernier, l'association régionale de Montréal-Ville-Marie a discuté d'une proposition voulant que le congrès national, où André Boisclair doit faire face à un vote de confiance, ait lieu au plus tard le printemps prochain. Samedi dernier, le comité exécutif avait proposé que le congrès national ait lieu en septembre 2008 plutôt qu'à l'automne 2009, comme le prévoient les statuts du parti. Cette proposition, comme celles qui proviendront des associations de comté, sera débattue lors de la conférence des présidents du PQ, le 26 mai.
«Il y a des présidents qui veulent un vote de confiance tout de suite, d'autres veulent le printemps 2008», a indiqué le président de Montréal-Ville-Marie, William Fayad. Lors d'une réunion le 10 mai, l'association péquiste votera sur cette question en vue de la conférence des présidents.
Plusieurs associations de comté et plusieurs députés aussi souhaitent que l'abcès du vote de confiance soit rapidement crevé. Un congrès national en septembre 2008, «c'est beaucoup trop loin», estime André Beaulieu, qui évalue que les deux tiers des présidents de comté de Montréal-Ville-Marie partagent son avis.
Le président de l'association de Crémazie, Maxime Barakat, suggère même qu'André Boisclair se soumette à un vote de confiance par la poste plutôt que d'organiser un congrès national, qui coûte environ
500 000 $. «C'est une démarche responsable. On est un troisième parti sur l'échiquier politique québécois. Nous n'avons pas l'argent et nous allons avoir de la misère à en ramasser», a-t-il dit.
Pour M. Barakat, un vote de confiance tenu rapidement, c'est la seule façon pour André Boisclair «d'asseoir» son leadership. «C'est le dernier de mes soucis si ce gars-là reste ou part. Je ne suis pas contre Boisclair», a-t-il avancé. Un vote de confiance, «ça veut dire qu'il va se renforcer politiquement. Il est fragile politiquement aujourd'hui. Nous ne pouvons pas cacher le fait qu'il y a de la grogne», a-t-il ajouté.
Chose certaine, André Boisclair n'a pas l'autorité politique requise pour changer le programme du parti et transformer le PQ, comme il le projette, juge-t-on. Le chef péquiste souhaite tenir un conseil national en octobre, lors duquel il entend déposer ses propositions sur de nouvelles orientations pour le PQ. «Il met la charrue devant les boeufs. Il faut qu'il passe le test des militants avant», estime M. Barakat.
«C'est une démarche absolument contre-productive pour le parti. De toute façon, André Boisclair n'est pas en mesure de nous proposer quoi que ce soit», a fait valoir M. Beaulieu.
La fronde se prépare aussi au sein de son propre caucus. Plusieurs députés -- les noms de François Legault, Sylvain Pagé, François Gendron, Claude Cousineau et Serge Deslières ont circulé -- souhaitent la tenue d'un vote de confiance avant l'échéance de septembre 2008, bien lointaine compte tenu du contexte de gouvernement minoritaire et la perspective d'élections dans 12 ou 18 mois.
D'autres croient qu'un vote de confiance est inutile et que M. Boisclair doit tout simplement tirer sa révérence. Selon nos informations, Louise Harel travaillerait en sous-main auprès des députés et des militants pour permettre au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, un ami de longue date, de succéder à André Boisclair en faisant l'économie d'une course à la direction.
Dans les pages du Devoir d'hier, [Denis Lazure, ancien ministre du gouvernement Lévesque, sonnait la charge->6359] en demandant au chef péquiste d'avoir «le courage et l'élégance» de démissionner. «De grâce, M. Boisclair, ne soyez pas l'artisan d'une autre mise en veilleuse du projet souverainiste», écrivait M. Lazure en faisant allusion à la volonté d'André Boisclair de changer les orientations du parti. «J'exprime ce que beaucoup de militants pensent», a livré M. Lazure au Devoir hier. André Boisclair «ne passe pas la rampe avec le grand public. Aux prochaines élections, s'il reste, la défaite sera encore plus cuisante pour le parti», a-t-il prédit.
M. Lazure n'a guère prisé que M. Boisclair reproche à son prédécesseur, Bernard Landry, d'avoir cédé sur le contenu du programme péquiste pour sauver son leadership. «C'est de la foutaise et c'est injuste pour M. Landry», s'est insurgé l'ancien ministre. M. Lazure est un ami personnel de M. Landry. «On se parle à chaque semaine», a dit M. Lazure, qui a précisé que M. Landry n'avait pas vu sa lettre ouverte avant qu'elle ne soit publiée.
Dans une lettre qu'il a fait parvenir aux présidents des associations de comté et dont Le Devoir a obtenu copie, André Beaulieu fait état des erreurs commises, selon lui, par le parti lors de la dernière campagne électorale, à commencer par le choix du chef et de son entourage. Le président du comté de Saint-Laurent critique le choix du slogan de la campagne: «Reconstruisons notre Québec». «Dans tous nos rassemblements, les militants scandaient "On veut un pays" et non pas "On reconstruit le Québec". Cette incohérence a été bien sentie par la population.»
M. Beaulieu s'en prend au «virage à gauche toute» amorcé par André Boisclair à la toute fin de la campagne. Il accuse le chef d'avoir voulu ainsi favoriser son bras droit, Nicolas Girard, qui affrontait Françoise David, de Québec solidaire, dans le comté de Gouin. «Cela a eu comme conséquence de ''scraper" le 450», Joliette, Trois-Rivières et la région de Québec, juge le militant.


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