Une énergie nécessaire

Hydroélectricité - développement et exportation

Comme il fallait s'y attendre, la pelletée de terre annonçant le début des travaux de dérivation partielle de la rivière Rupert dans le but d'en tirer 8,5 TWh (térawattheures, ou milliards de kilowattheures) d'électricité par année à l'horizon 2015 ne fait pas l'unanimité. Mais comme toutes les sociétés, le Québec n'a pas le choix: il doit opter pour la forme d'énergie la moins chère, qui est aussi la mieux adaptée à son environnement. Pour nous, c'est encore l'hydroélectricité.
La dérivation partielle de la rivière Rupert ajoutera progressivement jusqu'à 900 MW de puissance hydroélectrique à partir de 2010. C'est beaucoup, certes, mais ce n'est pas le seul projet en cours ou prévu par Hydro-Québec, dont les investissements atteignent autant que quatre milliards chaque année. Ainsi, Hydro aura grossi son parc de centrales hydroélectriques d'un bloc supplémentaire de 1055 MW de puissance d'ici 2014 grâce aux projets Eastmain 1, Péribonka et quelques autres, sans compter les 4000 MW de source éolienne déjà annoncés. Puis, pour plus tard, Hydro compte sur ce qu'elle appelle un «portefeuille de projets» de 4500 autres MW qu'il reste à confirmer.
La Rupert n'est donc pas le dernier projet hydroélectrique, mais il s'agit du plus gros projet réalisable à un coût de 0,05 $ le kWh. En fait, comme les chiffres le montrent bien et contrairement à l'impression laissée par les interventions des derniers jours, c'est l'éolien qui a le vent dans les pales au Québec. Or ces moulins à vent des temps modernes sont loin de faire l'unanimité là où ils flirtent avec les nuages. Et on n'a encore rien vu puisqu'il y en aura partout dans le paysage du Québec d'ici une dizaine d'années.
Comme tous les projets hydroélectriques, celui de la Rupert comporte des inconvénients sérieux. On pourrait les éviter en choisissant une des autres filières qui existent (nucléaire, thermique, etc.), mais toutes présentent leur lot de problèmes, généralement plus graves encore. Même la filière de l'efficacité énergétique exige des augmentations de tarifs rapides et élevées que personne ne souhaite. De toute façon, à huit TWh d'économies annuelles déterminées à l'horizon 2015, soit l'équivalent du projet de la Rupert, il faut admettre que l'objectif d'Hydro est à la fois réaliste et ambitieux.
Certains auraient souhaité qu'on accélère encore le développement de l'éolien. Or, compte tenu de la nouveauté de cette filière pour le Québec et des 4000 MW projetés, le bon sens recommande la prudence. D'autant que l'énergie produite avec le vent est irrégulière, qu'elle exige la production d'électricité d'autres sources pour assurer la continuité des livraisons et qu'au bout de 25 ans, il faudra bien remplacer ces machines au prix du moment.
Malgré des investissements de cinq milliards de dollars, le projet de la Rupert sera rentable. Dans la mesure, bien sûr, où l'électricité sera vendue à un prix supérieur aux 0,05 $ le kWh qu'elle aura coûté! Qu'on la vende aux Ontariens pour qu'ils ferment des centrales au charbon ou aux Québécois dont la consommation continuera de croître, nous en profiterons tous dans les deux cas grâce à la fiabilité des approvisionnements, aux tarifs raisonnables et à l'augmentation des revenus pour l'État.
En revanche, il faut rester vigilant, non seulement en exigeant le respect des normes environnementales mais aussi en s'opposant aux politiciens qui proposent de brader cette ressource à vil prix pour satisfaire l'appétit des alumineries, comme on vient encore de le faire avec Alcan.
En matière de production d'énergie, aucune solution n'est idéale, pas même l'éolien. Mais de toutes les formes d'énergie, c'est encore l'hydroélectricité produite à grande échelle, comme c'est le cas au Québec, qui présente la plus grande assurance d'un développement durable à long terme.
j-rsansfacon@ledevoir.com


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