Réponse à France Boucher - Une charge injustifiée

France Boucher - un cas d'incompétence


La présidente de l'Office québécois de la langue française (OQLF), France Boucher, s'en est prise violemment au Comité de suivi de la situation linguistique de cet organisme devant la Commission parlementaire de la culture, le mardi 8 avril dernier. Mme Boucher nous a accusés «d'avoir censuré les travaux des chercheurs». Cette accusation entièrement fausse nous choque et, avec le recul, nous attriste. Nous souhaitons donc rétablir les faits.
Le Comité de suivi de l'Office a un rôle purement consultatif. Il n'a aucune autorité sur les chercheurs de l'organisme. Il donne un avis scientifique aux membres de l'Office sur les qualités, forces et faiblesses des études et travaux qui lui sont soumis. La direction de la recherche fait ensuite ce qu'elle veut de ces avis, et seuls les huit membres de l'Office ont l'autorité d'adopter les rapports et fascicules. Nous n'avions donc pas le pouvoir de censurer quoi que ce soit.
Un mot choquant
Ce mot de censure nous choque et il est inadmissible. Nous sommes en faveur des débats et des échanges et résolument opposés à toute forme de censure. Nous sommes quatre professeurs d'université attentifs à la recherche de la vérité et attachés au plus haut point à la rigueur scientifique dans l'analyse des données. Les procès-verbaux de nos vingt réunions tenues en cinq ans en témoignent. Ils font état de très nombreuses remarques visant à améliorer la fiabilité des travaux. On n'y trouvera aucune proposition pouvant être décrite comme un appel à la censure. Nos débats au sein de l'Office ont porté sur des faits, des analyses et des méthodes, non sur des prises de positions idéologiques. C'est pour cela que l'Office nous avait nommés.
En cinq ans, l'Office a publié près de vingt études et fascicules. Ils ont tous été étudiés avec célérité par notre Comité, au fur et à mesure qu'ils étaient soumis. Nous n'avons examiné la plupart qu'une seule fois, car ils ne posaient pas ou peu de problèmes sur le plan scientifique. D'autres ont exigé deux examens à cause de la complexité du thème (l'étude prévisionnelle de Marc Termote, par exemple).
Quelques travaux nous ont paru plus faibles et ont appelé de profonds remaniements, dont certains textes donnés à contrat ou écrits à plusieurs mains. Par respect pour les personnes, nous ne donnerons pas d'exemples concrets. Les membres de l'Office ont d'ailleurs suivi nos suggestions quant à l'opportunité de publier ou non certains travaux ou d'en diffuser d'autres à tirage limité ou à l'interne, par exemple parce qu'ils étaient jugés trop pointus.
Analyses complexes
S'il y eut retard dans la rédaction des travaux, cela dépendait surtout de la complexité des analyses à faire, de la célérité des auteurs à apporter les corrections qui s'imposaient pour assurer la qualité, ou encore de la lourdeur des tâches confiées au personnel de recherche. Ces retards ne sont nullement dus à nos attentes démesurées, comme l'a donné à entendre Mme Boucher.
La plupart des travaux de recherche ont été mis en route à partir de l'automne 2002 (date de nomination de trois d'entre nous) et après. Il est donc normal qu'ils aient été prêts des mois et des années plus tard. La recherche prend du temps. Cela dit, nombre d'entre eux étaient fin prêts depuis longtemps, approuvés par le Comité de suivi et adoptés par l'Assemblée des membres de l'Office, au moment de leur diffusion en mars dernier.
L'un d'entre nous, Simon Langlois, aussi membre de l'Office, peut en témoigner et les procès-verbaux officiels en attestent. Les très nombreuses publications rendues publiques en même temps, le 5 mars à Québec (dans le cafouillis dont on se souviendra), n'ont pas été rédigées ni adoptées comme cela, tout à coup, par une opération du Saint-Esprit. Qui donc les avait retardées? Le Comité de suivi, comme le soutient France Boucher? Cela ne tient pas la route, et il est injuste de nous avoir publiquement accusés d'avoir été la cause du retard.
Depuis un an, au cours des réunions mensuelles des membres de l'Office, l'un des signataires (Simon Langlois) a souvent soulevé la question de la diffusion des études et fascicules déjà approuvés. La réponse officielle de la direction de l'Office était toujours la même: «le tout est en discussion avec le ministère de la Culture». Mme Boucher affirme avoir fait des pressions pour que les travaux de recherche avancent. Pourquoi donc alors ont-ils été diffusés si tardivement? C'est plutôt cet aspect qui devrait faire l'objet d'un examen.
Donnons un exemple précis. La plus médiatisée de ces études, celle du professeur Marc Termote sur les prévisions de population selon la langue, a été examinée pour la seconde (et dernière) fois au Comité de suivi le 13 septembre 2006. Nous avions alors fait nos dernières remarques sur des points mineurs et donné un avis favorable. Par la suite, ce travail a été rapidement adopté officiellement par les membres de l'Office. Or, l'étude n'a été rendue publique que le 5 mars 2008. [...]
Résumons-nous. Retards indus de notre part? Non. Censure de notre part? Absolument pas. Critiques abusives? Pas du tout. Que l'on consulte les comptes rendus écrits de nos réunions.
Procès injuste
Un dernier point. L'un de nous, Charles Castonguay, a été nommément pris pour cible et il a été l'objet de critiques vicieuses. Un ex-chercheur de l'Office l'a attaqué personnellement (Le Devoir du 6 mars 2008) et Mme Boucher a repris en commission parlementaire, sans plus ample vérification, certains de ses propos pour appuyer sa charge contre notre comité. Déjà injustifiable en soi, ce procédé l'est encore plus devant une institution comme l'Assemblée nationale de la part d'une personne occupant une charge de haut fonctionnaire de l'État.
Les trois autres signataires de ce texte tiennent à dire que le professeur Castonguay a toujours travaillé au sein du Comité avec rigueur et professionnalisme, en dehors de toute prise de position idéologique. Rappelons que ce sont les membres de l'Office en conseil qui l'avait nommé en 2002. Ses publications scientifiques n'ont jamais été mises en doute, non plus que sa compétence, reconnue par les pairs et les organismes subventionnaires. En cinq ans, son apport a été considérable et la qualité des travaux menés au sein de l'Office lui doit beaucoup. Nous considérons comme profondément injuste le procès public qui a été fait à notre collègue.
Plus de sérénité
Concluons. France Boucher a soutenu devant les parlementaires qu'il fallait «nettoyer la soue». Passons outre à ce langage ordurier, indigne d'une haute fonctionnaire témoignant devant des élus. Quels faits justifient cette charge? Il n'y en a pas. La présidente de l'organisme devait rendre des comptes sur les retards manifestes à diffuser les études et fascicules. Elle a plutôt choisi de faire diversion en attaquant, sans raisons fondées, ses propres collaborateurs, nommés par l'Office qu'elle dirige, qui ont travaillé honnêtement et avec assiduité pendant plus de cinq ans, sans même s'enquérir auprès d'eux de ce qui en était. Nous déplorons cet état de fait. [...]
L'Office québécois de la langue française est une institution importante de l'État québécois. Nous plaidons pour que la sérénité revienne dans l'organisme et que les jugements à l'emporte-pièce et les attaques injustifiées cèdent la place à la confiance et au respect. Les attentes de la population québécoise envers l'Office sont élevées. Il faut aussi que la direction de l'organisme soit à la hauteur.
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Charles Castonguay, Denise Deshaies, Simon Langlois et Michel Pagé, Professeurs d'université et membres jusqu'à récemment du Comité de suivi de la situation linguistique de l'OQLF


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