Changement de vigie

France Boucher - un cas d'incompétence

Vulnérable, la langue française doit bénéficier du plus redoutable des soutiens. À défaut d'un gouvernement qui en reconnaît la fragilité, c'est une vigie crédible et efficace dont le français a besoin. Hélas, la présidente de l'Office québécois de la langue française (OQLF) ne répond plus à ces exigences.
La semaine dernière, la présidente de l'OQLF, France Boucher, confiait à la commission de la Culture: «J'ai épousé la cause de la langue française corps et âme.» Fort bien, Madame, mais que dire de «votre fidélité comme épouse?», a rétorqué le critique péquiste Pierre Curzi.
Sous cette question coquine repose tout le malaise lié à la gouverne de Mme Boucher. Pelure de banane potentielle, le dossier linguistique au Québec avive à ce point les passions qu'il faut une main de fer pour tenir les rênes de l'OQLF, chien de garde du français en vertu de la loi 101.
Après le désolant cafouillis des derniers mois, un constat s'impose: sa crédibilité étant minée, la présidente de l'OQLF ne peut plus rester en poste. Alors que son titre appelle une manoeuvre diligente, France Boucher a donné l'impression de vouloir nier les impasses et de mener nonchalamment l'état de crise.
En commission parlementaire, son passage a surtout laissé le sentiment d'une fuite en avant. C'est regrettable: sa défense n'a donné aucune garantie sur l'essentiel, à savoir que la langue française est entre bonnes mains.
C'est depuis que le démographe Marc Termote a publiquement remis en question les atermoiements de l'OQLF que sa présidente se trouve sous les projecteurs. Elle s'est défendue de cet épisode en promettant la publication simultanée d'une série d'études au moment de dévoiler son rapport quinquennal. Cette esquive a toutefois été suivie de bien pis.
Après les mystères, on a eu droit à l'indifférence. En publiant ses 200 pages de rapport, l'OQLF a joué la désinvolture, se gardant bien de tirer une ligne générale sur l'état du français. Rassurant? Inquiétant? Après des semaines de tohu-bohu linguistique, tous attendaient l'heure juste. Une conclusion générale eût été trop «facile», a ensuite expliqué France Boucher, se déchargeant d'un exercice périlleux mais ô combien nécessaire.
Ce bilan terne a été suivi d'un plan d'action tout aussi incolore, reposant sur la bonne volonté et les voeux pieux. Ce gouvernement, déjà tenté d'aborder les problèmes linguistiques avec jovialisme, n'a pas donné l'impression de veiller au grain.
Pourtant, les remparts de la langue s'effritent. Aujourd'hui encore, notre collègue Robert Dutrisac nous apprend que des organismes gouvernementaux -- et même un ministère! -- contreviennent allégrement à l'esprit de la Charte en communiquant en anglais avec les entreprises. La semaine dernière, on apprenait que les trois quarts des immigrants allophones reçoivent leur documentation en anglais de la part d'organismes comme la Régie de l'assurance maladie, tout simplement parce qu'une courtoisie de départ a été érigée en système. On nous convaincra ensuite que le chien de garde de la langue s'acquitte de sa mission avec brio!
Il faut d'abord ramener à l'OQLF une certaine «sérénité», comme le revendiquaient hier en nos pages des chercheurs qui ont dénoncé les charges de Mme Boucher à leur endroit, ajoutant ainsi un chapitre au feuilleton.
Le changement de garde à l'OQLF mettrait un terme à une confusion qui fait obstacle à sa bonne conduite. De plus, cet organisme gagnerait davantage en crédibilité s'il menait sa mission sans dépendre du ministère de la Culture mais en relevant plutôt de l'Assemblée nationale. Il y a des étreintes politiques qui parfois étouffent plus qu'elles ne ragaillardissent.
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machouinard@ledevoir.com


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