Rien ne va plus entre le CHUM et l'UdeM

CHUM


vendredi 7 janvier 2005
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Rien ne va plus entre le CHUM et l'Université de Montréal. Alors que le futur superhôpital devrait rassembler les deux partenaires, l'incertitude quant à son emplacement ne cesse d'empoisonner leurs relations. La goutte qui a fait déborder le vase a été la présentation hier du président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari. Destinée à montrer la faisabilité du projet 1000 Saint-Denis, l'initiative a été qualifiée de «grandement malheureuse» par les membres du conseil d'administration provenant de l'Université de Montréal.
Rappelant que le conseil d'administration du CHUM n'a jamais pris position en faveur de l'un ou l'autre des projets présentement à l'étude, ces membres ont déploré que le site du 1000 Saint-Denis apparaisse «comme la solution privilégiée par la direction et le conseil d'administration du CHUM». Sans nier la viabilité de ce site, ceux-ci ont rappelé que le site de la gare de triage l'Acadie-Beaumont remplissait lui aussi les conditions essentielles du futur CHUM, qui doit impérativement compter 700 lits sur un seul site, cela pour 2010.
Se défendant bien de prendre position pour le site du centre-ville, Me Molinari a choisi de tenir cette séance d'information afin de faire taire les rumeurs liées au projet du 1000 Saint-Denis. «Je désire répondre aux critiques parfois vives qui ont été formulées à l'endroit du 1000 Saint-Denis -- on a parlé de rafistolage, de travailler avec du vieux -- alors que ce site est une alternative viable à notre projet de complexe hospitalo-universitaire du XXIe siècle», a-t-il dit en guise d'introduction.
Siégeant au comité de planification de CHUM 2010, Me Molinari assure que le site du centre-ville est conforme à toutes les conditions formulées par le CHUM comme par l'UdeM, balayant du revers de la main les critiques qui ont présenté le projet comme étant «bancal». «Si le CHUM était installé au 1000 Saint-Denis, il faut savoir que 90 % des infrastructures seraient neuves. On est loin du rafistolage ! Et les 700 patients n'y verraient aucune différence. Tous auraient des chambres individuelles modernes.»
Dans son exposé, Me Molinari a mis l'accent sur l'accessibilité et la sécurité du site du centre-ville pour les patients, mais aussi sur la fonctionnalité de l'hôpital sur le plan des soins et des technologies, le maintien des activités cliniques pendant la construction et la modernisation complète du bâtiment existant. Le potentiel d'expansion a aussi été soigneusement évalué, autre source de frustration au sein du conseil d'administration.
En effet, le projet présenté par Me Molinari consacre 38 000 m2 au Centre de recherche du CHUM et prévoit un espace permettant d'accueillir les activités de la faculté de médecine de l'UdeM, une avenue rejetée hier par l'institution. «Seule l'université est en mesure de décider de la localisation de ses installations, mais jamais elle n'a été consultée sur quelque scénario que ce soit pour l'implantation de ses facultés au centre-ville.»
La direction de l'université et les doyens des facultés concernées ont déjà indiqué publiquement qu'un déménagement au centre-ville n'est pas envisageable puisque celui-ci nuirait aux synergies scientifiques déjà établies avec le campus et le réseau de la recherche biomédicale, principalement situé sur le flanc nord de la montagne. Sans compter les vibrations depuis l'autoroute Ville-Marie qui sont incompatibles avec les instruments de recherche plus sensibles.
«La présentation faite en conférence de presse ce matin [hier] en ce sens est donc grandement malheureuse puisqu'elle contribue à maintenir une perception erronée à propos du déménagement éventuel de facultés universitaires au centre-ville», ont écrit dans un communiqué les quatre membres du conseil d'administration qui se sont dissociés de l'initiative de Me Molinari, soit Louis Maheu, Jean Rouleau, Céline Goulet et Renaldo Battista.
Pourtant, Me Molinari assure que jamais il n'a voulu par sa présentation montrer une préférence pour un site ou l'autre. «Je ne défends pas un site. Ce que je cherche à faire, c'est démontrer qu'il y a une alternative valable», a-t-il martelé.
Mais pourquoi alors ne pas avoir profité de l'occasion pour présenter aussi le projet d'Outremont ? «Parce que nous ne l'avons pas», a-t-il répondu, mi-figue, mi-raisin. Cela dit, Me Molinari croit fermement qu'avec deux sites équivalents, le choix de l'un ou de l'autre aura peu d'importance. «Dans l'optique où les conditions sont idoines, on pourrait tout aussi bien tirer à pile ou face», croit-il.
L'idée d'une synergie de proximité telle qu'offerte par l'option d'Outremont est d'ailleurs très prisée par Me Molinari, à condition bien sûr que toutes les conditions essentielles soient respectées.
Le président du comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, s'est félicité hier de l'exposé de Me Molinari, qui a permis, selon lui, de remettre les pendules à l'heure. M. Dumesnil, qui ne cache pas son penchant pour le centre-ville, croit que le patient a tout à gagner d'un tel choix.
«Je représente 600 000 patients, et je crois que ceux-ci seraient mieux servis avec le site du centre-ville. D'ailleurs, il est faux de dire que la qualité des soins se ressentira des travaux. C'est sûr que cela ne sera pas simple, mais c'est faisable», a-t-il commenté.
Tremblay réclame «un pas en arrière»
Par ailleurs, le maire Gérald Tremblay a refusé hier de prendre position dans le débat sur l'emplacement du CHUM francophone. Il préfère d'abord que tout le monde dans le réseau de la santé adhère au concept de centre qui devra «intégrer à la fois santé et savoir», un principe qui semble favoriser Outremont.
D'ailleurs, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, fervent défenseur du site à Outremont, a fait savoir en après-midi hier par son attachée de presse, Sophie Langlois, qu'il se réjouissait que M. Tremblay «ait adhéré au concept de l'UdeM».
Mais le maire a tenu à dire, hier, que le CHUM «peut se réaliser sur un site ou sur un autre. Il faut d'abord que le gouvernement accepte de regarder ce projet avec des approches autres que celle d'un site physique», a dit le maire, réclamant même que Québec fasse «un pas en arrière».
Car, selon le maire, la question ne devrait pas être «où voulons-nous le CHUM ?», mais plutôt «que voulons-nous du CHUM ?». Il a aussi insisté pour que la Ville soit «associée de près à cette réflexion». Condamnant une certaine culture du secret qui a marqué le débat, le maire a affirmé que «ce n'est que dans la transparence que nous arriverons à créer un consensus autour d'un projet commun».


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