Sortir le Québec de la torpeur

L. Jacques Ménard présente sa liste des objectifs à atteindre pour éviter la crise

Vers une crise annoncée - Québec 2008 - dossier linguistique - canadianisation outrancière - déconstruction du "modèle québécois"


Depuis la parution de son livre Si on s'y mettait, en mars dernier, L. Jacques Ménard, continue de brasser la cage pour sortir les Québécois de la «Résignation tranquille», celle de refuser un changement, en attendant une crise inévitable, «tout en sachant que quelqu'un devra bien payer la facture un jour, même si ce quelqu'un sera nos enfants et nos petits-enfants». Hier, devant le Cercle canadien de Montréal, M. Ménard a présenté sa liste d'objectifs à atteindre, si jamais «on réussit à surmonter notre aversion collective pour le changement».
M. Ménard, qui est président du conseil de MBO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier Québec, a tenu à préciser que c'est en sa qualité de père et non pas de banquier qu'il essaie de provoquer un débat public sur ces questions qui à ses yeux concernent l'intérêt commun et non pas des intérêts particuliers. Les objectifs proposés sont, dit-il, tout à fait à notre portée, à la condition de ne pas compter sur la pensée magique pour y arriver.
En voici la liste: réduction du taux d'analphabétisme fonctionnel à moins de 10 % (23 % actuellement). Réduction de moitié du taux d'abandon scolaire, qui est de 30 %. M. Ménard demande aussi à la société de travailleur à la réduction de moitié du taux de suicide chez les jeunes, à la réduction de l'incidence de la pauvreté et à l'augmentation de l'espérance de vie chez ses citoyens les moins nantis. En outre, il faudrait restaurer le financement des universités (en sous-financement de 300 à 350 millions par année) au niveau de la moyenne canadienne, devenir une province qui contribue à la péréquation plutôt que de se lamenter pour en retirer le plus possible. M. Ménard souhaite aussi que le Québec mène au Canada dans l'obtention du nombre de brevets par habitant, qu'il soit dans le premier quartile en Amérique du Nord pour le revenu par personne et qu'il soit une société qui aura mis sur pied un système de santé et de services sociaux performants et efficaces. M. Ménard veut enfin une société qui affichera une dette publique de moins de 25 % de son PIB, qui se sera donné un régime fiscal qui encouragera le travail, l'épargne et les investissements, une société qui aura au moins trois grappes industrielles reconnues comme étant des leaders mondiaux dans leur domaine.
Faisons monter la pression
«Si c'est sous la pression que les gouvernements bougent, faisons monter la pression», lance le conférencier, en espérant l'engagement des jeunes. Il s'encourage à la pensée que, cette année, le nombre des jeunes chambres de commerces a doublé en passant de 12 à 21. «C'est très bon signe. Ce sont ces jeunes qui vont être les auteurs des manchettes des journaux de demain», ajoute-t-il, en pensant non seulement aux jeunes chambres, mais aussi aux organisations non gouvernementales (ONG) qui s'affirmeront davantage et qui seront mieux «réseautées». En point de presse, M. Ménard a mentionné qu'il s'est formé 73 000 ONG en Russie depuis l'effondrement du régime communiste, alors qu'il n'y en avait aucune auparavant. Selon lui, il est peu probable qu'un phénomène semblable se produise au Québec. «Avec les baby-boomers qui bénéficient de la force du nombre, la situation n'est pas près de changer.»
Toutefois, M. Ménard précise que son propos «n'est pas de blâmer les dirigeants politiques, dont le métier consiste d'abord à se faire élire». Le conférencier ajoute ceci: «Puisque nos dirigeants politiques sont sensibles aux pressions de la population qu'ils représentent, alors aidons-les. Ne laissons pas les défenseurs du statu quo et des droits acquis occuper toute la place. Investissons les tribunes. Portons notre message dans tous les milieux.»
Mais en attendant qu'une telle attitude prévale dans la société, le Québec rate des rendez-vous importants, déplore M. Ménard. Il a d'ailleurs donné quelques exemples des «dénis récents» qu'il constate: «Comment, demande-t-il, a-t-on pu accepter au cégep des étudiants qui n'ont pas obtenu leur diplôme d'études secondaires? Comment croire qu'on ne doive pas augmenter les frais de scolarité aussi longtemps que les professeurs et les étudiants ne seront pas d'accord? Comment répondre à tous les membres de la pléthore de comités qui ont étudié le financement de la santé qu'ils n'ont rien compris? Même s'ils en arrivent pratiquement aux mêmes conclusions. Comment croire qu'une courte liste de lacs très endommagés par les algues bleues suffira à pousser les gens à l'action?»
Évidemment, M. Ménard mentionne aussi les infrastructures routières, où «les dénis dépassent l'entendement». Au lendemain de l'effondrement du viaduc de la Concorde à Laval, on racontait qu'il n'y avait aucun problème de viaducs au Québec. On a appris par la suite qu'il fallait en reconstruire 50. En finances publiques, on continue de faire croire au monde, affirme ce père-banquier, que l'on atteint toujours l'objectif zéro, même si l'on ajoute trois ou quatre milliards à la dette à chaque budget. Il faudrait par ailleurs redresser un système fiscal qui décourage le travail et pénalise l'initiative des entreprises. Sans parler du travail au noir. Enfin, il y a le CHUM qui n'en finit pas de démarrer d'annonce en annonce, déplore M. Ménard.
Il y a eu à une autre époque un Refus global qui a été un déclencheur de changement et de la Révolution tranquille des années 1960. Aujourd'hui, il y a un autre refus global qui cette fois est un refus du changement, soutient M. Ménard qui voit trois attitudes différentes dans la société. Devant l'inévitabilité d'une évolution démographique qui va entraîner une croissance exponentielle des coûts de santé et des défis majeurs qui se posent en éducation et environnement, il y a ceux qui font comme si rien de cela n'aillait survenir, ce qui est une façon suicidaire de faire face à la réalité. Il y a ceux qui attendent que la crise éclate pour passer à l'action, comme l'illustre déjà le cas des infrastructures routières. Et il y a ceux qui pensent qu'il vaut mieux agir tout de suite pour minimiser les impacts.


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