Le déni de Pee Wee Trudeau

Un affront sans commune mesure

Des paroles les plus calomnieuses sur la langue française au Canada

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Chronique de Christian Rivard


Le premier ministre canadien Justin Trudeau était de passage dans l’Hexagone les 16 et 17 avril dernier. Il est alors devenu le premier premier ministre du Canada à être accueilli à Assemblée nationale, au Parlement de la Cinquième République française, à Paris. Face à une assemblée divisée par des applaudissements et des huées des 577 députés, Justin Trudeau a mâchonné des paroles les plus calomnieuses sur la langue française au Canada :


« Il faut que vous sachiez, amis français, à quel point les Canadiens sont attachés à la langue française. Ceux dont elle est la langue maternelle, ceux qui l’ont apprise (…). Si la langue française est toujours si vivante en Amérique du Nord quatre siècles après la naissance d’un berceau français sur le continent, c’est que le Canada, et notamment le Québec, s’est profondément engagé à la garder vivante. »


Parlons-en de cet engagement du Canada !


Les Orangistes et les lois antifrançaises


Dès la Confédération de 1867, le pacte entre les deux peuples fondateurs ─ les Loyalistes de langue anglaise et les Canadiens de langue française ─ a été bafoué. La trahison des élites anglaises à l’égard des Canadiens français a eu des conséquences gravissimes pour l’avenir de la langue française en Amérique du Nord. Partout au Canada, à l’exception du Québec, des mesures politiques et judiciaires restrictives envers la langue française ont été menées pour « garder le Canada britannique ».


Le mouvement Orangiste du Canada, la Loyal Orange Association of Canada et ses centaines de milliers de membres ─ comme le Klu Klux Klan aux États-Unis ─ ont remué ciel et terre pour « exterminer » la culture française en Amérique du Nord. En 1920, suite à une forte diminution du nombre des membres du mouvement Orangiste du Canada, il restait quand même près de 100 000 membres et quelques 2 000 loges.


Pendant près de 70 ans, les Orangistes ont tout fait en leurs moyens pour faire du Canada un pays « britannique ». Les chiffres sont hallucinants : en 150 ans de Régime fédéral, le Canada français est passé de plus ou moins 30 % à plus ou moins 20 % de la population. Pire, alors que les Canadiens français et les Métis ─ métissage entre les autochtones et les Canadiens français ─ de l’Ouest canadien était d’environ 50 % de la population de ce territoire au début de la confédération, ils ne sont qu’aujourd’hui 4 % de la population de l'Ouest canadien. Une répression était pratiquée contre les Canadiens français, les Métis et les autochtones. De la Rivière-Rouge à Batoche, les Orangistes et la RCMP n’ont pas seulement tué Louis Riel, le père fondateur du Manitoba, ils ont anéanti tout ce qui n’était pas « White Anglo Saxon Protestant. »


Le nationalisme québécois


En 1937, au Colisée de Québec bondé de jeunes nationalistes motivés par le 100e anniversaire de l’insurrection des Patriotes de 1837, Lionel Groulx a prononcé sa célèbre phrase « Notre État français, nous l’aurons ». Depuis de nombreuses années, Lionel Groulx militait auprès des nationalistes pour le fondement d’un parti politique entièrement dédié aux Canadiens français et à un État français de plus en plus autonomiste. Lionel Groulx comprenait que le contexte politique de l’époque exigeait un parti nationaliste car le génocide culturel des francophones survenant partout au Canada se resserrait tout autour des frontières du Québec. C’est grâce à un nationalisme assumé que l’Union nationale ─ un parti politique n’étant pas attaché à un parti fédéral ─ est parvenu au pouvoir en 1936 et a réalisé ainsi le grand vœux de Lionel Groulx.


Dès 1944, l’Union nationale de Duplessis s’est braqué contre le gouvernement central canadien, a « nourri » politiquement les Canadiens français, a construit des écoles à un rythme accéléré et a développé des coopératives d’électricité partout au Québec. La nouvelle puissance économique et politique du Québec se développait par les forces soutenues d’un État français en Amérique du nord en quête d’une autonomie qui a mené rapidement le Canada anglais à dire au cours des années 60 : « What does Québec want? »


En novembre 1963 débuta alors les travaux de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme qui s’est conclu en 1969 avec la Loi canadienne sur les langues officielles, faisant de l’anglais et le français les langues officielles de l’État fédéral canadien. Malheureusement, il était trop peu trop tard pour les francophones des provinces anglaises. Après plus de 20 ans d’un nationalisme assumé et inspiré de Lionel Groulx, les gouvernements successifs de Duplessis, Godbout, Duplessis à nouveau, Lesage et Johnson ont réussi à sortir le Québec des griffes d’un génocide culturel qui perdurait depuis un siècle. Le Québec n’a eu qu’à regarder ce qu’était survenu aux Premières nations, aux Métis et à la francophonie hors du Québec pour comprendre qu’il se devait de se protéger par un État résolument nationaliste et français d’une assimilation organisée et fulgurante. L’adoption de la Charte de la langue française en 1977 a été un point de bascule. Elle est encore aujourd’hui, malgré ses failles et ses décombres, notre unique rempart contre notre assimilation au grand ensemble anglo-saxon de l’Amérique du Nord.


Une langue française sur le respirateur artificiel


En 2017, le Canada a fêté les 150 ans de sa « confédération-fédération ». Contrairement au reste du Canada, le Québec n’avait pas vraiment le coeur à la fête. Afin de dissimuler cette indifférence des Québécois, les fédéralistes ont fait diversion en animant le Vieux-Montréal pour le 375e anniversaire de la métropole française des Amériques. On a fait comme si.


Cela démontre trois (3) choses : 1) le faible sentiment d’appartenance des Québécois au Canada ; 2) la puissance et la profondeur du nationalisme québécois et 3) les fondements tout aussi tordus que fragiles de la politique canadienne. N’y a-t-il pas dans cette indifférence le résultat de 150 ans de trahison ─ lois antifrançaises et contestations judiciaires à l’égard de la Charte de la langue française ─ envers la francophonie canadienne ? Pourquoi festoyer lorsque le bilan « médical » est tragique ? La langue française est depuis longtemps sur le respirateur artificiel en raison de luttes acharnées contre elle afin de l’anéantir du territoire canadien. Étant pourtant une langue fondatrice de ce pays depuis plus de 400 ans, le français au Canada hors Québec n’est que la langue maternelle de plus ou moins 4 % de la population en 2016. Ce qui représente un peu plus de 1 million de canadiens. De cette portion de population, il n’y a que plus ou moins 500 000 personnes (2 %) qui utilisent le plus souvent la langue française à la maison.


C’est l’équivalent de la ville de Laval ou de Québec.


En comparaison, en 2016, au Canada, près de 7 millions et demi de personnes ont déclaré parler une langue qui ne soit ni le français ni l’anglais à la maison. Près de 19% de la population ! Ça donne une bonne idée de ce qu’il en devient de la langue française au Canada.


Quel triste sort !


Or, la réalité est que, hormis l’est de l’Ontario ainsi que le nord du Nouveau-Brunswick et la Péninsule acadienne, en raison de leurs faibles nombres, il sera de plus en plus difficile pour « les francophones des provinces canadiennes anglaises […] de soutenir des institutions qui assureraient la pérennité de leur communauté. »


Lors de sa visite officielle en France, Justin Trudeau a nié un irréfutable fait : le génocide culturel des francophones du Canada. Prétendre que « […] que le Canada […] s’est profondément engagé à la [langue française] garder vivante » est d’un affront sans commune mesure à tous les francophones en Amérique. C’est que la réalité est tout autre et les faits historiques sont révélateurs : « Le Québec est le foyer national des francophones en Amérique ; le Canada est leur tombeau. »


Christian B. Rivard, Rouyn-Noranda



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1 commentaire

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    12 mai 2018

    Monsieur Rivard votre texte est le bienvenu, Merci.


    Personne en France ou alors une poignée de gens, sans doute mieux informés sur votre Québec et l'Histoire de son Passé, n'a pu remarquer le mensonge éhonté dans les propos énoncés par Justin Trudeau lors de son passage chez nous, et qui plus est devant la représentation du peuple français, à l'Assemblée Nationale !!


    Je fais suivre votre texte.


    Bien cordialement,


    Marie-Hélène Morot-Sir