Un divorce avec violence

DUI - Référendum - Kosovo (17 février 2008), Soudan (janvier 2011)

Le divorce du Kosovo et de la Serbie a eu lieu dans l'allégresse pour les Kosovars qui attendaient ce moment depuis longtemps. On doit cependant dire que ce n'est pas un divorce facile et que le monde entier croise les doigts pour que la paix s'installe enfin entre ces deux peuples.

Ici, la réaction a été immédiate chez les chroniqueurs et les politiciens. Ils ont senti le besoin de nous réexpliquer que «le Québec, ce n'est pas le Kosovo». Il y a eu un grand frisson à Ottawa et une hésitation quant à l'attitude à afficher. Fallait-il faire partie des pays qui reconnaîtraient rapidement le Kosovo libre et lui permettraient ainsi de prendre place dans le fameux concert des nations ou fallait-il plutôt se montrer contrarié afin que le Québec comprenne immédiatement qu'il ne serait jamais question de faire la même chose?
Stéphane Dion a recommandé à Stephen Harper de reconnaître le Kosovo. Fier de sa loi sur la clarté, dont il sait qu'elle met des bâtons dans les roues des souverainistes, il n'a pas semblé craindre que la tentation s'abatte sur le Québec et que celui-ci se mette dans la tête qu'un vote de l'Assemblée nationale pourrait suffire pour faire un pays.
Les chroniqueurs ont écrit que l'histoire du Kosovo est bien éloignée de l'histoire tranquille du Québec, qui n'a pas connu l'oppression et la guerre que les Kosovars ont subies et que toute comparaison serait non seulement boiteuse mais odieuse. Ils ont sûrement raison. Mais pourtant, l'objectif est le même: donner un pays à un peuple qui n'en a pas et qui ne se sent plus partie prenante de celui qu'on lui offre de partager.
Le divorce comme seule solution
Dans la vie de couple, le divorce est parfois la seule solution. Même quand on ne l'envisage pas de gaieté de coeur, il est parfois évident que le divorce, malgré les difficultés qu'il représente, servira aussi à éviter bien pire. Divorcer, c'est reconnaître que l'engagement qu'on a pris ne fonctionne plus et qu'il vaut mieux passer à autre chose avant que la relation ne se détériore à un point tel que tout arrangement deviendrait impossible.
On peut travailler à réussir son divorce faute d'avoir réussi son mariage; on peut aussi choisir de faire de la rupture un véritable tsunami qui emportera non seulement les deux époux concernés mais aussi tout l'entourage, et ce, sans épargner les enfants. On peut divorcer la haine au ventre et le désir de vengeance si puissant qu'on détruira tout autour de soi pour le seul plaisir de faire mal.
On a vu des couples perdre tout respect de ce qu'ils avaient déjà été l'un pour l'autre et oublier qu'avant d'en arriver au divorce, ils s'étaient aimés en y croyant vraiment. On en a vu se déchirer le coeur et l'âme parce qu'ils étaient incapables d'accepter que leur couple allait cesser d'exister. On a parfois vu la violence remplacer l'amour tandis que la haine allait jusqu'au règlement de comptes.
Le divorce à l'amiable
Est-ce possible entre les peuples? Pas un souverainiste ne prétendra que le Québec est comme le Kosovo. Les indépendantistes québécois continuent d'espérer que le divorce à l'amiable peut se négocier entre deux peuples qui n'ont pas de tradition de violence et de guerre et qui ont du respect l'un pour l'autre, ce qui me paraît mieux décrire ce qui existe entre le Québec et le Canada.
Les chroniqueurs ont beaucoup insisté sur le fait que le Kosovo a gagné son indépendance dans la souffrance et sous les bombes. J'ose espérer que ce n'est pas la seule façon d'y arriver et que les chemins que le Québec explore depuis si longtemps finiront par nous conduire à la terre promise.
Parmi les Québécois, il se trouve peut-être des individus pour penser que la méthode du Kosovo est la seule possible. Mais la majorité continue de penser qu'entre gens intelligents, on devrait pouvoir trouver d'autres terrains d'entente.
Le Québec souhaiterait devenir le 195e pays libre du monde. Démocratiquement et sans effusion de sang. Il faudrait nous écouter.
À force d'insister sur le fait que le Kosovo est né de la violence et de l'horreur, cela dans le but évident de faire peur aux Québécois, les chroniqueurs et les politiciens pourraient bien obtenir l'effet contraire et prouver ainsi qu'il n'y a pas d'autre moyen d'y arriver. Ce serait bien dommage, car divorcer à l'amiable est bien plus sage. Et bien plus québécois.


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